Côte d’Ivoire : Othman El Ferdaous met Ferkessédougou sur le radar des entreprises marocaines

L’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire invite les entreprises marocaines à regarder de près le futur Port Sec de Ferkessédougou. Encore en chantier mais déjà ouvert aux projets d’investisseurs privés, le hub du nord ivoirien concentre 460 millions d’euros d’engagements, 732 hectares dans une première phase, plus de 1.400 hectares à terme et un trafic attendu de 1,8 million de tonnes. Relié au corridor Abidjan-Ouagadougou, il ambitionne de devenir une plateforme industrielle et logistique pour la Côte d’Ivoire et son hinterland sahélien, au cœur d’un marché régional que le diplomate évalue à 110 millions d’habitants aujourd’hui et 160 millions à l’horizon 2040.

S.E.M. Othman El Ferdaous, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, adresse un message sans détour aux entreprises marocaines qui regardent l’Afrique de l’Ouest : Ferkessédougou mérite désormais d’entrer dans leurs radars d’investissement. Après avoir participé à la première étape de Territoires & Avenir, organisée par One Africa Forums dans le nord ivoirien, le diplomate a consacré deux publications au futur Port Sec de Ferkessédougou, dont il souligne à la fois la dimension logistique et le potentiel industriel. « Une entreprise marocaine souhaitant s’arrimer aux autoroutes de la croissance ouest-africaine doit considérer Ferkessédougou sérieusement », écrit-il.


L’intérêt du dossier tient aussi à son calendrier. La livraison du port sec n’est prévue que pour fin 2028, mais les investisseurs peuvent déjà se positionner sur le foncier. Les opérateurs privés sont invités à exprimer leurs besoins en surface, présenter un business plan puis solliciter une Autorisation d’Occupation Temporaire assortie d’une redevance domaniale annuelle. Présenté à Ferkessédougou par le coordonnateur du projet, Abdoulaye Alliagui, le chantier affichait 30 % d’avancement au 30 septembre 2026. Avec près de 460 millions d’euros engagés par l’État ivoirien, l’infrastructure est appelée à renforcer le corridor reliant le littoral ivoirien au Burkina Faso, au Mali et, au-delà, aux marchés sahéliens. C’est précisément la lecture portée par l’ambassadeur : ne pas attendre l’ouverture du hub pour regarder Ferké, mais se positionner pendant que son futur écosystème industriel et logistique se construit.

L’ambassadeur sur le terrain — Territoires & Avenir
L’ambassadeur Othman El Ferdaous, au côté de responsables ivoiriens à Ferkessédougou, lors du forum Territoires & Avenir.
S.E.M. Othman El Ferdaous, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire (deuxième à gauche), lors de la première étape de « Territoires & Avenir », organisée par One Africa Forums à Ferkessédougou.
Échanges entre Othman El Ferdaous et des responsables ivoiriens lors de Territoires & Avenir à Ferkessédougou.
Othman El Ferdaous échange avec des responsables ivoiriens à l’occasion de la première étape de « Territoires & Avenir », organisée par One Africa Forums à Ferkessédougou.
LE1. Investment brief  /  Côte d’Ivoire
Diplomatie économique · Afrique de l’Ouest

Ferkessédougou

Le port sec mis sur le radar des entreprises marocaines

Othman El Ferdaous invite les investisseurs marocains à découvrir ce futur hub industriel et logistique du nord ivoirien, avant sa livraison prévue fin 2028.

Portrait de S.E.M. Othman El Ferdaous, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire
S.E.M. Othman El FerdaousAmbassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire

« Une entreprise marocaine souhaitant s’arrimer aux autoroutes de la croissance ouest-africaine doit considérer Ferkessédougou sérieusement. »

Le message de l’ambassadeur
01

L’investissement en chiffres

460 M€Engagés par l’État ivoirien, selon l’ambassadeur
732 haEmprise initiale du projet
> 1 400 haSuperficie visée après extension
1,8 MtTrafic attendu à la mise en service
61 000 m³Capacité du dépôt d’hydrocarbures
71 000Emplois directs et indirects attendus de 2028 à 2038
30 % réalisésAu 30 septembre 2026
Fin 2028Livraison annoncée
Maquette d’ensemble du Port Sec de Ferkessédougou, avec ses zones logistiques et industrielles
Maquette du futur Port Sec de FerkessédougouProjet présenté par Abdoulaye Alliagui · octobre 2026
02

Un écosystème industriel intégré

01

Multimodal

Plateformes, terminaux spécialisés, transit, manutention et entreposage.

