Le Nigéria provoque le Maroc, Bourita aux abonnés absents

Pendant que le monde a les yeux rivés sur l’affaire #Khashoggi et sur les transformations que connaissent, d’heure en heure, les équilibres géopolitiques mondiaux imposés par un crapuleux crime d’Etat, et que notre diplomatie nous brandit fièrement le soutien du Yémen -un pays décomposé et rongé par la guerre et par la famine- à l’intégrité territoriale du Maroc, le Nigéria et l’Algérie ont opéré un rapprochement stratégique à l’occasion de la tenue, dimanche, de la 4ème session de la Haute commission mixte algéro-nigériane, en présence du ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama. Une rencontre sanctionnée par la signature de plusieurs accords notamment le parachèvement du gazoduc transsaharien Algérie-Nigéria connu sous le sigle NIGAL.

A quoi joue le Nigéria, serait-on tentés de nous interroger, en annonçant dans un communiqué conjoint avec l’Algérie la relance du projet du gazoduc transsaharien censé relier les deux pays, alors qu’un accord pour un autre pipeline, le gazoduc transatlantique entre le Nigeria et le Maroc, un projet titanesque et concurrent, a été signé en juin dernier à Rabat devant Muhammadu Buhari et Mohammed VI ?


Après des années de stagnation, la Commission mixte bilatérale algéro-nigériane, tenue le 15 octobre à Alger, et co-présidée par le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelkader Messahel et son homologue nigérian Geoffrey Onyeama, a annoncé dans un communiqué officiel, la reprise du projet de gazoduc Algérie-Nigeria, dont l’idée a été lancée pour la première fois dans les années 1980 par les deux pays et signé le 3 juillet 2009 par les gouvernements du Niger, du Nigeria et de l’Algérie et qui relierait, sur le papier, Warri au Nigeria à Hassi R’Mel en Algérie en passant par le Niger sur une longueur de 4 128 kilomètres avec une capacité annuelle théorique de 30 milliards de mètres cubes. A cette époque, le projet devait se faire en parallèle avec la route transsaharienne qui devait relier Alger à Lagos.

Mais la relance de ce projet intervient dans un contexte particulièrement sensible : 1) La veille de la reprise de discussions entre les parties prenantes du dossier du Sahara suite à l’appel de Horst Köhler pour une réunion quadripartite à Genève en décembre prochain; 2) Le contrat du gazoduc Maghreb-Europe qui fournit l’Espagne via le Maroc, arrive à terme; 3) Le démarrage de la fièvre des élections présidentielles au Nigéria.

L’annonce de la reprise et du parachèvement du projet de gazoduc entre le Nigeria et l’Algérie a été accompagnée par celle de la construction d’un réseau de fibre optique mais surtout d’une volonté de l’Algérie de montrer un leadership régional sur les conflits au Mali et en Libye tout en s’assurant une alliance avec le Nigéria qui souffre de graves problèmes liés à la migration et à la sécurité, notamment les épisodes à répétition de terrorisme au nord du pays.

Si la construction du NIGAL est difficilement réalisable et ce pour plusieurs raisons, dont notamment la stabilité politique au Nigéria et l’insécurité régnante dans toute la région du Sahel, il s’agit là d’un énième revers pour la diplomatie marocaine dont l’immobilisme, sous l’ère Bourita, est devenu une marque de fabrique : léthargie et manque de fermeté sont désormais les maîtres-mots du chef de la diplomatie marocaine face à nos adversaires.

Nasser Bourita, qui a très mal géré les relations avec le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a montré une réelle faiblesse vis-à-vis de la Mauritanie, brillé par son absence sur les différents dossiers épineux du Sahel et, plus grave, complètement raté l’entretien d’une bonne courroie de transmission avec le Nigéria.

Alors qu’on attendait une réaction ferme de Bourita à la récente visite provocatrice à Tindouf du numéro deux de la diplomatie sud-africaine, lui qui perd son temps et son énergie à casser du sucre sur le dos des brillants mandats des marocains à l’UpM, voilà que le Nigeria attente directement à nos intérêts géostratégiques les plus vitaux sans que Bourita daigne en informer l’opinion publique, encore moins prendre des dispositions fermes face à cette attaque en règle contre les intérêts supérieurs du pays.

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