Rapprochement irano-saoudien par Irak interposé

L’éminent dignitaire chiite irakien, Moqtada al-Sadr, est en visite en Arabie saoudite. Accueilli par le ministre d’Etat saoudien aux Affaires du Golfe, Thamer al-Subhan, il a été reçu illico par le puissant prince héritier Mohamed Ben Salmane, nouvel homme fort du royaume depuis l’éviction de Mohamed Ben Nayef. Les relations entre l’Irak et l’Arabie saoudite sont brouillées depuis 1990. Elles se sont davantage compliquées depuis l’emprise iranienne sur le pays suite à la chute du régime de Saddam Hussein. Cette visite pourrait conduire à un renforcement des relations irako-saoudiennes, notamment après la récente réouverture de deux postes frontières fermés depuis plus de 20 ans. Il s’agirait aussi d’une avancée positive dans les relations politiques entre les deux pays à la lumière de la récente proximité entre Téhéran et Doha qui ne cesse d’irriter Ryadh. Moqtada al-Sadr s’est ainsi déplacé en Arabie saoudite en tant qu’éclaireur pour tâter le pouls politique et baliser le terrain en vue d’une normalisation entre les deux grands pays du Moyen-Orient et, pourquoi pas, à terme, renouer le dialogue entre saoudiens et iraniens.

C’est sur invitation officielle du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane, que le chef chiite irakien Moqtada al-Sadr est arrivé dimanche à Ryadh. Cette visite intervient suite à après l’annonce par l’Arabie saoudite de soutenir Baghdad dans sa lutte contre le «terrorisme», notamment après la chute de Mossoul.

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Le vice-Roi et Serviteur des Lieux Saints adjoint en l’absence de son père le Roi Salmane qui se trouve en villégiature à Tanger, au Maroc, est désormais l’interlocuteur privilégié des dignitaires de ce monde, raison pour laquelle la réunion qu’il a eue avec Moqtada al-Sadr a vu l’examen des relations entre les deux pays dans leur ensemble et à bâtons rompus, sans ordre du jour précis, notamment sur les sujets à caractère militaire, de renseignement et de sécurité.

La visite de Moqtada al-Sadr en Arabie saoudite intervient à un moment critique dans les relations entre les composantes des différents pays du Golfe et la poursuite du blocus imposé au Qatar, depuis le 5 juin, par l’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Émirats arabes unis.

Personne ne sait si l’Irak tient à jouer un rôle de médiateur ou d’intermédiaire dans la résolution de ce problème, aucune communication dans ce sens n’ayant été publiée, mais il est nécessaire de rappeler que Baghdad avait ouvert son espace aérien aux avions qataris suite à la fermeture de celui des pays du blocus.

Ryadh et Baghdad ont redoublé d’efforts ces derniers temps pour améliorer leurs relations bilatérales. D’ailleurs, la visite de Moqtada al-sadr intervient un mois après celle du Premier ministre irakien Haider al-Abadi, également chiite, alors l’Arabie saoudite n’a cessé de dénoncer l’«ingérence» de l’Iran chiite dans la région. Téhéran, proche du Qatar honni par Ryadh, n’a officiellement pas encore réagi à cette visite et demeure vigilante et attentive à ces mouvements pour ne pas perdre de son influence sur la région du «croissant chiite» qu’elle a bâtie durant des décennies. Il n’est cependant pas à écarter que ces navettes de hauts dirigeants irakiens en Arabie saoudite soient l’œuvre de bons offices à l’initiative de Baghdad en vue d’une normalisation des relations entre Ryadh et Téhéran, combien même l’Iran n’a de cesse de fustiger le «régime wahhabite rétrograde» qui officie en Arabie saoudite.

Abdellah El Hattach

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