02

Hydrocarbures

Un dépôt de 61 000 m³ pour le gasoil et le super, avec services dédiés.

03

Filière animale

Marché à bétail et abattoir régional, au service des circuits agricoles.

04

Industrie & logistique

Zone industrielle évoquée de 350 ha, ateliers d’emballage et stockage.

Entrepôts : 9 800 m² de grande capacité mentionnés.

Énergie : poste électrique dédié et deux lignes d’alimentation, selon l’ambassadeur.

Rail : embranchement programmé vers l’axe Abidjan–Ouagadougou.

Services : douane, phytosanitaire, banques, exploitants et administrations.

Gestion : société publique de gestion à l’étude, selon l’ambassadeur.

03

Une porte d’entrée vers l’hinterland

Le corridor Abidjan–Ouagadougou
AbidjanPort maritime FerkéHub intérieur OuagadougouHinterland
40 %Du territoire ivoirien dans la zone d’influence annoncée
20 %De la population nationale concernée, selon le projet

Prolongements sous-régionaux : Burkina Faso, Mali, Niger. Ferkessédougou se situe à une distance relativement comparable d’Abidjan, Bamako et Ouagadougou. Le Burkina Faso finance l’axe autoroutier Ouagadougou–Bobo-Dioulasso, selon l’ambassadeur.

Schéma de rayonnement sous-régional du port sec vers le Mali, le Burkina Faso et le Niger
Rayonnement sous-régional · schéma du projet PSF
Le marché visé · chiffres cités par l’ambassadeur
110 M→160 M

Habitants dans le marché régional aujourd’hui, puis à l’horizon 2040.

15 M→19 M

Personnes vivant avec plus de 8,30 $ par jour en PPA, entre 2025 et 2028, d’après les données de la Banque mondiale citées par le diplomate.

Les flux du Port autonome d’Abidjan vers le Burkina Faso et le Mali auraient progressé d’environ un tiers en 2025, selon l’ambassadeur.≈ 2 M de personnes en moins dans l’extrême pauvreté*

* Projection pour 2025–2028 rapportée dans la communication de l’ambassadeur.

« Ces nouveaux consommateurs achètent d’abord des biens de base, logement, alimentation transformée, matériaux de construction. »
04

L’équation des coûts

Le signal prix · un sac de ciment

Abidjan5 000
Nord ivoirien6–7 000

Prix en FCFA cités par l’ambassadeur. Produire ou stocker au plus près des débouchés peut réduire une partie des coûts de transport.

Produire plus près. Distribuer plus loin.

Matériaux pondéreux, carburants et biens essentiels : une implantation à Ferké rapproche l’offre des marchés sahéliens. Le franc CFA commun aux pays concernés de l’UEMOA constitue un atout supplémentaire mis en avant par l’ambassadeur.

05

Les filières pour les entreprises marocaines

01

Logistique & distribution

Transport, transit, entreposage, manutention, carburants et distribution régionale.

02

Agro-industrie & froid

Anacarde, mangue, karité, coton, maïs, canne à sucre, maraîchage et froid ; pomme de terre identifiée comme piste par l’ambassadeur.

03

Matériaux & industrie

Ciment, matériaux de construction, métallurgie, textile, emballage et ameublement.

04

Financement & services

Assurance des marchandises, financement des flux, commerce, construction et logements.

Le textile et l’agroalimentaire figurent parmi les filières de co-industrialisation panafricaine mises en avant par la CGEM, selon Othman El Ferdaous.

06

Le foncier est déjà accessible

01

Exprimer le besoin

Demande précisant la surface recherchée.

02

Présenter son projet

Déposer un business plan.

03

Obtenir une AOT

Autorisation d’Occupation Temporaire.

04

Régler la redevance

Redevance domaniale annuelle.

