La Chine fera-t-elle tomber Moulay Hafid Elalamy ?

Il a été le porte-flambeau de la nouvelle stratégie Chine-Maroc et son vœu ultime était de placer le Maroc au cœur du commerce trilatéral Chine-Europe-Afrique. Il a rêvé de la plus grande zone industrielle chinoise aux portes de Tanger Med et a voulu cueillir les yuhan à la pelle du programme OBOR. Mais le constat est criant : les relations commerciales entre les deux pays restent très faibles, l’apport en devise insignifiant et zéro emploi créé.

«L’ouverture sur la Chine n’est pas un choix gouvernemental, mais royal» une phrase qu’a prononcée le super ministre et homme d’affaire Moulay Hafid Elalamay devant les députés du parlement marocain, la veille du lancement de son plan d’accélération industrielle, et dont il a fait un leitmotiv. Une manie chez MHE d’évoquer le roi à chaque fois qu’il souhaite fuir le débat sur l’une de ses mesures ou politiques.


Si l’ouverture sur la Chine est effectivement une volonté royale, personne ne le nie, mais sa mise en œuvre est de la responsabilité gouvernementale. Aujourd’hui, le bilan de la mise en œuvre de cette stratégie Chine-Maroc est faible voire négatif. Les échanges commerciaux stagnent, les grands projets annulés et les relations diplomatiques fragiles suite aux positions pas très nettes de la Chine concernant l’affaire du Sahara.

Un faux départ

Déjà en 2014, les déclarations de Moulay Hafid Elalamy sur les craintes des partenaires économiques du Maroc contre un rapprochement commercial avec la Chine, dépassaient ses prérogatives de ministre. «Certains pays pensent que ce rapprochement pourrait nuire à leurs intérêts» avait-t-il déclaré à l’époque sans mesurer la conséquence de ses propos.

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Tanger Tech un beau projet réduit à néant par excès de précipitation

MHE ILYAS

Moulay Hafid Elalamy a eu tous les atouts pour réussir un projet qui allait transformer le nord du Maroc : 1) L’appui personnel du souverain allant jusqu’au naming royal ; 2) Un appui financier et institutionnel de BMCE Bank of Africa ; 3) Un foncier inestimable. C’est vrai que le hirak du Rif est passé par là, mais en regardant le dossier de plus près on voit bien que le projet a été surestimé, que le choix du partenaire chinois Haite Group et la fantomatique chambre de commerce Morocco-China étaient des erreurs graves et l’association de tout le projet avec l’image dégradée du président de la région a été fatale.

Le mélange des genres

Quand Moulay Hafid Elalamy signe un contrat ou une convention ou fait passer une loi, tout observateur lucide ne peut s’empêcher de se poser la question suivante : “Que va gagner MHE ?” Rappelons que le premier deal Saham/Sanlam s’est déroulé en marge du 6ème FOCAC organisé en Afrique du Sud en décembre 2015, un événement qui a été l’occasion pour la Chine d’user de son influence pour ouvrir au Maroc les portes fermées de Johannesburg. Nos confrères de Le360 nous apprennent ce soir que le deal de 1 milliard de dollars avec les sud-africains n’a pas encore reçu l’aval des autorités compétentes.

D’autre part, et durant la visite royale en Chine l’année suivante, des accords ont été signés devant le souverain dans lesquels on retrouve subtilement insérés par MHE des clauses concernant le développement de l’«assurance Vie», secteur de prédilection du ministre RNI.

 

D’ailleurs, son acolyte du Rassemblement national des indépendants, le désormais ex-ministre des Finances Mohamed Boussaid, était son principal soutien au sein du gouvernement aux côtés de leur président Aziz Akhannouch. Ils formaient à eux trois une sorte de dream team, des «intouchables». Et il y a moins d’une semaine, Boussaid et Moulay Hafid Elalamy ont signé avec le groupe chinois Citic Dicastal une convention d’investissement pour la réalisation d’un projet industriel portant sur la production de jantes aluminium à Kénitra, nécessitant un investissement de 350 millions d’euros et permettant la création de 1 200 emplois : 1) Ce projet devait initialement être monté à la Cité Mohammed VI Tanger Tech puis, sans raison, il a été transféré à Kénitra ; 2) On parlait d’une ouverture courant 2018, mais là c’est…fin 2019 !

MHE WorldCup

D’aucuns parlent d’un destin à la Tanger Tech à ce projet. Et en application du principe de la reddition des comptes, sur ce dossier en particulier comme sur celui de l’échec du Maroc dans sa candidature à la Coupe du Monde 2026, Moulay Hafid Elalamy connaîtra-t-il le même sort que son alter ego Boussaid ? 

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