Qui est Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême d’Iran ?

La télévision d’État iranienne a annoncé dimanche la désignation de Mojtaba Khamenei, fils du guide suprême iranien récemment tué lors d’une frappe israélienne, comme successeur à la tête de la République islamique. Cette décision intervient alors que le conflit régional engagé fin février se poursuit et a déjà fait plus d’un millier de morts.


Mojtaba Khamenei est né le 8 septembre 1969 à Mashhad, l’un des principaux centres religieux du chiisme duodécimain en Iran. Il est le deuxième fils du guide suprême Ali Khamenei et de son épouse Mansoureh Khajousta Baqerzadeh.

Son prénom, Mojtaba, signifie en arabe « l’élu » ou « le choisi ». Il est historiquement associé à l’imam Hassan Ibn Ali, deuxième imam chiite. Ce nom porte une forte symbolique spirituelle de « sélection et de leadership divin », que certaines factions du régime utilisent pour renforcer son image.

Mojtaba Khamenei a plusieurs frères, dont Mostafa (l’aîné), Masoud, un autre Mostafa parfois appelé « Mostafa II », et Meysam. Il est le deuxième fils de la famille. Selon plusieurs analystes, les rôles familiaux auraient été répartis : certains frères s’occupant d’activités économiques ou sociales, tandis que Mojtaba s’est progressivement imposé dans les sphères sécuritaires, politiques et religieuses au sein du « Bureau du Guide ». Sa proximité précoce avec les centres de décision et ses liens étroits avec les appareils de sécurité ont contribué à le positionner comme un successeur potentiel, davantage que ses frères.

Fils Khamenei
Ali Khamenei a quatre fils : Mostafa, Mojtaba, Massoud et Meysam, ainsi que deux filles, Boshra et Hoda. Son épouse s’appelle Mme Khajesteh.
Tous l’appellent « Sayyed » (le seigneur) ou « le Guide » en sa présence, et en son absence ils utilisent l’expression « Son Éminence l’Ayatollah ».
De son côté, Khamenei s’adresse à ses enfants en les appelant « Sayyed Untel » pour les fils et « Khanom Untelle » pour les filles.
Les enfants, en particulier Mojtaba, lorsqu’on leur demande comment leur père a été choisi comme Guide de la Révolution, répondent : « Les membres de l’Assemblée des experts n’ont pas élu Sayyed Khamenei. Dieu leur a inspiré que Khamenei est le représentant de l’Imam du Temps, et qu’ils devaient le choisir. »

Il a suivi sa scolarité à Téhéran et à Mashhad avant de rejoindre, à la fin des années 1980, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Il a servi au sein du bataillon Habib durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), une expérience qui lui a permis de nouer des relations durables avec les institutions militaires et sécuritaires et qui a contribué à son influence ultérieure.

Selon plusieurs sources, ce passage dans le bataillon Habib a été déterminant : nombre de ceux qui ont combattu à ses côtés ont ensuite accédé à des postes élevés dans les services de sécurité et de renseignement iraniens, notamment au sein du réseau de renseignement des Gardiens de la Révolution et des unités chargées de la protection du régime.

Mojtaba Khamenei
Mojtaba Khamenei avec Qasem Soleimani assassiné le 3 janvier 2020 en Irak

Après la guerre, Mojtaba Khamenei a poursuivi des études religieuses au séminaire de Qom, où il s’est spécialisé en jurisprudence islamique. Il a obtenu le rang de Hojjat al-Islam, un niveau religieux inférieur à celui généralement attendu pour exercer la fonction de Guide suprême.

Les analystes estiment qu’il a progressivement construit son influence au sein des institutions politiques, sécuritaires et administratives iraniennes. L’avocat iranien Hossein Raisi a ainsi déclaré aux médias que Mojtaba constitue depuis longtemps une figure centrale du système, même si son rôle exact dans l’architecture du pouvoir à Téhéran reste opaque.

« Mojtaba Khamenei a travaillé largement en coulisses, tissant des liens solides avec les Gardiens de la Révolution et consolidant son influence au sein des institutions du système », a indiqué Raisi. « Il est largement considéré comme l’un des architectes des politiques répressives de l’Iran. »

Bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle majeure, son nom a été associé à plusieurs initiatives politiques controversées au cours des dernières décennies. Il aurait notamment joué un rôle en coulisses lors de certaines élections présidentielles, soutenant des candidats conservateurs comme Mahmoud Ahmadinejad, en particulier lors des scrutins de 2005 et 2009, que ses opposants ont accusé d’avoir été manipulés, ce qui avait déclenché de vastes manifestations.

Mojtaba Khamenei est également accusé d’avoir participé à la répression des manifestations du Mouvement vert en 2009 ainsi qu’aux protestations de 2022 après la mort de Mahsa Amini alors qu’elle se trouvait en détention policière. Des manifestants et figures de l’opposition considèrent que ses orientations politiques et ses méthodes s’inscrivent dans l’appareil répressif plus large mobilisant la milice Basij et d’autres organes sécuritaires.

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Mojtaba, le fils choyé :

Mojtaba est le deuxième fils d’Ali Khamenei et le fils préféré de sa mère. Sa proximité avec elle lui aurait permis d’exercer une forte influence sur son père et de peser sur ses décisions.

