En RDC, Félix Tshisekedi succède à Kabila et Paris met en doute ces résultats

A la surprise quasi générale, c’est Félix Tshisekedi qui a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, le 10 janvier dernier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en République démocratique du Congo. Après plusieurs reports, les résultats provisoires ont été annoncés vers 3 heures du matin à Kinshasa. Fils de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017, le vainqueur a passé un accord avec une autre figure de la politique congolaise, Vital Kamerhe : en cas de victoire, ce dernier assurerait le poste de Premier ministre. Annoncé comme « un grand jour pour la nation congolaise, un jour tant attendu » par le rapporteur de la Céni, Jean-Pierre Kalamba, l’élection démocratique du nouveau président est porteuse de plusieurs symboles.

D’abord, la nation congolaise en assez des transitions violentes au pouvoir. Deuxièmement, les Congolais ont opté our la patience et la paix malgré les violences qui ont précédé le scrutin. Troisièmement, les retards de la CENI dans l’annonce des résultats ont jeté un doute sur leur véracité. Certains estiment que le nouveau président a négocié son élection, lui qui s’est rapproché de Joseph Kabila après la mort de son père, plus intransigeant que lui sur cette question.


Les résultats provisoires devraient céder la place à d’autres définitifs dans quelques jours. Le dernier mot reviendra à la Cour constitutionnelle qui proclamera ensuite les résultats définitifs de la présidentielle après l’examen d’éventuels recours.

Un « putsch électoral »

Après l’annonce des résultats, Martin Fayulu, candidat de la coalition de l’opposition Lamuka, a dénoncé ces résultats par des mots très forts: « Ridicules. Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes. «C’est une vilaine escroquerie de Corneille Nangaa et de son camp politique. C’est un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible ».

De son côté, la puissante Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), par la voix de l’abbé Donatien Nshole, a confirmé que « les résultats […] tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement ».

La France, dubitative, conteste les résultats de la présidentielle

Même constat du côté de la France, qui, via son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, a affirmé qu’il «semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là. (…) Il faut qu’on garde son calme, qu’on évite les affrontements et que la clarté soit faite sur ces résultats qui sont inverses à ce que l’on imaginait, à ce qui était avancé». Et pour cause, c’était Martin Fayulu qui était donné vainqueur. La France a, d’ailleurs, saisi, la semaine dernière, le Conseil de sécurité pour vérifier que « les résultats constatés soient les résultats réels ». Si le ton monte ici et là, ces derniers jours ont connu le lancement de plusieurs appels au calme tant par l’ONU que par l’Union africaine. Reportées à trois reprises, ces élections ont finalement eu lieu. Il s’agit maintenant de les confirmer de manière légale pour épargner aux Congolais de nouvelles souffrances.


Chiffres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) :
« Ayant obtenu 7 051 013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57%, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix », a déclaré Corneille Nangaa, président de la CENI. Il devance ainsi Martin Fayulu (34,8%), candidat de la coalition d’opposition Lamuka et le candidat de la coalition au pouvoir FCC, Emmanuel Ramazani Shadary (23,8%).

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