La finale de la CAN Maroc 2025 n’a pas seulement été perdue sur la pelouse. Le Maroc en sort battu sur trois fronts : le match, le récit qui l’a suivi, puis l’arbitrage disciplinaire de la CAF. Trois échecs successifs, qui obligent moins à se justifier qu’à regarder froidement ce qui n’a pas fonctionné.
1. La défaite sportive : une préparation fragilisée par la pression et les choix
Sur le plan strictement sportif, la défaite face au Sénégal ne peut être réduite à un simple accident de parcours. Elle est le produit d’une accumulation de fragilités : préparation insuffisamment adaptée aux exigences spécifiques des compétitions africaines, choix de joueurs diminués physiquement, options tactiques discutables à des moments clés.
Mais au-delà du rectangle vert, un facteur a pesé de manière décisive : la pression exceptionnelle placée sur la sélection nationale. En déclarant publiquement qu’il n’y avait « personne d’autre que lui capable de remporter la Coupe », le sélectionneur national a contribué à installer une obligation de résultat absolue. Cette posture a été amplifiée par les médias nationaux, qui ont progressivement ancré dans l’opinion une certitude devenue slogan : on organise, on la garde.
Cette narration a transformé un objectif sportif en injonction nationale, réduisant la marge d’erreur de l’équipe et rigidifiant son rapport au match. Dans un contexte africain où l’imprévu, la gestion émotionnelle et l’adaptabilité sont déterminants, cette pression auto-infligée a fini par devenir un handicap.
2. La bataille du récit : quand le « software » est attaqué
Cette pression excessive ne s’est pas limitée au terrain. Elle a ouvert un espace que d’autres ont su exploiter. Très vite, le champs médiatique a été investi par des campagnes de dénigrement portées par l’establishment algérien qui ne pouvait supporter l’idée d’un rayonnement mondial et continental du Maroc.
Fait notable : ces attaques n’ont pas visé les infrastructures, la sécurité, l’organisation, l’accueil, ni même les terrains, autant de domaines unanimement salués. La cible a été ailleurs. Plus subtile. Plus dangereuse.
C’est le software marocain qui a été attaqué : le capital immatériel, humain et symbolique patiemment construit par le Royaume depuis près de deux décennies dans les arcanes du football africain et mondial. L’argumentaire mobilisé n’est pas nouveau. Il repose sur des ressorts anciens : corruption, tricherie, manipulation. Un retour assumé à une rhétorique tribale et suspicieuse que le Maroc pensait avoir dépassée.
Dans ce contexte, le contraste est brutal : des années de travail d’influence, de modernisation institutionnelle et de soft power peuvent être fragilisées, dans l’espace médiatique africain, par quelques voix bruyantes, parfois issues de podcasts grassement financés, et d’un écosystème médiatique national insuffisamment structuré pour répondre, déconstruire et imposer un contre-récit crédible.
3. La défaite juridique : une équivalence discutable imposée par la CAF
Cette bataille du récit a fini par produire des effets institutionnels. L’opinion africaine, manipulée, a créé un climat tel que la CAF s’est retrouvée contrainte d’arbitrer sous tension.
Le résultat est frappant : dans ses décisions disciplinaires, l’instance continentale a placé sur un plan d’égalité des faits de nature radicalement différente : le retrait d’une équipe du terrain lors d’une finale, et des incidents périphériques liés à des comportements individuels ou organisationnels. Cette équivalence, difficilement défendable sur le plan symbolique, traduit moins une lecture froide des faits qu’un compromis sous pression.
Le rejet du recours marocain, dans ce contexte, apparaît moins comme un simple échec juridique que comme l’aboutissement d’une séquence où le Maroc n’a pas su, ou pas pu, reprendre la maîtrise du récit au bon moment.
Apprendre à perdre… et à corriger
Être leader a un coût. Il expose. Il cristallise. Il attire les coups. Mais il impose aussi une obligation : prendre de la hauteur, accepter l’autocritique et ajuster ses méthodes.
La CAN Maroc 2025 ne peut être réduite à une défaite sportive et narrative, malgré une réussite organisationnelle largement reconnue. Elle doit être comprise comme un signal. Celui qu’un leadership, même solidement construit, reste fragile s’il n’est pas accompagné d’une stratégie de gestion du récit, d’une communication mature et d’une capacité à anticiper les batailles immatérielles.
Le Maroc a perdu sur trois terrains. À lui désormais d’en tirer les leçons, non pour se replier, mais pour revenir plus lucide, plus préparé, et mieux armé face à des adversités qui ne se jouent plus uniquement sur la pelouse.