5 000Emplois directs prévus pendant les travaux
500Stagiaires à former à l’issue du projet
> 250Chambres d’hôtel aujourd’hui à Ferké, contre moins de 50 en 2011, selon l’ambassadeur

Le projet prévoit également le relogement de 500 personnes, une voie de contournement et des effets attendus sur le logement, le commerce et les services.

L’appel de l’ambassadeur du Maroc

« J’invite les entreprises marocaines à regarder ce dossier de près et à venir voir le site. »

Lire la publication de l’ambassadeur

Données : présentation du Port Sec de Ferkessédougou (5 octobre 2026), présentée lors de Territoires & Avenir (One Africa Forums), et communications de S.E.M. Othman El Ferdaous. Les échéances, emplois, volumes et évolutions démographiques indiqués sont des prévisions.

LE1 · L’INTELLIGENCE DE L’INFORMATION
460 millions d’euros et du foncier déjà accessible

Le projet prend déjà la forme d’un véritable hub industriel et logistique. À fin septembre 2026, le chantier affichait 30% d’avancement, pour une mise en service annoncée à la fin de 2028, tandis que l’État ivoirien y a engagé près de 460 millions d’euros, selon Othman El Ferdaous. La première emprise couvre 732 hectares et associe plateformes multimodales, terminaux spécialisés, dépôt d’hydrocarbures de 61.000 m³, marché à bétail avec abattoir régional et zone logistique et industrielle. Une extension d’environ 700 hectares doit porter la superficie totale à plus de 1.400 hectares, avec des entrepôts, ateliers d’emballage, espaces de stockage et l’ensemble des voiries et réseaux nécessaires au fonctionnement du site.

L’ambition est celle d’une plateforme intégrée, capable de réunir sur un même site les fonctions de transport, de stockage, de transformation, de financement et de contrôle. Douane, services phytosanitaires, gendarmerie et administrations publiques doivent y côtoyer opérateurs logistiques, banques, centres commerciaux, Chambre de commerce et Office ivoirien des chargeurs. Le site doit par ailleurs disposer de son propre poste électrique, alimenté par deux lignes dédiées, tandis qu’une société publique de gestion est à l’étude. Surtout, les investisseurs n’ont pas à attendre 2028 pour se positionner : les parcelles sont déjà accessibles sur présentation d’un business plan, via une Autorisation d’Occupation Temporaire assortie d’une redevance annuelle.

Le port sec en images

Les vues du chantier datent de juillet 2026, à la suite d’une réunion du ministère ivoirien des Infrastructures et de l’Entretien routier. La photographie de la maquette a été réalisée lors des célébrations de la fête nationale 2026 à Ferkessédougou.

Des participants présentent la maquette du futur Port Sec de Ferkessédougou lors de la fête nationale ivoirienne 2026.
Fête nationale 2026Présentation de la maquette du futur Port Sec de Ferkessédougou lors de la célébration de la fête nationale ivoirienne 2026.
Structure métallique d’un bâtiment en chantier au Port Sec de Ferkessédougou en juillet 2026.
Chantier — juillet 2026Charpente métallique d’un bâtiment du Port Sec de Ferkessédougou, en cours de construction en juillet 2026.
Ouvriers intervenant sur une canalisation enterrée lors des travaux du Port Sec de Ferkessédougou.
Chantier — juillet 2026Travaux sur une canalisation du Port Sec de Ferkessédougou, en juillet 2026.
Bâtiment sur échafaudages sur le chantier du Port Sec de Ferkessédougou en juillet 2026.
Chantier — juillet 2026Un bâtiment du Port Sec de Ferkessédougou en cours de construction, en juillet 2026.
1,8 million de tonnes dès l’ouverture

À son ouverture, le Port Sec de Ferkessédougou vise un trafic de 1,8 million de tonnes de marchandises, adossé notamment à 9.800 m² d’entrepôts de grande capacité. Pour Othman El Ferdaous, ces volumes ne se résument pas à une statistique logistique : ils représentent autant de flux à transporter, stocker, financer, assurer et, pour partie, transformer localement. Cette montée en puissance doit s’appuyer sur la réhabilitation de la ligne ferroviaire Abidjan-Ouagadougou, avec un embranchement dédié au port sec. Un premier programme de travaux prioritaires, financé avec la Banque mondiale, a déjà fait l’objet d’un appel d’offres.

