Sahara, l’après Ross

L’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, Christopher Ross, n’a pas démissionné de ses fonctions mais a décidé de ne pas rempiler pour un autre mandat qui s’achève à la fin du mois de mars et dans lequel il a échoué sur toute la ligne, ne réussissant jamais à mettre d’accord les différentes parties du dossier dont il a la charge depuis huit ans.

Le successeur de Christopher Ross aura devant lui non seulement un dossier vieux de 42 ans, mais également une situation géopolitique internationale des plus complexes dans laquelle les principaux acteurs internationaux sont, dans leur quasi-majorité, orientés vers de nouveaux défis et qui n’admettraient jamais de voir la région du Sahara virer en une zone d’instabilité, ce qui se répercuterait inéluctablement sur les intérêts vitaux des uns et des autres.


Le mandat de Christopher Ross s’achève avec celui de Barack Obama dont l’administration Démocrate n’a pas été très «diplomatique» avec le Royaume. Aujourd’hui, tous les observateurs proches de ce dossier, sont unanimes à dire que le gouvernement Trump est davantage pragmatique que son prédécesseur et ne fera certainement pas l’erreur de s’opposer frontalement à Rabat sur la question de notre intégrité territoriale.

Mais ce scénario ne pourra être concrètement vérifié et acquis que lors de la discussion de la future résolution sur le Sahara par le Conseil de sécurité de l’ONU au mois d’avril prochain. Car on ne connaît pas réellement non plus les véritables intentions de la nouvelle représentante américaine aux Nations unies, Nikki Haley, réputée rigoureuse et méthodiste, et très proche de Donald Trump dont elle a la confiance. Son prédécesseur, Samantha Power, avait quant à elle donné beaucoup de fils à retordre à la diplomatie marocaine.

Pragmatisme russe

Au Conseil de sécurité toujours, et sur le papier, on peut aussi compter sur le soutien de la Russie qui est liée au Maroc par un partenariat stratégique approfondi et qui, historiquement, n’a jamais contrarié le Maroc, du moins solennellement, dans l’affaire du Sahara.

Mais la mort soudaine, il y a moins d’un mois, de l’ambassadeur russe au Conseil de sécurité, Vitali Tchourkine, réputé proche de l’ambassadeur marocain Omar Hilale, a laissé un réel vide dans l’enceinte onusienne, et son jeune second Pyotr Ilichov, connu pour sa flexibilité et son intelligence, peut être un bon canal de communication avec les équipes de Hilale.

Moscou, qui ne voit pas nécessairement d’un bon œil tout le déploiement marocain en Afrique peut, par son pragmatisme naturel, se joindre à la dynamique du royaume dans le continent par la mise en place de joint-ventures qui sauvegarderaient les intérêts russes sans altérer ceux du Maroc dans une approche «gagnant gagnant». Et le retour du Maroc au sein de l’Union africaine et sa candidature pour être membre à part entière dans la CEDEAO peut rassurer la Russie et conforter sa position dans le continent, surtout sur le plan militaire et de la sécurité sachant que Rabat est seul à même de garantir la stabilité de toute la zone CEN-SAD.

La France aux aguets

La France n’en demandera pas moins, elle qui dispose d’une présence militaire majeure dans le Sahel en plus d’intérêts économiques stratégiques. Paris compte beaucoup en effet sur le Maroc dans la lutte anti-terroriste dans cette zone très vaste et réputée dangereuse. Et seul un Maroc fort et stable, et dont l’intégrité territoriale est reconnue, peut garantir la sécurité d’une zone dont la superficie fait 4 fois celle de la France, avec un sous-sol riche qui fait dresser toutes les velléités possibles et imaginables.

On restera cependant très attentifs au nouveau locataire de l’Elysée. Le futur président français aura son mot à dire sur ce dossier qui est une des priorités du pouvoir en France : la fragilité du pouvoir en Algérie et le risque d’une implosion du pays fait craindre à Paris une déstabilisation de toute la région, d’où tout le poids qu’elle met à l’international pour soutenir et saluer la stabilité du royaume et toutes les réformes qu’il entreprend, institutionnellement et économiquement.

Le Maroc déjoue le complot algérien

La gestion intelligente par les autorités marocaines de la «crise de Guerguerat» pour éviter toute escalade militaire dans la région a été saluée unanimement par toutes les capitales occidentales, car le vœu de l’Algérie, par Polisario interposé, était d’attirer Rabat dans un guet-apens belliqueux dont aucune partie ne sortirait gagnante, seule option pour Alger de colmater ses crises internes. L’Algérie est devant un choix cornélien et dramatique : déclarer la guerre (au Maroc) ou mourir.

La raison de toute cette hérésie tient son origine dans la dynamique marocaine en Afrique et le leadership porté par Rabat dans le continent, matérialisé par le projet du gazoduc Atlantique qui fait de l’axe Rabat-Abuja une alliance stratégique et un duo de poids dans lequel toute idée de séparatisme n’a pas de place.

Et c’est en prenant compte toutes ces évolutions politiques et économiques que le Conseil de sécurité de l’ONU devra examiner le dossier du Sahara en avril prochain. Washington, Moscou et Paris ont saisi ce moment politique et historique, cette transformation économique et sociale qu’entreprend le Maroc, avec ses alliés dans le continent, et les traduiront, sans aucun doute, en résolution claire et forte en faveur de la paix et de la stabilité de la région.

Abdellah EL HATTACH

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