La Cour pénale internationale lance un mandat d’arrêt contre Poutine

La Cour pénale internationale a délivré un mandat d’arrêt à l’encontre du président russe Vladimir Poutine pour des crimes de guerre présumés, la Russie étant accusée d’avoir enlevé de force des enfants ukrainiens. La Maison-Blanche s’est félicitée que «les auteurs de crimes de guerre aient à répondre de leurs actes». Toutefois, l’affaire soulève également des questions gênantes pour les États-Unis.

La Cour pénale internationale a lancé un mandat d’arrêt à l’encontre du président russe Vladimir Poutine, pour sa responsabilité dans les crimes de guerre commis par les forces russes en Ukraine pendant la guerre qui dure depuis plus d’un an.


L’accusation de la Cour porte sur la déportation présumée d’enfants ukrainiens vers la Russie. Moscou a déclaré que le mandat n’avait aucune incidence juridique sur le président russe.

La CPI a également délivré un mandat d’arrêt à l’encontre de Maria Lvova-Belova, commissaire aux droits de l’enfant de Putin.

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Le président russe Vladimir Poutine écoute la commissaire présidentielle aux droits de l’enfant Maria Lvova-Belova lors de leur rencontre à la résidence d’État de Novo-Ogaryovo, à l’extérieur de Moscou, le 16 février.

La Cour a déclaré dans un communiqué de presse vendredi que les deux personnes sont «présumées responsables du crime de guerre de déportation illégale de population (enfants) et du transfert illégal de population (enfants) des zones occupées de l’Ukraine vers la Fédération de Russie».

La décision de la Cour pénale de La Haye marque une étape importante, puisqu’elle demande l’arrestation d’un dirigeant mondial en exercice, même si les analystes reconnaissent que les chances d’arrêter le président Poutine sont minces.

En effet, à Moscou, les responsables se sont empressés de souligner que la Russie n’a jamais adhéré à la CPI et qu’ils ont rejeté les accusations d’emblée.

«La question elle-même est scandaleuse et inacceptable», a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. «La Russie, comme un certain nombre d’autres États, ne reconnaît pas la compétence de cette cour et, par conséquent, toutes ses décisions sont insignifiantes pour la Fédération de Russie d’un point de vue juridique» a-t-il souligné.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a remercié la CPI pour sa décision «historique».

«La Cour pénale internationale lance un mandat d’arrêt contre Poutine. Il s’agit d’une décision historique, qui marque le début d’une responsabilité historique.» a-t-il déclaré dans une intervention télévisée.

Le procureur général ukrainien, Andriy Kostin, a qualifié la décision de la Cour «d’historique».

Comme les États-Unis, l’Ukraine n’adhère pas à la CPI. Toutefois, Kostin a souligné que le gouvernement ukrainien avait coopéré avec la Cour dans le cadre d’enquêtes criminelles menées sur son territoire. Il a indiqué que son bureau avait remis plus de 1 000 pages de documents à la CPI concernant la déportation forcée présumée d’enfants vers la Russie.

Un rapport publié le mois dernier par des chercheurs de l’université de Yale et le département d’État américain accuse le gouvernement russe d’exploiter un réseau systématique de centres de détention pour des milliers d’enfants ukrainiens.

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Les autorités russes n’ont pas nié l’arrivée d’enfants ukrainiens dans le pays, mais ont décrit les centres pour enfants comme faisant partie d’un vaste programme humanitaire destiné aux orphelins abandonnés et traumatisés par la guerre.

Le mandat d’arrêt est une «décision stupéfiante»

Le président de la CPI, Piotr Hofmanski, a déclaré que les juges avaient décidé de rendre ces mandats publics pour tenter de dissuader d’autres crimes.

«Le droit international interdit aux puissances occupantes de transférer des civils des territoires où ils vivent vers d’autres territoires», a-t-il déclaré. «Les enfants bénéficient d’une protection spéciale en vertu de la Convention de Genève».

Les experts ont semblé surpris par la nouvelle.

«J’espérais que cela se produirait, mais je ne pensais pas que ce serait aussi rapide», a déclaré Nathaniel Raymond, directeur exécutif du laboratoire de recherche humanitaire de Yale.

«Il s’agit d’une décision stupéfiante de la part de la Cour, qui s’est rapprochée du sommet de l’État russe», a déclaré David Bosco, auteur de Rough Justice : The International Criminal Court in a World of Power Politics.

