BFF signe une émouvante liturgie en mémoire des victimes scandinaves

Dans une homélie en hommage aux victimes danoise et norvégienne tombées à Imlil, aux pieds du Toubkal, alors qu’elles visitaient la région en touristes pleines de vie, le président de l’Institut Amadeus, Brahim Fassi Fihri, a dénoncé cet acte barbare qui a bouleversé tous les marocains et expliqué comment le terrorisme était l’expression la plus odieuse de la lâcheté humaine. LE1.


Depuis l’annonce de la tragédie barbare et cruelle d’Imlil et plus largement depuis la mise en lumière du caractère terroriste de ce double meurtre ignoble, les marocains expriment avec force leur émotion unanime, leur choc ainsi que leur indignation sincère et spontanée. Comme pour beaucoup de mes concitoyens, une réelle douleur m’envahit depuis quelques jours tant cet acte est odieux, abominable et traumatisant. En découvrant les photos et les vidéos de ces deux jeunes filles, qui croquaient la vie à pleines dents, j’ai, comme beaucoup de marocains, eu le cœur serré à la vue de ces existences volées et de ces destins brisés. L’espace d’un très court instant, j’ai cru connaitre Maren Ueland et Louisa Vesterager Jespersen, si loin de moi, si loin de nous, mais pourtant si proches depuis qu’une nation musulmane communie dans son ensemble et se retrouve pour pleurer la disparition de deux étrangères, dont le sang a été dramatiquement versé sur nos terres.

En découvrant les photos et les vidéos de ces deux jeunes filles, qui croquaient la vie à pleines dents, j’ai, comme beaucoup de marocains, eu le cœur serré à la vue de ces existences volées et de ces destins brisés


Puis au même moment, en déroulant le fil d’actualité sur l’un des réseaux sociaux, je tombe sur les portraits odieux de ces lâches, de ces traitres à notre Religion, de ces faucheurs de vies, de ces faibles qui s’attaquent en pleine nuit à des « proies » faciles et fragiles, livrées à elles-mêmes et deux fois moins nombreuses. Le contraste entre les photos des deux victimes et celles de leurs bourreaux est bien sûr saisissant. Les images de Maren et Louisa transpirent la vie, le bonheur et l’optimisme tandis que les photos des auteurs de ce crime abjecte et effroyable, issus de la même génération que leurs victimes, dégagent la noirceur, la haine et la mort. Ce sont deux destins opposés, deux trajectoires de vies totalement parallèles qui se sont malheureusement croisés, en ce lieu perdu et isolé des montagnes de l’Atlas, pour ce rendez-vous macabre d’Imlil.

Le contraste entre les photos des deux victimes et celles de leurs bourreaux est saisissant

Le terrorisme n’a pas d’identité. Le terrorisme n’a pas de visage. Le terrorisme n’a pas de couleur. Le terrorisme n’a pas d’odeur. Le terrorisme n’a pas de nationalité. Le terrorisme n’a pas même de religion. Le terrorisme est l’expression la plus odieuse de la lâcheté humaine. Il prend racine dans l’exclusion économique et sociale. Il se renforce dans la diffusion du culte de l’ignorance, alors que notre Religion est bâtie autour du savoir et de l’ « Ijtihad ». Il se cultive dans le terreau fertile de la frustration et dans l’absence d’éducation. Au Maroc, plus que dans tout autre pays musulman, la culture de la haine, le rejet de l’autre et le fondamentalisme religieux ne font pas partie de notre identité. Nous subissons depuis les années 1980 ce discours rigoriste, qu’une infime minorité de marocains a choisi de faire sien. Si les auteurs de la tragédie d’Imlil sont marocains, leur logiciel ne l’est pas et leur référentiel non plus. Leur « allégeance » à « Daech » le démontre.

Si les auteurs de la tragédie d’Imlil sont marocains, leur logiciel ne l’est pas et leur référentiel non plus. Leur « allégeance » à « Daech » le démontre.

Je me refuse de réduire ce double meurtre à un simple fait-divers visant à assouvir une faim de sang de quatre apprentis terroristes ayant eu l’opportunité, sans doute fortuite, laissons l’enquête en décider, de vivre leur « grand soir ». La violence terrible de ce crime filmé et diffusé mais également l’émotion qu’il a suscitée, au Maroc et ailleurs, donne à cet évènement tragique un caractère exceptionnel. De la même manière, je refuse les raccourcis simplistes visant à affirmer que le Maroc se serait radicalisé, que le Wahabisme l’aurait emporté et que beaucoup de marocains seraient des futurs terroristes en puissance.

