Le Roi Salmane Ben Abdelaziz balise la voie de la succession à son fils le Prince Mohamed

Le Roi Salmane Ben Abdelaziz a opéré samedi un vaste mouvement dans les rangs des hauts dignitaires de l’Etat saoudien, lequel a touché des responsables civils et militaires de haut niveau parmi lesquels des Princes et des membres du Conseil des ministres. Les principaux postes concernés sont l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington, l’Etat-Major de l’Armée de Terre, le directeur des opérations du service de Renseignement, le ministère de l’Energie et le Conseil de sécurité nationale. Une lecture à chaud des profils nommés nous donne, en filigrane, une indication claire quant aux intentions des autorités saoudiennes : 1) Renforcer le clan des Ben Salmane avec la nomination de deux des fils du Roi à des postes sensibles ajoutés à son troisième fils, l’influent Mohammed Ben Salmane, ministre de la Défense et non moins puissant vice-prince héritier ; 2) Reprendre directement la main sur le commandement de la zone sud et du terrain des opérations au Yémen par une réédition d’une «Tempête décisive» lancée par le défunt Roi Abdallah; 3) Recentrer et centraliser le travail du Renseignement directement au niveau du Roi par un réaménagement des prérogatives du Conseil de sécurité nationale.

La principale décision du Roi Salmane est, sans conteste, le limogeage du Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre, le général Saleh Al-Muhaya, remplacé dans la foulée par son adjoint et non moins membre de la famille royale, le Prince Fahd Ben Turki. Ce général trois étoiles est l’homme clé du dispositif militaire saoudien dans la Coalition arabe dans la guerre du Yémen. Homme de terrain et fin stratège, il aura désormais sous ses ordres une armée à lui tout seul, composée de trois brigades blindées, cinq brigades d’infanterie mécanisées, trois brigades légères motorisés, une brigade aéroportée, cinq bataillons d’artillerie indépendantes, en plus d’une flotte baptisée «aviation des forces terrestres royales saoudiennes» qui assure une aéromobilité et un appui aérien rapproché avec sa centaine d’hélicoptères d’attaques et de transport.

Ryadh veut en découdre définitivement avec les rebelles houthis, réputés proches des iraniens et armés par Téhéran, d’où le choix d’un super-général, et prince de surcroît, qui aura carte blanche pour régler militairement cette question qui n’a que trop duré. D’ailleurs, un des décrets royaux ordonne au ministre des Finances d’exécuter immédiatement le paiement des indemnités, des primes et des avantages financiers aux militaires engagés dans l’opération « Restaurer l’Espoir » au Yémen ainsi qu’une bonification forfaitaire de deux mois de salaire. Ce qui laisse croire que la guerre sera encore longue et fastidieuse. L’objectif affiché par Ryadh est de reconstruire les lignes d’une Coalition à bout de souffle et affaiblie et, surtout, de réaliser des succès concrets sur le terrain des opérations, peut-être par une réédition d’une «Tempête décisive» lancée par le défunt Roi Abdallah.


L’Arabie saoudite, qui cherche à faire renaître et à renforcer l’axe sunnite Le Caire-Ryadh-Amman, n’a certainement pas dû être insensible aux menaces proférées cette semaine par le Hezbollah libanais et Bachar Al-Assad contre l’allié Jordanien.

Le souverain saoudien, qui recevait la veille le président égyptien Abdelfattah al-Sissi, a également nommé le porte-parole de la Coalition arabe au Yémen, le général Ahmed Asiri, comme numéro deux du puissant service saoudien du renseignement qu’il cumulera avec ses fonctions de Conseiller du ministre de la Défense. Le général Asiri est un visage connu des médias puisque c’est lui qui est en charge de la communication dans l’armée.

Et rien ne se fait loin de la coordination avec les Etats-Unis et sans l’aval de l’Amérique. Raison pour laquelle le Roi Salmane Ben Abdelaziz a profité de ces développements géopolitiques pour nommer son propre fils, le Prince Khaled, en tant qu’ambassadeur à Washington en lieu et place de Abdallah Ben Faiçal Ben Turki. Le Prince Khaled Ben Salmane aura un accès direct et privilégié auprès de Donald Trump.

Un autre fils du Roi Salmane fait son entrée au Conseil des ministres. Le Prince Abdelaziz Ben Salmane est désigné ministre d’Etat chargé de l’Energie.

Il prend en charge un secteur fondamental et souverain à la veille de transformations institutionnelles profondes prévues dans le géant mondial Aramco, bras armé de la vision 2030 voulue et portée par le vice-prince héritier Mohammed Ben Salmane.

Cette nouvelle architecture balise la voie à Mohammed Ben Salmane pour succéder à son père et éloigne progressivement la possibilité d’une intronisation d’un Mohamed Ben Nayef qui n’a pas été associé à ces « manœuvres » politiques, lui le ministre de l’Intérieur et prince héritier.

D’ailleurs, la succession en Arabie saoudite n’est ni mécanique ni systématique. Elle relève de la discrétion du Conseil de la bei’a, un conseil d’allégeance très influent et dans lequel le Roi Salmane Ben Abdelaziz a anticipé son coup en le verrouillant par la nomination de plusieurs de ses (jeunes) neveux en qualité de gouverneurs-adjoints dans les provinces du pays et qui constitueront, dans l’avenir, la garde rapprochée du futur Roi, le prince Mohammed Ben Salmane le cas échéant.

Affirmant son tour de vis sécuritaire, le Roi Salmane a nommé Mohammed ben Saleh al-Ghofaili en qualité de Conseiller à la Sécurité nationale en ordonnant la création d’un nouveau Centre de national de la Sécurité, une sorte de Situation Room qui coordonnera toutes les actions des différents services de sécurité et de renseignement sous l’autorité directe du Roi.

Abdellah EL HATTACH

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