Toutefois, Bosco a mis en garde : «Le mandat d’arrêt n’aura pas d’implications immédiates, car aucun procès ne peut avancer sans que Poutine soit détenu, et il n’y a aucune chance que cela se produise dans un avenir proche».

Soutien de Human Rights Watch et Amnesty

Malgré la difficulté de juger Putin, les défenseurs des droits de l’homme ont salué cette nouvelle comme une étape importante.

«C’est un grand jour pour les nombreuses victimes des crimes commis par les forces russes en Ukraine depuis 2014», a déclaré Human Rights Watch dans un communiqué.

«Avec ces mandats d’arrêt, la CPI a fait de Putin un homme recherché et a fait son premier pas pour mettre fin à l’impunité qui a enhardi les auteurs de la guerre de la Russie contre l’Ukraine pendant bien trop longtemps.»

Amnesty International a appelé les pays à refuser l’asile à Putin et à Lvova-Belova en les arrêtant et en les remettant à la CPI. L’organisation a également indiqué qu’elle s’attendait à ce que d’autres mandats d’arrêt soient délivrés à l’encontre de dirigeants russes au fur et à mesure de l’évolution des enquêtes sur les crimes de guerre commis en Ukraine.

Pour les États-Unis, «c’est compliqué !»

David Bosco, l’expert en études internationales qui a écrit sur la CPI, a déclaré que la nouvelle affaire de la Cour soulève également des questions gênantes pour les États-Unis.

«Il s’agira d’un nouveau moment délicat pour les États-Unis en raison de leur position selon laquelle la CPI ne devrait pas être en mesure de poursuivre des citoyens d’États non membres», a déclaré Bosco.

«Il ne fait aucun doute que la Russie commet des crimes de guerre et des atrocités en Ukraine, et nous avons été clairs sur le fait que les responsables doivent rendre des comptes», a déclaré Adrienne Watson, porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

«Le procureur de la CPI est un acteur indépendant qui prend ses propres décisions en matière de poursuites sur la base des preuves dont il dispose. Nous sommes favorables à ce que les auteurs de crimes de guerre répondent de leurs actes» souligne le communiqué.

Le président Joe Biden a déclaré vendredi que les poursuites engagées par la Cour pénale internationale contre le président russe Vladimir Poutine «constituent un argument de poids», tout en exprimant son soutien à l’enquête sur les crimes de guerre présumés de Putin.

«Je pense que c’est justifié», a déclaré Biden, «mais la question est qu’elle n’est pas non plus reconnue par nous au niveau international. Mais je pense qu’il s’agit là d’un argument de poids».

Plus tard, Biden a déclaré aux journalistes que Putin avait «clairement commis des crimes de guerre».

Dans un communiqué publié plus tôt dans la journée de vendredi, la Maison-Blanche s’est félicitée que «les auteurs de crimes de guerre aient à répondre de leurs actes», mais n’a pas approuvé sans réserve le mandat d’arrêt délivré par la CPI.

«Il ne fait aucun doute que la Russie commet des crimes de guerre et des atrocités en Ukraine, et nous avons clairement indiqué que les responsables devaient rendre des comptes. Le procureur de la CPI est un acteur indépendant qui prend ses propres décisions en matière de poursuites sur la base des éléments de preuve dont il dispose. Nous sommes favorables à ce que les auteurs de crimes de guerre répondent de leurs actes», a déclaré Adrienne Watson, porte-parole du Conseil national de sécurité.

Il est à noter que la déclaration de Watson, plus tôt dans la journée de vendredi, n’exprimait pas explicitement son soutien aux efforts déployés par la CPI pour poursuivre Putin pour crimes de guerre.

Un porte-parole du département d’État a déclaré à CNN : «Nous sommes favorables à ce que les auteurs de crimes de guerre soient tenus de rendre des comptes».

Les États-Unis ont une relation compliquée, parfois hostile, avec la Cour internationale, en particulier depuis 2002, lorsque l’ancien président George W. Bush n’a pas signé la loi qui l’a créée.

En 2020, l’administration Trump a pris des sanctions contre le procureur général de la CPI de l’époque, qui enquêtait sur les allégations de crimes de guerre commis par les troupes américaines en Afghanistan.

L’administration Biden, quant à elle, fait état d’un différend interne : Selon le New York Times, les départements de la justice et d’État sont favorables à la communication d’informations à la Cour internationale sur les atrocités commises par les Russes, mais le Pentagone a bloqué l’échange de renseignements avec la Cour, craignant de créer un précédent qui permettrait d’engager des poursuites internationales contre des Américains.

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