CAN 2025 : la défaite d’un soir, la stature d’une nation

Moins de quarante-huit heures après la finale de la CAN 2025, la fièvre n’est toujours pas retombée. Les émotions restent vives, les débats passionnés, les réseaux sociaux en ébullition. Pourtant, au-delà de la déception sportive, ce qui marquera durablement cette séquence, ce n’est pas tant la défaite du Maroc que la bataille d’influence qui a entouré cette finale et la manière dont le Royaume y a répondu.

Cette édition marocaine de la Coupe d’Afrique restera, quoi qu’en disent certains, comme l’une des plus suivies de l’histoire du continent. Sa qualité organisationnelle, la modernité des infrastructures, la sécurité irréprochable et l’hospitalité du pays ont attiré un regard mondial inédit. À bien des égards, la CAN 2025 n’était pas seulement une compétition continentale : elle était une répétition générale, un test grandeur nature avant la Coupe du Monde 2030.

Sur ce terrain, le Maroc a largement réussi son examen. L’accueil, la logistique, la fluidité des déplacements, la sécurisation des stades et des espaces publics ont été salués par les observateurs internationaux. Bien sûr, aucune organisation n’est parfaite : la formation des stadiers, l’encadrement des bénévoles et une dimension événementielle plus populaire méritent d’être renforcés. Mais ces ajustements relèvent du détail, non du fond.

Le véritable enjeu s’est joué ailleurs

Dans les heures précédant la finale, des signaux faibles laissaient entrevoir une campagne de pression savamment orchestrée. Le Sénégal, soutenu par certains perdants des tours précédents, a compris que le seul levier dont il disposait face au pays hôte était psychologique : exacerber l’attente populaire, attiser la suspicion autour de l’arbitrage, installer l’idée largement relayée par une partie de la presse étrangère, notamment algérienne et égyptienne, que le Maroc bénéficierait d’un traitement de faveur.

Cette stratégie a porté ses fruits sur le plan sportif. Mais elle a aussi exposé ses limites sur le plan moral et symbolique. Les scènes de tension, les comportements contestables sur et en dehors du terrain, l’épisode ubuesque de « l’affaire de la serviette » ont terni l’image d’un football africain que l’on souhaite plus mature, plus responsable, plus digne.

Face à cette pression, le Maroc a fait un choix : celui du sang-froid et de la responsabilité. Certains diront que la sélection n’était pas à son meilleur niveau. D’autres pointeront un arbitrage insuffisamment ferme. Mais le Royaume, en tant qu’organisateur sous le regard du monde entier, a privilégié l’essentiel : la préservation de l’ordre, de l’image et de la crédibilité du continent.

Sur le plan du score, le Sénégal a soulevé le trophée. Sur le plan de l’image, il en sort paradoxalement fragilisé. Comme l’a titré L’Équipe au lendemain du match « Sénégal vainqueur par chaos » la victoire sportive s’est accompagnée d’une empreinte de désordre qui tranche avec l’image que l’on attend d’un champion continental. À l’inverse, le Maroc, battu au tableau d’affichage, a renforcé sa crédibilité d’organisateur responsable et de puissance sportive en devenir.

Cette finale s’est déroulée sur une ligne de crête diplomatique particulièrement sensible entre Rabat et Dakar. Le lien maroco-sénégalais ne relève ni de l’opportunisme conjoncturel ni de la simple fraternité sportive : il s’inscrit dans une trajectoire longue, faite d’estime mutuelle, de continuité institutionnelle et d’arbitrages souverains minutieusement calibrés. Pourtant, depuis l’élection du nouveau président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, cette relation n’a pas pleinement retrouvé la qualité, la fluidité et la confiance stratégique qui la caractérisaient auparavant, un réajustement discret mais réel dans les équilibres bilatéraux.

C’est précisément dans ce contexte qu’a pris sens, qu’en Octobre 2025, la mission de Nasser Bourita à Dakar « sur Très Haute Instruction Royale », rappelant la méthode marocaine : des gestes mesurés dans la forme, fermes dans le fond, pensés dans le temps long et articulés autour d’un équilibre constant entre fidélité historique et inflexions nécessaires.

Il est facile, dans l’amertume, d’appeler au repli, à la méfiance, voire à une forme de froideur envers nos invités africains. Ce serait une erreur historique. Le Maroc ne peut et ne doit renoncer à ce qu’il est : un pays accueillant, ouvert, profondément ancré dans son africanité et dans une tradition d’hospitalité séculaire.

Car le Maroc n’est plus un simple acteur parmi d’autres. Il évolue désormais dans la cour des grands : géostratégiquement, sécuritairement et sportivement. Huitième au classement FIFA, demi-finaliste de la Coupe du Monde, finaliste de la CAN, champion du monde des jeunes : ces faits parlent d’eux-mêmes. Ils traduisent une trajectoire, une montée en puissance, une ambition assumée.

Soyons lucides : l’influence au sein de la CAF ne date pas d’hier. Certains pays, à commencer par l’Égypte, ont longtemps façonné les équilibres du football africain. Que le Maroc, fort de son rayonnement et de ses succès, suscite aujourd’hui des crispations n’a rien d’étonnant. Cela accompagne souvent l’ascension des nations qui dérangent les anciennes hiérarchies.

Mais c’est précisément là que se mesure la maturité d’un pays. Le Maroc n’avait pas seulement une coupe à gagner dimanche soir. Il avait une réputation à préserver, une posture à incarner, un message à envoyer avant 2030 : celui d’un État fiable, responsable, pragmatique et capable de résister aux chantages d’influence.

La priorité nationale dépasse largement un trophée. Elle réside dans la cohérence d’une trajectoire, la crédibilité d’un projet et la dignité d’un peuple.

Comme SAR le Prince Moulay Rachid, qui a présidé la rencontre avec une posture à la fois ferme et élégante, le Maroc a su rester digne : vexé par moments, déçu par le résultat, mais jamais rancunier, jamais vindicatif, toujours souverain.

Soyons dignes dans la défaite, constants dans notre hospitalité, et lucides dans notre ambition : c’est ainsi que se construit, match après match, la stature d’une grande nation.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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