INSS: Israël et le Hamas ont le même objectif, décapiter le Jihad Islamique soutenu par l’Iran

Le think tank israélien, Institut des études de sécurité nationale ( INSS ), a publié un podcast au lendemain du lancement de l’opération «Bouclier et Flèche» – une opération ciblée contre de hauts responsables de l’organisation du Jihad islamique palestinien (JIP) dans la bande de Gaza. L’échange dirigé par le Directeur Général de l’INSS, Tamir Hayman, a été riche de renseignement. D’aucuns n’aurait soupçonné que le Hamas et Israël étaient d’accord pour chasser le Jihad Islamique de la bande de Gaza ou au moins l’affaiblir.

Si Israël, cherche à se prémunir contre les attaques du JIP, de limiter l’influence iranienne, de diviser la résistance palestinienne, d’avoir un seul interlocuteur à Gaza et d’occuper l’opinion publique israélienne, le Hamas veut le pouvoir totale sur son territoire. Le mouvement d’Ismaël Haniyeh veut reconstruire Gaza et ne cherche absolument pas la confrontation avec Israël.

Ont particpé à ce débat, les chercheurs principaux de l’INSS, le professeur Kobi Michael, le docteur Anat Kurz, le général de brigade (res.) Assaf Orion et Yohanan Tzoreff, I’ancien chef de la division arabe-palestinienne au sein du ministère du renseignement et des affaires stratégiques.

Le Jihad islamique palestinien, un groupe armé basé à Gaza, a été la cible de frappes aériennes israéliennes tôt mardi, et a été au centre d’une flambée de violence entre Israël et la bande de Gaza l’été dernier.

Deuxième groupe armé palestinien à Gaza, le Jihad islamique a souvent été éclipsé par le Hamas, qui contrôle et gouverne la bande de Gaza depuis 2007.


Le Jihad islamique a été fondé dans les années 1980 dans la bande de Gaza pour lutter contre l’occupation israélienne et maintient une présence à Gaza et en Cisjordanie occupée par Israël.

L’Iran soutient les deux groupes en leur fournissant des fonds et des armes, et Israël et les États-Unis les considèrent tous deux comme des organisations terroristes.

Pourquoi Israël cible-t-il le Jihad islamique ?

C’est l’interrogation objet du débat dirigé par le Directeur Général de l’INSS, Tamir Hayman, et auquel ont participé les principaux chercheurs et analystes du think tank israélien.

«Israël aurait dû cibler le Hamas, qui est le chef souverain de Gaza, plutôt que le Jihad islamique ?» s’est demandé Tamir Hayman dans le podcast diffusé sur YouTube le mardi 9 mai.

Vous trouverez ci-après la retranscription de l’échange dont les principales idées sont :

  1. Le Hamas est un interlocuteur fiable et responsable dans la bande de Gaza et qu’il faut différencier entre le Hamas et le Jihad islamique palestinien, estime le Pr Kobi Michael, ancien directeur général adjoint et chef du bureau palestinien au ministère des affaires stratégiques.
  2. Israël n’est pas intéressé par la gestion de Gaza. Il est important d’affaiblir le Jihad islamique en raison de ses violentes provocations à l’encontre d’Israël et de maintenir le Hamas à la tête de la bande de Gaza, affirme Dr. Anat Kurz, spécialiste des processus d’institutionnalisation des luttes populaires organisées et leur oscillation entre des modes d’action politiques et violents, du mouvement national palestinien et des relations israélo-palestiniennes.
  3. Le but de l’opération est de rétablir le calme, d’accroître la dissuasion et de réduire la menace en provenance de Gaza. S’attaquer au Jihad islamique est le moyen le moins coûteux d’atteindre cet objectif, soutient le Gen. (res.) Assaf Orion, ancien chef de la division stratégique à la direction de la planification de l’état-major général de l’armée israélienne Tsahal.
  4. Il existe des intérêts communs entre Israël et le Hamas. Le mouvement ne veut plus poursuivre la destruction de Gaza, parce que les citoyens de Gaza ont beaucoup souffert et qu’ils ont parfois besoin d’une pause. Le Hamas comprend ce problème et tente de déplacer la confrontation hors de Gaza. La récente attaque contre le Jihad islamique est une nouvelle composante du jeu qui permettra de tester la réaction du Hamas, indique Yohanan Tzoreff, ancien chef de la division arabe-palestinienne au ministère du renseignement et des affaires stratégiques.

Retranscription intégrale des échanges en question.