La force du projet tient aussi à sa géographie. Positionnée sur le corridor nord ivoirien, Ferkessédougou se situe à une distance relativement comparable d’Abidjan, Bamako et Ouagadougou, au croisement des flux reliant le littoral ivoirien à l’hinterland sahélien. Le projet estime sa zone d’influence à 40% du territoire ivoirien et 20% de la population nationale, avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger comme principaux prolongements régionaux. Cette centralité prend davantage de poids alors que le transit du Port autonome d’Abidjan vers le Burkina Faso et le Mali a progressé d’environ un tiers en 2025, tandis que Ouagadougou finance sur ressources propres l’autoroute reliant la capitale à Bobo-Dioulasso, sur l’axe conduisant vers la frontière ivoirienne.

Un marché de 110 millions d’habitants

L’ambassadeur élargit ainsi la lecture du projet au marché régional.

Selon les chiffres qu’il avance, l’espace économique accessible depuis Ferkessédougou représente environ 110 millions d’habitants, avec une projection de 160 millions en 2040.

Citant la Banque mondiale, Othman El Ferdaous souligne également une évolution de la structure de consommation : le nombre de personnes disposant de plus de 8,30 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat passerait d’environ 15 millions à 19 millions entre 2025 et 2028, tandis que l’extrême pauvreté reculerait de près de deux millions de personnes.

Son raisonnement est celui d’un marché de consommation qui s’épaissit progressivement.

« Ces nouveaux consommateurs achètent d’abord des biens de base, logement, alimentation transformée, matériaux de construction », relève-t-il.

D’où l’intérêt, selon lui, d’unités de production ou de stockage installées directement à Ferkessédougou : elles pourraient servir ces marchés au plus près, avec en outre l’avantage d’un espace monétaire commun pour plusieurs des pays concernés.

Le coût de la route comme argument industriel

L’exemple du ciment illustre cette logique.

Un sac vendu environ 5.000 FCFA à Abidjan peut coûter entre 6.000 et 7.000 FCFA dans le Nord ivoirien. Une entreprise produisant, transformant ou stockant à Ferkessédougou peut donc chercher à capter une partie de ce différentiel logistique.

L’équation concerne particulièrement les produits lourds et à faible valeur unitaire : ciment, matériaux de construction, carburants ou certains produits agricoles.

Elle s’étend ensuite à l’agro-industrie. La région produit notamment du coton, de la mangue, de l’anacarde, du karité et du maïs. Le PSF cite parmi les investissements recherchés la transformation agricole, le transport, le transit, l’entreposage, les matériaux de construction, la métallurgie, le textile, les activités minières et le commerce.

Pour les entreprises marocaines, plusieurs de ces filières rejoignent directement des métiers où elles disposent déjà de capacités industrielles : matériaux de construction, agroalimentaire, textile, logistique, emballage, froid, finance et assurance.

Se positionner avant 2028

Le message d’Othman El Ferdaous est sans ambiguïté : les entreprises marocaines ont intérêt à se positionner dès maintenant sur Ferkessédougou. Le Port Sec n’est pas encore opérationnel, mais son impact économique est déjà visible. La ville comptait moins d’une cinquantaine de chambres d’hôtel en 2011, contre plus de 250 aujourd’hui, tandis que le chantier soutient la demande locative et les activités de services. À terme, le projet prévoit 5.000 emplois directs pendant les travaux et environ 71.000 emplois directs et indirects entre 2028 et 2038, avec des besoins croissants en logement, construction, commerce et infrastructures urbaines.

Pour l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, l’enjeu est précisément là : ne pas attendre 2028. Les premières parcelles sont déjà accessibles aux investisseurs, alors que l’écosystème industriel et logistique est encore en train de se structurer. Son invitation aux opérateurs marocains est claire : venir voir le site, étudier les opportunités et prendre position avant que les meilleurs emplacements et les premières chaînes de valeur ne soient déjà occupés. Ferkessédougou n’est plus seulement un projet d’infrastructure, c’est un marché qui commence à se dessiner aujourd’hui.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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