Jordanie : un proche du roi Abdallah II impliqué dans un Complot de déstabilisation du pays

En exil depuis 2013 en Grande Bretagne, Walid Al Kurdi, le mari de la princesse Basma bint Talal, tante du roi Abdallah II, serait impliqué dans un complot de déstabilisation de la Jordanie. Selon des informations révélées, ce jeudi, par le journal koweïtien, Al Qabas, plusieurs personnes se seraient mêlées à cette conspiration qui visait à exacerber le mécontentement populaire. Le journal électronique Alhurra, appartenant au groupe saoudien, Asharq al-Awsat, évoquait, le même jour, l’état d’urgence dans lequel serait plongée la Jordanie, à l’approche du mois de ramadan, date d’anniversaire des manifestations qui ont fait tomber, l’an dernier, le gouvernement de Hani Moulki.

AlQabas

Selon le journal Al Qabas, et sur la foi de déclarations de responsables politiques et sécuritaires, le royaume Hachémite aurait avorté un dangereux complot qui visait à faire plonger le pays dans un affrontement populaire destructeur. Parmi les personnes impliquées figure Walid Al Kurdi, le mari de la tante du roi Abdallah II, la princesse Basma bint Talal et un dirigeant sécuritaire proche à un ancien responsable d’un service de renseignement. Des parlementaires, des politiciens et des journalistes seraient également impliqués dans cette affaire.


Objectif : Faire tomber à nouveau le gouvernement

Il y a exactement un an, la Jordanie en proie à de graves difficultés économiques a été ébranlée par un important mouvement de contestation sociale contre la hausse des prix et contre un projet de réforme fiscale, destiné à réduire son déficit et à répondre aux exigences du FMI. Un mouvement social qui va s’estomper après la démission du premier ministre, Hani Moulki et le gel par décret royal de projet de loi fiscale.

Le groupe de Walid Al Kurdi, espérait replonger le pays dans une crise similaire durant le ramadan 2019. Il aurait même pris contact avec les Frères musulmans pour se joindre aux actions de contestation qui auraient refusé.

Walid Al Kurdi, ancien patron des phosphates jordaniens, sous le coup d’un mandat d’arrêt international lancé par Amman

Les autorités jordaniennes ont lancé en septembre 2017 un mandat d’arrêt international contre Walid Al Kurdi, âgé de 72 ans, dans l’objectif de le contraindre à retourner en Jordanie pour y purger une peine de 37 ans de prison.

Walid Al Kurdi
Walid Al-Kurdi en compagnie de son épouse la princesse Basma bint Talal, tante du roi Abdallah II

Walid Al-Kurdi, mari de la princesse Basma bint Talal, tante du roi Abdallah II, était à la tête de Jordan Airways avant d’être nommé président de la « Jordan Phosphate Mines Company » (JPMC). Mais suite aux mouvements de contestation qui ont traversé bon nombre de pays arabe en 2011, un comité anti-corruption créé par le roi Abdullah II a porté de graves accusations à l’encontre de Walid Al-Kurdi pour abus de confiance, abus de biens sociaux et corruption. Le rapport de la commission a été publié alors qu’Al-Kurdi était à Londres. Il sera jugé par contumace à une peine de 37 ans de travaux forcés, et plus de 400 millions de dollars d’amende.

La princesse Basma bint Talal, qui continue à faire la navette entre son pays et la Grande-Bretagne pour retrouver son mari toujours coincé à Chelsea, s’est exprimée à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux pour défendre son mari. En 2018 elle a posté ce message sur sa page Facebook : « Lorsque vous essayez de ruiner la réputation de quelqu’un, soyez certain que votre tour viendra ».

Rapprochement surprise entre le Roi Abdallah II et les Frères musulmans

C’est la première fois depuis le début du «Printemps arabe», que Abdallah II, reçoit publiquement des représentants des Frères musulmans. En effet, le roi de la Jordanie a reçu, ce mardi, dans son Palais, Al Husseiniya à Amman, le groupe parlementaire de l’opposition al-Islah. Dans un communiqué du cabinet royal jordanien publié à l’issue de cette rencontre, le Roi Abdallah II a affirmé devant les parlementaires, « l’importance du dialogue et des partenariats institutionnels pour trouver des solutions novatrices permettant de faire progresser la Jordanie et de renforcer le développement ». Le communiqué précise que l’objet de cette réunion « est de faire le point sur les derniers développements régionaux et les conditions exceptionnelles que traverse la région, et qui nécessitent une action nationale collective ».

Le roi Abdallah II a réitéré la position « inébranlable de la Jordanie sur la cause palestinienne et sur Jérusalem », soulignant que la seule solution à la question palestinienne était la « solution des deux États, conduisant à la création d’un État palestinien indépendant dans les frontières du 4 juin 1967, avec comme Capitale Jérusalem-Est ».

Pour sa part, Abdallah Akaileh, qui préside le bloc parlementaire proche des Frères musulmans, Al-Islah, a salué les « positions honorables du roi » sur la cause palestinienne et sur Al-Qods, soulignant qu’ils étaient « tous unis derrière le roi ».
Les membres du groupe parlementaire ont également appelé à promouvoir les investissements, à protéger la classe moyenne et les familles touchées par la pauvreté, à répartir équitablement les impôts, à protéger les libertés, à lutter contre la corruption, à réduire la pauvreté et le chômage et à améliorer le niveau de vie.

Le Roi Abdallah II paie le prix de ses positions diplomatiques régionales

Abdallah II Qatar
L’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani (à gauche), est accueilli par le roi de Jordanie Abdallah II (à droite) à l’occasion du 28ème sommet de la Ligue arabe à Amman, en Jordanie, le 28 mars 2017 [Salah Malkawi / Anadolu Agency]

Guerre au Yémen, Frères musulmans, cause palestinienne et statut de Jérusalem, les désaccords se sont multipliés entre la Jordanie et les pétromonarchies sunnites du Golfe. En refusant d’engager pleinement l’armée jordanienne dans le conflit yéménite, de couper les ponts avec l’émirat gazier, de classer la confrérie des Frères musulmans comme une organisation terroriste et d’appuyer l’accord du siècle sur Al-Qods, a poussé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) de ne pas renouveler son programme d’aide à Amman, d’une valeur de 3,6 milliards de dollars.

L’économie du royaume hachémite s’appuie en grande partie sur les aides internationales et les aides de ses alliés traditionnels, à savoir les États-Unis, qui apporte un soutien militaire et sécuritaire, et des fonds octroyés par les pays du Golfe. Une économie qui vu fragilisée par les conséquences des grandes manœuvres diplomatiques engagées par Washington, Riyadh et Abu-Dhabi au Moyen-Orient.

Reste à savoir si Amman pourra supporter longtemps une telle pression.

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