Tamir Hayman : Bonsoir, merci beaucoup de vous joindre à nous pour ce spécial podcast et cette discussion sur la nouvelle et dernière opération d’Israël contre Gaza, l’opération «Bouclier et Flèche», qui a commencé hier avec la frappe contre trois dirigeants importants du Jihad islamique dans la bande de Gaza et la destruction de quelques infrastructures industrielles cruciales de fabrication du Jihad islamique palestinien.

Tamir Hayman : J’aimerais souhaiter la bienvenue à mes participants, tous chercheurs principaux à l’INSS, qui se joindront à moi pour cette brève discussion sur la situation à Gaza. Nous avons ici Anat, Assaf et Yohanan, et bien sûr, Kobi nous rejoint par Zoom.

J’aimerais commencer par une question d’ordre général. Nous avons toujours considéré, nous avons toujours été d’accord pour dire que le Hamas est le chef souverain de la bande de Gaza. C’est à lui que nous devons nous adresser chaque fois qu’il y a de la violence. Mais il est évident, comme nous pouvons le voir, que lorsque nous avons frappé, nous avons frappé le Jihad islamique palestinien, et le porte-parole de Tsahal explique depuis ce matin qu’il s’agit d’une opération à objectif très étroit visant à frapper le Jihad, et que nous n’allons pas impliquer le Hamas.

Tamir Hayman : Je vous demande si c’est la bonne façon d’aborder le fait que le Hamas est le chef souverain de Gaza, si nous aurions dû recommencer, de façon totalement différente, en frappant le chef souverain ?

Je vais donc adresser ma première question à Kobi, et j’écouterai les autres idées. Kobi, s’il vous plaît.

Pr Kobi Michael : Merci. Il semble que tant que la perception israélienne au regard de l’arène palestinienne, et tant que le gouvernement israélien comprendra qu’il a besoin d’un interlocuteur fiable et responsable dans la bande de Gaza, c’est cette stratégie qui devrait être utilisée, peut-être avec quelques ajustements. Mais c’est la stratégie qu’il faut utiliser pour que le Hamas reste l’interlocuteur fiable et responsable dans la bande de Gaza et pour faire la différence entre le Hamas et le Jihad islamique palestinien.
Lorsque le gouvernement israélien parviendra à la conclusion que quelque chose doit être changé, cela devrait être lié à une stratégie et à une perception beaucoup plus complète et plus large de l’arène palestinienne, et l’Autorité palestinienne devrait être l’élément principal à cet égard, mais nous n’en sommes pas là, malheureusement, et je suppose donc que cette stratégie demeurera inchangée.

Tamir Hayman : Anat ?

Dr. Anat Kurz : Je pense que ce qui s’est passé la nuit dernière est en parfaite adéquation avec la politique israélienne qui consiste à maintenir le Hamas à la tête de la bande de Gaza afin qu’Israël puisse s’adresser à une organisation responsable de tout ce qui se passe dans la bande de Gaza, tandis que le Jihad islamique, je veux dire, a de nombreuses bonnes raisons d’essayer de l’affaiblir en raison de ses violentes provocations contre Israël, à la fois dans et depuis la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Donc, si telle est la politique, ce qui s’est passé était juste et parfaitement compréhensible. Il reste à savoir ce qui se passera ensuite du côté du Jihad Islamique et du Hamas, ce que nous ne savons pas encore. Peut-être en parlerons-nous, mais jusqu’à présent, si Israël n’est pas intéressé par une guerre totale dans la bande de Gaza, il n’est pas non plus intéressé par l’arrêt ou la suspension de la réhabilitation de l’infrastructure, de l’infrastructure civile dans la bande de Gaza.

Si ces considérations sont prises en compte, il est donc inutile de frapper le Hamas. Le Jihad islamique est donc la cible idéale.

Tamir Hayman : Assaf ?

Gén. (res.) Assaf Orion : Si l’on considère le problème que nous devons résoudre, il s’agit des attaques récurrentes et répétées du Hamas et du Jihad au cours du dernier mois et demi. Et nous envisageons les prochaines fêtes ou anniversaires qui seront les prochains points chauds de ce système. Il ne s’agit donc pas d’une opération que l’on pourrait qualifier «d’opération une fois pour toutes». Vous savez, quelque chose qui règle tout le problème, comme l’ont mentionné Kobi et Yoav.
L’objectif de cette opération est de rétablir le calme et d’augmenter ou de restaurer la dissuasion d’une certaine manière et de réduire la menace de Gaza, comme vous l’avez mentionné, en frappant plusieurs cibles là-bas.

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Israël était confronté à un choix dans la poursuite de cet objectif entre s’en prendre aux auteurs de la dernière attaque, s’en prendre à la partie souveraine de la bande de Gaza, ou s’en prendre à l’Iran en tant que grand bâtisseur de ce système.