Cette influence concernerait notamment les décisions judiciaires liées aux détenus politiques, mais aussi le contrôle des centres de pouvoir au sein de l’État, allant jusqu’à l’élection du président.

On dit souvent qu’il constitue la deuxième personnalité dans la direction de la Révolution après son père. Toutefois, dans l’ordre réel des rapports de force politiques au sein du régime, il serait le premier sans véritable rival.

Il lui arriverait même de s’opposer à son père sur certaines décisions et d’agir en contradiction avec ses orientations.

Au-delà de la politique, son nom a aussi été récemment associé à des réseaux présumés de richesse et d’investissements à l’étranger. Une enquête de Bloomberg a évoqué des liens indirects avec des sociétés et des structures d’investissement liées à des proches de Mojtaba Khamenei, notamment dans l’immobilier et des placements dans des villes comme Londres et Dubaï. Ces informations restent toutefois au stade d’investigations journalistiques et n’ont pas été confirmées juridiquement.

Mojtaba Khamenei est connu pour ses positions ultra-conservatrices. Il s’oppose à tout rapprochement avec les États-Unis et l’Europe et rejette les mouvements réformistes visant à assouplir les restrictions sociales ou à coopérer davantage avec les puissances occidentales. Ces positions s’inscrivent dans la ligne dure du régime et se reflètent dans ses prises de position et son influence au sein des institutions étatiques.

Hossein Raisi ajoute que, malgré l’absence de fonction officielle, Mojtaba aurait exercé une influence notable en tant que conseiller informel de son père sur des dossiers sensibles : relations avec les Gardiens de la Révolution, politique intérieure, questions sécuritaires et orientations électorales, notamment en faveur des factions conservatrices.

Mortaja Khamenei
Mojtaba Khamenei (au centre), l’ayatollah Ali Khamenei, participe au rassemblement annuel de la Journée d’Al-Qods à Téhéran, en Iran, le 31 mai 2019. ( AFP )

En 2019, le département du Trésor des États-Unis a imposé des sanctions à Mojtaba Khamenei, estimant qu’il incarnait l’influence du Guide suprême malgré l’absence de fonction officielle et qu’il avait contribué aux politiques répressives du régime ainsi qu’à son agenda conservateur.

En 2004, Mojtaba Khamenei a épousé Zahra Haddad Adel, fille du politicien conservateur Gholam Ali Haddad Adel, ancien président du Parlement iranien. Cette union a renforcé ses liens avec le courant conservateur du régime. Le couple a trois enfants, le premier étant né en 2007, bien que de nombreux détails de sa vie personnelle demeurent discrets.

Après la mort d’Ali Khamenei lors d’une frappe américano-israélienne visant sa résidence à Téhéran le 28 février, le nom de Mojtaba Khamenei s’est imposé comme l’un des principaux prétendants à la succession au poste de Guide suprême. Cette perspective a suscité un débat intense au sein du régime, le système politique iranien ayant historiquement rejeté l’idée d’une succession dynastique, préférant laisser à l’Assemblée des experts le soin de choisir le Guide.

Ses liens profonds avec les Gardiens de la Révolution et les centres de pouvoir sécuritaires ont toutefois renforcé sa position dans les coulisses en amont de toute annonce officielle.

Le nom de Mojtaba Khamenei revenait régulièrement dans les discussions sur la succession, mais que deux obstacles majeurs ont longtemps freiné ses chances : son rang religieux relativement modeste et le rejet historique de la transmission héréditaire du pouvoir. Ces facteurs faisaient craindre l’émergence d’un pouvoir dynastique et soulignaient l’absence de qualification au niveau de marja, le plus haut rang du clergé chiite.

De nombreux observateurs s’attendaient ainsi à ce que le choix se porte sur un religieux plus établi, comme Gholam Hossein Mohseni Araki ou Ali Larijani, voire Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. Une direction collégiale du régime avait également été évoquée.

Cependant, les évolutions politiques et sécuritaires en Iran ont conduit certains cercles de pouvoir à reconsidérer ces scénarios. Le contexte de guerre, les pressions extérieures et le risque de vide du pouvoir ont poussé le Conseil de direction et les élites sécuritaires à privilégier une figure incarnant la continuité, bénéficiant de la confiance des Gardiens de la Révolution et déjà intégrée au cœur du système.

Dans cette perspective, l’émergence de Mojtaba Khamenei offre au camp conservateur une personnalité loyale capable de préserver la sécurité de l’État dans un contexte de fortes pressions extérieures et de crise interne, en s’appuyant sur ses relations étroites avec les services de renseignement des Gardiens de la Révolution et les milieux religieux conservateurs.

Contrairement à de nombreuses figures politiques iraniennes, Mojtaba Khamenei cultive un profil public extrêmement discret. Ses apparitions sont rares et, dans les cercles politiques iraniens, il est souvent perçu comme un acteur de l’ombre, exerçant son influence depuis les coulisses.

Entre son soutien aux politiques les plus dures du régime, son opposition affichée à l’Occident, les controverses liées aux élections et à la répression des manifestations, Mojtaba Khamenei demeure aujourd’hui une figure centrale de l’avenir de la République islamique. Malgré son rang religieux limité, son réseau au sein des Gardiens de la Révolution et son ancrage dans les cercles conservateurs en font l’un des prétendants les plus influents et potentiels au poste de Guide suprême, remettant directement en question le principe traditionnel du rejet de la succession héréditaire dans le système iranien.

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