Depuis son départ du gouvernement en 2021, Moulay Hafid Elalamy s’est fait plus rare, tandis que ses affaires changeaient d’échelle. Le coup Majorel, négocié avec Teleperformance en 2023 alors que l’intelligence artificielle et le protectionnisme rampant commençaient à inquiéter les métiers de la relation client, a marqué cette période de discrétion. Puis la reprise de Société Générale Maroc, devenue Saham Bank, a concrétisé une vieille ambition bancaire et installé le fondateur de Saham dans un nouveau cercle du pouvoir économique. Entre quelques accords de luth partagés sur les réseaux sociaux et les honneurs de Sherbrooke, qui lui a décerné en septembre un doctorat d’honneur, MHE a entretenu une présence publique faite d’apparitions espacées. Le 17 octobre, son intervention devant la CGEM, qu’il a présidée de 2006 à 2009, prendra des allures de grand retour médiatique. Dans la galerie des grandes fortunes marocaines, il cultive un personnage à part, où l’appétit de conquête se mêle à l’expérience de l’État, à la liberté de ton et au sens du tempo. Le thème annoncé de sa conférence ressemble à un autoportrait : « L’audace de voir grand ».
La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a annoncé la participation de Moulay Hafid Elalamy à son forum « Entrepreneurs en mouvement : Transformer les priorités en actions », organisé samedi 17 octobre 2026 à l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé, à Casablanca. Le rendez-vous est fixé à partir de 8 h 30, selon l’invitation adressée aux médias.
Une tribune familière pour un entrepreneur qui voit grand
Avec une conférence intitulée « L’audace de voir grand », Moulay Hafid Elalamy retrouvera la CGEM, qu’il a présidée de 2006 à 2009, sur un thème qui traverse toute sa trajectoire. L’Université de Sherbrooke vient d’en consacrer la portée en lui décernant, le 19 septembre, un doctorat d’honneur. L’institution canadienne salue un « entrepreneur visionnaire », tandis qu’Armand Soldera, doyen de sa Faculté des sciences, distingue un « bâtisseur de ponts entre l’Afrique et le monde ». Ces mots donnent une autre dimension au retour de MHE devant la communauté entrepreneuriale marocaine : celle d’un homme dont les ambitions se mesurent désormais à l’échelle internationale.
Depuis la création de Saham en 1995, cet entrepreneur formé au Canada a progressivement pris la dimension d’un tycoon, capable de construire des groupes, de nouer des alliances avec des géants internationaux et de réengager ses capitaux dans de nouvelles conquêtes. Après le développement de son pôle d’assurance africain, cédé à Sanlam en 2018, puis la création de Majorel avec Bertelsmann, son parcours a connu un changement de dimension particulièrement révélateur : il préside aujourd’hui le conseil d’administration de TP, le géant mondial de la relation client qui a racheté Majorel en 2023 et dont les activités s’étendent à près de cent pays. De bâtisseur à actionnaire influent chez l’acquéreur, MHE a fait du changement d’échelle une pratique constante.
Cette ambition se prolonge dans la banque, avec Saham Bank, issue du rachat de Société Générale Maroc, et dans la finance européenne, avec Arktika Capital, établissement de crédit installé à Stockholm. L’immobilier, l’éducation avec International Education Group et l’agriculture avec Medjool Star complètent les investissements actuels du groupe. Devant les entrepreneurs réunis à Casablanca, sa conférence pourra ainsi puiser dans une expérience concrète des décisions qui font basculer une entreprise dans une autre catégorie : choisir ses partenaires, engager des capitaux, céder une activité pour préparer l’étape suivante et porter une ambition marocaine sur les marchés internationaux.
Une feuille de route pour le secteur privé
Présenté par la CGEM comme un grand rendez-vous de la communauté entrepreneuriale marocaine, le forum réunira plus de 800 chefs d’entreprise, décideurs et acteurs institutionnels venus de l’ensemble des territoires du Royaume.
Il permettra de présenter les axes d’action du secteur privé pour les cinq prochaines années. L’investissement, la compétitivité, le développement industriel et le soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises figurent parmi les priorités annoncées, aux côtés de l’innovation, de l’emploi, des compétences et de l’export.
Selon la CGEM, les travaux doivent aboutir à l’adoption d’une feuille de route destinée à renforcer la contribution des entreprises à la transformation économique du Royaume et à accélérer la croissance économique.


