Moody’s relève la perspective du Maroc à « positive » : un signal de confiance pour la trajectoire économique du Royaume

Dans l’univers des marchés financiers internationaux, les décisions des agences de notation constituent souvent des indicateurs avancés de la perception du risque souverain. La dernière décision de Moody’s Ratings, annoncée le 6 mars 2026 à New York, s’inscrit clairement dans cette logique : l’agence a relevé la perspective du Maroc de « stable » à « positive », tout en confirmant la note souveraine Ba1 pour la dette à long terme en devises et en monnaie locale.

Cette décision représente un signal significatif pour les investisseurs internationaux, traduisant la confiance croissante de Moody’s dans l’évolution des fondamentaux macroéconomiques du Royaume.

Indicateur Niveau / Note
Notation souveraine Moody’sBa1
PerspectivePositive (contre Stable auparavant)
Plafond en monnaie localeBaa1
Plafond en devisesBaa2
Résilience économique (Moody’s)baa3
Une économie marocaine en phase d’accélération

L’amélioration de la perspective repose avant tout sur le renforcement des perspectives de croissance du Maroc, soutenu par l’investissement et les réformes structurelles engagées ces dernières années.

Après une reprise graduelle à 3,8 % de croissance en 2023-2024, l’économie marocaine a connu une accélération estimée à près de 4,9 % en 2025, portée par une dynamique plus large de la demande intérieure et par la performance de plusieurs secteurs productifs.

Moody’s souligne en particulier la transformation progressive du modèle de croissance marocain. L’activité hors agriculture, historiquement plus stable, devrait dépasser les 5 % de croissance, confirmant une diversification économique qui réduit la dépendance aux aléas climatiques.

Cette évolution est alimentée par plusieurs moteurs structurants :

  • l’augmentation soutenue des investissements publics et privés,
  • les grands projets d’infrastructures dans les transports, l’énergie et l’eau,
  • les politiques industrielles visant les secteurs à forte valeur ajoutée,
  • les réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires et attirer les capitaux étrangers.

Cette trajectoire se confirme, le potentiel de croissance structurelle du Maroc pourrait durablement se relever, ouvrant la voie à une amélioration future de la notation souveraine.

Indicateur Valeur récente
Croissance du PIB réel 3,8 % (2024)
Croissance estimée 2025 ≈ 4,9 %
PIB par habitant (PPA) 10 794 $
Inflation (CPI) 0,7 %
Déficit budgétaire -3,8 % du PIB
Déficit courant -1,2 % du PIB
Dette extérieure 44,3 % du PIB
Dette publique (projection) 64 % du PIB d’ici 2027
Une consolidation budgétaire qui commence à porter ses fruits

Le second pilier de l’amélioration de perspective concerne la gestion des finances publiques, qui montre des signes tangibles de redressement.

Selon Moody’s, le déficit budgétaire du gouvernement général a nettement reculé, passant de 7,1 % du PIB en 2020 à environ 3,5 % en 2025.

Cette évolution repose principalement sur une amélioration des recettes fiscales, résultant de plusieurs réformes :

  • révision de l’impôt sur les sociétés,
  • ajustements de la TVA,
  • réforme de l’impôt sur le revenu,
  • modernisation de l’administration fiscale et amélioration de la conformité.

Malgré des dépenses publiques en hausse, liées notamment aux investissements d’infrastructure, aux coûts sociaux et aux charges d’intérêt, la progression des recettes permet de contenir le déficit et de stabiliser la dette publique.

Moody’s anticipe ainsi une réduction progressive de la dette publique à environ 64 % du PIB d’ici 2027, contre un pic estimé à 66 % en 2024.

Pour les investisseurs obligataires, cette trajectoire constitue un facteur clé de crédibilité budgétaire, renforçant la soutenabilité de la dette souveraine.

Dimension Score
Environnement (E) E-4
Social (S) S-4
Gouvernance (G) G-2
Impact ESG global CIS-4
Des institutions solides et une résilience macroéconomique reconnue

La confirmation de la note Ba1 reflète également des facteurs structurels que Moody’s considère comme des atouts durables du Maroc.

L’agence met notamment en avant :

  • la solidité des institutions et du cadre de gouvernance,
  • la prudence de la gestion macroéconomique,
  • la diversification progressive de l’économie,
  • un accès stable aux financements domestiques et internationaux,
  • des réserves de change jugées adéquates.

Ces éléments contribuent à la résilience de l’économie marocaine face aux chocs externes, dans un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques, les risques climatiques et les cycles financiers.

Dans la méthodologie de Moody’s, cette résilience se traduit par un score de résilience économique « baa3 », indiquant une capacité relativement solide à absorber les perturbations macroéconomiques.

Le Maroc n’a connu aucun défaut sur sa dette souveraine depuis 1983, un historique rare parmi les économies émergentes.

Des contraintes structurelles encore présentes

Malgré ces progrès, Moody’s souligne que plusieurs facteurs continuent de limiter la notation souveraine du Maroc.

Parmi les principales contraintes figurent :

  • un niveau de revenu par habitant encore modeste,
  • une dette publique relativement élevée,
  • les risques climatiques, notamment liés à la sécheresse et au stress hydrique,
  • les engagements potentiels liés aux entreprises publiques,
  • des défis sociaux persistants, notamment en matière d’emploi des jeunes.

L’agence met en particulier en avant le chômage élevé des jeunes, estimé à 37,7 % chez les 15-24 ans, ainsi que la faible participation des femmes au marché du travail, autour de 21 %.

Sur le plan environnemental, le Maroc reste exposé à des risques climatiques significatifs, notamment en raison de la dépendance de l’agriculture aux conditions hydriques et de la pression croissante sur les ressources en eau.

Ces éléments expliquent pourquoi Moody’s maintient la notation à Ba1, même si la perspective positive laisse entrevoir une amélioration possible à moyen terme.

Un signal favorable pour les investisseurs internationaux

Pour les marchés financiers, la décision de Moody’s constitue un signal encourageant.

Une perspective positive signifie que la probabilité d’un relèvement de la note dans les prochaines années augmente, à condition que les tendances économiques et budgétaires se confirment.

Une telle évolution pourrait avoir plusieurs effets :

  • réduction du coût de financement du Trésor marocain,
  • renforcement de l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers,
  • amélioration de la perception du risque souverain dans les marchés obligataires.

Dans un contexte de concurrence accrue entre économies émergentes pour attirer les capitaux internationaux, la crédibilité macroéconomique et budgétaire devient un avantage stratégique.

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