La crise israélo-palestinienne a permis de crever l’abcès avec Biden

Key Points :

  • Suite à la réunion du cabinet de sécurité israélien de ce jeudi 20 mai au soir, le gouvernement israélien a approuvé l’idée d’un cessez-le-feu avec le Hamas, après presque deux semaines de conflit à Gaza.
  • Le Hamas et le Jihad Islamique ont confirmé par la suite le cessez-le-feu, qui devrait débuter vendredi matin.
  • Netanyahu et Biden choisissent Al-Sissi au lieu de Tamim ou du roi Abdallah II pour jouer les intermédiaires avec le Hamas.
  • Paris et Berlin se sont particulièrement investies dans la crise israélo-palestinienne dans l’objectif de regagner de l’influence géopolitique perdue avec Trump.
  • La crise a permis à l’ensemble des parties prenantes de «crever l’abcès» avec Joe Biden et de briser la «glace sibérienne» installée par son administration.

Que se passe-t-il :

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a confirmé dans un communiqué, publié jeudi soir, que le cabinet de sécurité israélien a approuvé à l’unanimité un cessez-le-feu à Gaza.

Le communiqué indique que les ministres ont convenu «d’accepter l’initiative égyptienne pour un cessez-le-feu mutuel sans aucune condition, qui entrera en vigueur à une heure qui sera déterminée plus tard».


Avant le vote, les responsables de la défense ( de l’Etat hébreux) ont présenté aux ministres les réalisations militaires d’Israël au cours de la campagne, dont certaines «sans précédent», indique le communiqué.

«Le cabinet (de sécurité) a accepté à l’unanimité la recommandation de l’ensemble des responsables sécuritaires (…) d’accepter l’initiative égyptienne de cessez-le-feu bilatéral sans conditions. (…) le principe de base sera «calme pour tranquillité», ont indiqué les autorités israéliennes.

Dans la bande de Gaza, le Hamas, mais aussi le Jihad Islamique, deuxième groupe armé de l’enclave, ont confirmé à Reuters l’entrée en vigueur de cette trêve dès 2 h locales vendredi (23 h GMT jeudi).

Ce qu’il faut savoir :

Les tractations diplomatiques se sont intensifiées ces dernières 48 heures, alors que l’administration Biden commençait à manifester une impatience visible malgré un soutien constent et public au droit d’Israël à se défendre.

Après trois vétos de Washington, bloquant des motions proposés par trois membres du Conseil de sécurité de l’ONU à savoir : la Norvège, la Tunisie et la Chine, qui contraignaient Israël, la France a déposé mardi soir une résolution devant ledit Conseil, en coordination avec l’Égypte et la Jordanie pour réclamer un cessez-le-feu.

En raison de la confiance dont jouit le président égyptien Abdelfattah Al-Sissi auprès de Netanyahu, ce dernier a tourné le dos à toutes les autres parties-prenantes habituées au dossier palestinien, notamment la Jordanie et le Qatar. Bibi entretient une relation exécrable avec le Roi Abdallah II et se méfie de la proximité du leader du Hamas, Ismaël Haniyeh avec l’émir Tamim ben Hamad al-Thani.

Avec cette médiation et en acceptant de rejouer le rôle de Hosni Moubarak en renouant des relations d’intelligence et de renseignement avec le mouvement Hamas, Al Sissi avale une belle couleuvre. Il a fait de l’anti-Hamas sa raison d’ascension au trône. Le régime militaire a effet mis beaucoup d’énergie à positionner le mouvement palestinien comme le mal absolu auprès de l’opinion publique égyptienne. Cette médiation couterait également à l’Egypte et ses sponsors 500 millions de dollars pour la reconstruction de Gaza.

« Deux délégations égyptiennes seront envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour surveiller la mise en œuvre (du cessez-le-feu) et le processus pour maintenir des conditions stables de manière permanente » , ont par ailleurs indiqué à l’AFP des sources diplomatiques égyptiennes, soulignant que cette trêve « simultanée et mutuelle » avait été « négociée par l’Egypte ».

Côté européen, les médias du vieux continent se sont transformés en machines de propagande de l’ambition franco-allemande de transformer cette crise israélo-palestinienne en une opportunité de se replacer sur l’échiquier géopolitique après avoir été chassés par Trump.

Ce qu’on ne lit pas dans les dépêches de l’AFP c’est comment la machine diplomatique et médiatique israélienne s’est mobilisée durant les dernières 48h contre les tentatives de la France de faire passer une résolution plus en faveur de son influence qu’en faveur de la crise.

Dans le même registre, les dépêches de l’AFP laissent penser que l’Allemagne aurait joué un rôle décisif dans le cessez-le-feu approuvé ce jeudi, en évoquant la visite du ministres des affaires étrangères, Heiko Maas et l’appel concomitant à ce déplacement de la Chancelière Angela Merkel avec le président palestinien Mahmoud Abbas.