En fait, le moyen le plus économique est de s’attaquer au maillon le plus faible, car il est certain que si nous nous en étions pris au Hamas ou à l’Iran, nous nous serions retrouvés dans une opération beaucoup plus vaste que celle-ci. L’opération peut encore s’aggraver et dégénérer en quelque chose de plus large, mais c’est le point de départ le plus bas pour une opération à but modeste.

Tamir Hayman : Yohanan ?

Yohanan Tzoreff : Je pense que depuis 2021, nous pouvons dire qu’il y a des intérêts communs entre Israël et le Hamas. Le Hamas ne veut plus poursuivre la destruction de Gaza, parce que les citoyens de Gaza ont beaucoup souffert, et qu’ils ont parfois besoin d’une pause, d’un répit, et le Hamas comprend ce problème et essaie de déplacer la confrontation hors de Gaza.

Israël a une politique de division entre ses ennemis, et chaque partie de cet ennemi qui peut sortir de la confrontation, il est plus facile pour Israël de poursuivre sa politique. Nous sommes donc confrontés à quelque chose de nouveau par rapport à l’année précédente, lorsque le Hamas ne participait pas à la confrontation avec le Jihad Islamique. Aujourd’hui, Israël a lancé cette attaque la nuit dernière, et c’est un nouvel élément dans ce jeu. Nous n’avons donc pas encore vérifié comment le Hamas allait réagir dans cette situation. Disons que c’est une nouvelle vérification que nous devons faire pour voir comment il va se comporter.

Tamir Hayman : Je voudrais vous faire part de mon idée. Je pense que ce qui s’est passé hier, c’est de la vengeance servie à froid. Il s’agit d’une vengeance ou de représailles par rapport à ce qui s’est passé une semaine auparavant.

En raison de plusieurs éléments compliqués, je pense qu’il était préférable de travailler avec précision, de manière très directe, contre le Mouvement du Jihad islamique en Palestine, car si vous travaillez contre le Hamas, il s’agit d’une opération beaucoup plus vaste, d’une guerre à grande échelle.

J’ajoute une autre question à la discussion, à savoir la situation interne : les troubles politiques auxquels nous sommes confrontés en raison de la réforme judiciaire et de l’agitation dans les rues peuvent interférer avec le processus de prise de décision ou le rendre abstrait, de sorte qu’une guerre à grande échelle en ce moment pourrait créer des problèmes de coercition ou de résilience interne et je pense qu’il est préférable de travailler directement.

Je suis tout à fait d’accord avec l’état-major, cela ne résoudra pas le problème de Gaza, cela ne développera pas le conflit israélo-palestinien, c’est juste une opération mineure qui aurait dû être faite et qui augmentera peut-être un peu, quelques degrés dans l’équilibre de la dissuasion entre nous et Gaza, c’est tout.

Allons de l’avant. Je pense que la plus grande question à laquelle nous sommes confrontés en ce moment, les hauts commandants de Tsahal, est celle du Hamas. Le Hamas se joindra-t-il aux contre-feux ou à l’opération en cours ?

Nous enregistrons ce podcast environ 15 heures après l’attaque et jusqu’à présent, il n’y a pas eu de représailles ni de tirs en provenance de Gaza. C’est étrange ! Je pense que c’est la période la plus longue avant le début des tirs, mais la plupart d’entre nous sont d’accord pour dire que le Jihad islamique finira par ouvrir le feu.

Mais la question est de savoir si le Hamas se joindra à l’opération et je vous demande ce que vous en pensez.

Commençons par Yohanan.

Yohanan Tzoreff : Autant que je connaisse le Hamas, il ne peut pas s’empêcher de réagir dans ce cas parce qu’Israël a fait quelque chose de très compliqué du point de vue du Hamas. L’attaque d’hier a sapé la position du Hamas à l’intérieur de la bande de Gaza.
Mais la situation est encore très compliquée, et c’est pourquoi nous ne constatons aucune réaction jusqu’à présent. Je pense que le Hamas a la même hésitation que nous. Depuis sa chambre close, il réfléchit à la meilleure façon de réagir sans absorber la nouvelle attaque d’Israël, car il ne veut pas provoquer une nouvelle destruction à Gaza.

La stratégie du Hamas ces jours-ci est de déplacer le conflit de Gaza vers d’autres endroits, et non de continuer dans cette zone. Je pense donc que c’est l’une des questions qui se posent. La deuxième est de savoir comment empêcher le Jihad islamique de faire quelque chose qui pourrait être exagéré.