Je me refuse de réduire ce double meurtre à un simple fait-divers visant à assouvir une faim de sang de quatre apprentis terroristes

Soyons sérieux ! S’il est vrai que dans la société marocaine actuelle s’entrechoquent, voire s’entremêlent, la montée d’un conservatisme latent (mais non violent) et l’expression grandissante d’une volonté réelle d’émancipation, nous sommes tout de même très loin de la réalité « rétrograde » qui prévaut dans beaucoup de pays musulmans, d’autant plus que c’est l’esprit de tolérance séculaire et l’ouverture ancestrale du Royaume qui sont visés par « Daech ».

Je refuse les raccourcis simplistes visant à affirmer que le Maroc se serait radicalisé, que le Wahabisme l’aurait emporté

Cet acte odieux reste, bien entendu, isolé. La réaction sincère et unanime des marocains, toutes couches sociales confondues, et leur rejet, sans équivoque du terrorisme viennent le rappeler à tous ceux qui peuvent en douter. Le Maroc est, et restera, un pays sûr, grâce notamment à l’arsenal de prévention de lutte contre le radicalisme violent déployé dans notre pays à travers la maitrise du champs religieux, contrairement à de très nombreux pays voisins, et à la vigilance, l’expertise et le savoir faire de nos services de sécurité, dont nous pouvons être fiers.

Le Maroc est, et restera, un pays sûr (…) à travers la maitrise et à la vigilance, l’expertise et le savoir faire de nos services de sécurité, dont nous pouvons être fiers.

Je vois depuis 48h, fleurir sur les réseaux sociaux les expressions « Sorry » et « Pardon » à destination du Danemark, de la Norvège et des proches des deux victimes. Je suis fier de cette émotion forte et sincère qui nous porte depuis deux jours et de ce rejet implacable de cette infamie manifesté avec force par les marocains. Mais je me permets d’évoquer ici mon scepticisme sur la pertinence d’exprimer des excuses, même si je comprends, bien sûr, le besoin pour de très nombreux marocains, moi le premier d’ailleurs, d’exorciser ce choc. S’excuser de quoi d’ailleurs ? D’être marocains ? D’être musulmans, alors que ces criminels barbares souillent l’Islam ? De ne pas avoir su protéger Maren et Louisa ? Pourquoi nous excuser alors que le « risque zéro » n’existe pas en matière de lutte contre le terrorisme ? Il n’existe ni au Maroc, ni ailleurs, puisqu’aujourd’hui plus aucun pays ne peut prétendre être à l’abri de cette menace globale. En dix ans le Royaume n’a connu « que » deux actions terroristes ayant entrainé le décès de 19 victimes alors qu’on recense en France, durant la même période, 14 attentats (perpétrés majoritairement par des français, nés en France et ayant toujours vécu dans l’Hexagone) et plus de 230 morts. Pourquoi, donc, nous excuser alors que plusieurs pays occidentaux et musulmans nous envient notre stratégie pertinente de lutte contre le radicalisme violent ainsi que l’efficacité de nos services anti-terroristes ?

Je suis fier de cette émotion forte et sincère qui nous porte depuis deux jours…Mais je me permets d’évoquer ici mon scepticisme sur la pertinence d’exprimer des excuses

Serait-ce une forme de « pardon » inconscient formulé à l’Occident pour éviter qu’il nous amalgame à ces brebis galeuses obscurantistes qui n’ont ni foi ni loi et qui nous ne représentent pas ? Nous devrions, peut-être d’abord, nous excuser, auprès de nous-mêmes, puisqu’à force d’avoir démultiplié les # et les « Je suis » liés aux attentats qui ont endeuillé de très nombreux pays ces dernières années nous avons oublié que cela finirait inéluctablement par nous arriver. Peut-être aussi que certains – refusant, par peur d’une forme de remise en cause, d’affronter cette réalité issue d’une déviance perfide de notre Religion par une insignifiante minorité – devraient s’excuser d’avoir privilégié à outrance les théories conspirationnistes, basées sur une supposée négation du terrorisme islamiste, alors qu’il vient de frapper chez nous dans son expression la plus simple, la plus primitive et la plus barbare.

Nous devrions, peut-être d’abord, nous excuser, auprès de nous-mêmes, puisqu’à force d’avoir démultiplié les # et les « Je suis » (…) Nous avons oublié que cela finirait inéluctablement par nous arriver

En tant que marocain, je suis, comme beaucoup, meurtri par cette tragédie inqualifiable. Ce drame d’Imlil doit être perçu comme un rappel à l’ordre. Il doit renforcer notre détermination à combattre, tous ensemble, la haine et le radicalisme dans leurs différentes formes d’expression, sans complaisance, sans faire d’exceptions, sans faire de concessions et sans accepter de quelconques circonstances atténuantes. « Notre malheur est que nous vivons avec des gens qui pensent que Dieu n’a guidé personne d’autre qu’eux ».  (Avicenne).

Brahim FASSI FIHRI
Président fondateur de l’Institut Amadeus

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