Une cyberattaque de grande ampleur a pris pour cible les installations frigorifiques de centaines de supermarchés français, dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026. En provoquant une montée des températures jusqu’à 50 °C et parfois davantage, les pirates ont détruit des stocks alimentaires, entraîné des fermetures de rayons et causé plusieurs départs de feu. Les professionnels redoutent une facture de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Intermarché, Netto, Coopérative U, Carrefour et Monoprix figurent parmi les enseignes touchées. Reuters fait état de 80 magasins Carrefour, d’environ 5 % du réseau Monoprix et de près de 150 Intermarché affectés selon un premier décompte, le groupement Les Mousquetaires a ensuite signalé un périmètre plus large en comptant les magasins Netto. Mardi 13 octobre, le président de Coopérative U, Dominique Schelcher, a déclaré à Reuters que 80 établissements de son réseau avaient été concernés sur quelque 2 000 points de vente.
Une facture potentiellement colossale
À Haguenau, en Alsace, un Intermarché aurait perdu l’intégralité de son stock de produits surgelés, évalué à environ 50 000 euros. À Gradignan, près de Bordeaux, l’exploitant d’un Intermarché a déclaré au Monde une perte de 21 000 euros en valeur d’achat, constatée par huissier. En Alsace, une perte de 220 000 euros portant sur des produits frais et surgelés a également été relayée par plusieurs médias, sans identification parfaitement concordante du magasin.
Dominique Schelcher évalue les préjudices à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un petit magasin Coopérative U et jusqu’à 200 000 euros dans un hypermarché. Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires, a pour sa part évoqué sur BFMTV des pertes pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros à l’échelle nationale en une seule journée. Aucun bilan consolidé n’a encore été publié. À la valeur des produits détruits pourraient s’ajouter les coûts de maintenance, de nettoyage, de réapprovisionnement et les pertes d’exploitation, avec des incertitudes sur les assurances.
Le dégivrage détourné en outil de sabotage
Selon les premiers éléments, les attaquants ont manipulé à distance les systèmes de contrôle de la chaîne du froid et prolongé des cycles de dégivrage normalement destinés à éliminer le givre. Le Monde rapporte que certains cycles auraient été étendus d’une à huit heures, retardant la détection et les interventions. Les dispositifs industriels visés sont conçus pour être supervisés et entretenus à distance, ce qui constitue une voie d’accès potentielle lorsque leurs interfaces sont mal protégées.
Le fabricant danois Danfoss a confirmé à Reuters que des incidents touchaient un nombre limité de ses systèmes de gestion frigorifique, dont les équipements concernés utilisaient des logiciels internes obsolètes. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) enquête sur une vulnérabilité liée à ce fournisseur.
Des alertes techniques antérieures à l’attaque
Le 9 août 2026, les chercheurs de Claroty Team82 ont publié une étude consacrée aux contrôleurs Danfoss AK-SM 800A. Ils y décrivent notamment une possibilité de contournement de l’authentification et une faille d’exécution de commandes à distance, corrigées par des mises à jour.
Le constructeur lui-même avait signalé d’autres incidents dans une note technique d’octobre 2025 : 16 supermarchés russes équipés de contrôleurs AK-SM 800 avaient été visés en 2022, ainsi que 40 magasins israéliens. Dans ce dernier cas, Danfoss évoquait l’absence de protections adaptées par pare-feu ou VPN et recommandait la migration vers des systèmes plus récents.
Une enquête judiciaire, des inquiétudes européennes
Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur cette attaque, tandis que le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé l’intervention de l’ANSSI. D’après Reuters, Félix Aimé, analyste chez Sekoia, a également signalé des incidents en Espagne, au Portugal, en Pologne, en Allemagne et en Belgique. Leur étendue reste à préciser. Les auteurs de l’opération et leur méthode exacte d’intrusion ne sont pas publiquement établis.