Tamir Hayman : Kobi, pouvez-vous nous faire part de vos réflexions à ce sujet ?

Prof. Kobi Michael : Je pense qu’il faut d’abord mentionner que le Jihad islamique palestinien n’est rien de moins qu’un casse-tête pour le Hamas dans la bande de Gaza. Le Jihad islamique défie le Hamas et l’empêche d’exercer son pouvoir et sa souveraineté conformément à ses intérêts et à ses conceptions. Le Hamas se réjouit donc de l’affaiblissement du Jihad islamique palestinien.

D’un autre côté, ils ne peuvent pas vivre seuls, surtout après toute la campagne cognitive qui est menée actuellement, non seulement dans la bande de Gaza, mais surtout dans la bande de Gaza et surtout par le Jihad islamique en ce qui concerne les victimes, principalement les enfants dans cette attaque.

Mais pour ce qui est de l’intérêt stratégique du Hamas, celui-ci n’est pas disposé à entraîner la bande de Gaza dans une vaste campagne contre Israël.

Le Hamas préfère encore garder la bande de Gaza en dehors de toute campagne militaire et opérer sur les autres fronts, principalement la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Je pense donc que le Hamas fera tous les efforts possibles pour contenir le Jihad islamique palestinien ou, du moins, pour minimiser la réponse du Jihad islamique palestinien et pour convaincre le Jihad islamique palestinien de détruire ou de supprimer les représailles de la bande de Gaza vers la Cisjordanie/Jérusalem ou à l’intérieur de l’État d’Israël. Je ne sais pas s’ils y parviendront.

Tamir Hayman : Assaf ?

Général (res.) Assaf Orion : Je pense que le Hamas cherche maintenant une réponse juste. Le Hamas doit être suffisamment impressionnant pour répondre aux demandes ou aux pressions idéologiques, stratégiques et politiques, et cela peut se faire de différentes manières, mais de manière suffisamment contrôlée pour ne pas s’entraîner, ainsi que Gaza, dans un conflit de grande ampleur avec Israël. Il doit donc faire quelque chose qu’Israël puisse contenir et/ou répondre de manière limitée.

Nous devons tenir compte de deux mises en garde : d’une part, le calme est désormais utilisé pour créer la surprise, comme nous venons de le démontrer, et d’autre part, tous les calculs et toutes les réflexions doivent répondre à l’épreuve de l’erreur de calcul.

Nos ennemis sont des êtres humains ; ils commettent des erreurs comme nous en commettons parfois. Ils peuvent maintenant chercher quelque chose et se retrouver dans une voie différente, mais pas dans un endroit différent.

Tamir Hayman : A propos, il se peut qu’une autre annonce ait été faite par la War Room des factions conjointes, qui déclare que le Hamas fera partie des représailles. Cela vient juste d’être reçu à l’instant, on en parlait à peine.

Anat Kurz : Cela va dans le sens de tout ce dont nous avons parlé. Je suis d’accord avec mes collègues, mais j’aimerais ajouter un élément à l’équation. Il peut y avoir des désaccords entre les dirigeants du Hamas dans la bande de Gaza et les dirigeants de la diaspora quant à l’intensité de la réaction et au moment opportun. En effet, les dirigeants de l’extérieur sont connus pour être plus militants, et ce n’est pas unique en ce sens si l’on pense à d’autres conflits et à nos guerres.

Mais je pense que dans ce cas, la direction locale du Hamas l’emportera en raison de sa proximité avec les gens sur le terrain et de sa conscience de ce qui doit être fait pour permettre au Hamas de continuer à construire ou à reconstruire la bande de Gaza et de poursuivre sa lutte pour la direction du mouvement national palestinien.

Tamir Hayman : D’accord, j’ajouterai mon point de vue. Je pense qu’il n’est pas dans l’intérêt du Hamas d’être impliqué, car s’il est décidé à mettre fin à la violence et que le mouvement du Jihad islamique en Palestine subit les lourdes représailles du feu nourri de Tsahal, il finira par remporter la victoire.

Mais la question est de savoir s’il peut rester à l’écart en raison des images des funérailles qui circulent actuellement dans les médias, et la pression est vraiment intense. En fin de compte, de l’autre côté, le jeu et l’appel à l’intérêt. J’imagine qu’il fera de son mieux pour rester à l’écart, mais qu’il sera peut-être contraint à une certaine forme d’activité.

Il faut donc encore comprendre que la situation a évolué sous nos yeux et nous souhaitons bonne chance aux forces qui mènent l’opération en ce moment même et nous verrons bien comment les choses évoluent.

Nous vous remercions de votre participation.

Je vous remercie de votre participation.

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