D’un côté, l’Allemagne ne veut absolument déroger de la ligne diplomatique occidentale, indéniablement 100% pro-Israël, soutenant les bombardements israéliens sur Gaza et de l’autre côté Angela Merkel, la sainte des saintes n’oublie pas de récupérer la très larges solidarité médiatique avec la cause palestinienne.

Ce qu’il faut suivre :

Benjamin Netanyahu a démontré sa grande capacité de résilience face à une nouvelle administration américaine qui lui est totalement hostile. Une inimitié qui s’est concrétisée par la ligne éditoriale inhabituellement critique de la chaine CNN envers les bombardements israélien de Gaza. d’ailleurs Tsahal a montré à plusieurs reprises une nervosité envers les journalistes de la célèbre chaine, qui pour rappel avait osé l’impensable, couper le micro d’un président américain en exercice, en l’occurrence Trump.

Les analystes et les médias arabes en particulier ont analyser le présent cessez-le-feu, sans aucune condition, comme un échec cuisant de Netanyahu et surtout celui d’une armée et d’un arsenal israéliens invincibles dans l’inconscient collectif des populations arabes. Croire cela, c’est ne pas voir pas plus loin que le bout de son nez.

Et pour cause, cette crise a réussi à se hisser à rang numéro 1 des évènements géopolitique, médiatique et humanitaire de la planète, surpassant la crise du Covid. Une pôle position qui a été gagnée grâce 1) aux images diffusées en directes sur tous les écrans, de la mort des femmes, enfants et combattants palestiniens; 2) des nuits illuminés par une guerre des étoiles entre le dôme de fer israélien et les barrages de roquettes iraniens; 3) de la peur et des cris des israéliens dans les rues, cherchant refuges; 4) La cerise sur le gâteau, les scènes de destruction des bureaux des médias internationaux à Gaza.

Avec un peu de recul surtout après l’annonce du cessez-le-feu, cette guerre hypermédiatisée et hyper «trending» sur l’ensemble des réseaux sociaux de la planète, a constitué l’abcès qu’il fallait crever depuis l’installation du glacial Joe Biden :

  1. C’est «grâce» à la médiatisation de ce conflit que Joe Biden et son administration a daigné se tourner vers cette région du monde bousculée par son prédécesseur. En effet, ce sont les roquettes du Hamas, les missiles et les drones israéliens qui ont finalement permis à Biden de composer le numéro de Mahmoud Abbas, d’Al-Sissi ( le dictateur préféré de Trump) et à deux reprises Netanyahu.
  2. Biden a profité de cette crise pour tenter de se libérer des contraintes que lui a laissé Trump tout en montrant au monde entier très impatient de le voir à l’œuvre, sa manière de faire les relations internationales.
  3. L’affrontement armé a dévoilé au monde entier l’arsenal très important dont dispose désormais le Hamas. Israël a profité de cet étalage de force,- considéré par les proxys iraniens comme une nouvelle capacité de dissuasion-, pour 1) «éliminer» en toute quiétude des chefs militaires de la résistance; 2) détruire des infrastructures stratégiques du mouvement Hamas; 3) Rappeler et installer durablement la peur au sein de la population israélienne contre le danger islamiste, coupant l’herbe sous la gauche chargée de constituer un gouvernement toute en renforçant les positions de ses alliés d’extrême droite. Une peur transmise également aux voisins arabes et à l’Europe, qui ne peuvent imaginer le même scénario de rafales de missiles sur leur territoires.
  4. Cette crise a été l’occasion pour l’Iran et la Russie de déplacer le terrain d’adversité contre Joe Biden sur un champ inflammable. La technologie russe et la logistique iranienne ont montré leur efficacité contre un matériel américano-britannique.
  5. Le Maroc qui a su garder une équidistance avec l’ensemble des parties prenantes du conflit, a été naturellement invité dans le dispositif géopolitique américain pour l’installation d’une stabilité durable dans la région.

La conférence de presse tenue par Benjamin Netanyahu ce mercredi 19 mai permet de déceler des clés de lectures de la situation. Particulièrement fébrile, le premier ministre israélien a réussi lors de cet exercice à transmettre un mix d’émotions négative sur l’avenir de la région sans lui et avec le Hamas.

Montrer le Hamas plus dangereux que jamais, aussi bien pour la politique palestinienne en Cisjordanie que pour la sécurité d’Israël pourrait s’avérer être plus productif pour sa carrière mais aussi pour son camp politique que les images catastrophiques des bombes au phosphore blanc utilisées en 2009 contre la même Gaza, l’année même de sa montée au pouvoir.

Nawfal Laarabi

Nawfal Laarabi

Intelligence analyst at UBERAL
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist
20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.
Nawfal Laarabi

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