Dans l’univers des jeux et des paris, la confiance ne relève ni du discours ni de la communication. Elle repose sur des fondations invisibles : la maîtrise du risque, la sécurité des systèmes, l’intégrité des opérations et la capacité à faire respecter la règle. C’est sur ce terrain, discret mais décisif, que la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS) confirme aujourd’hui son positionnement, à la croisée de la gouvernance, de la technologie et de l’action publique.
L’entreprise publique dirigée par Younes El Mechrafi, vient de se voir renouveler sa double certification selon la norme ISO/IEC 27001:2022 et les standards de contrôle de sécurité de la World Lottery Association (WLA-SCS), version 2024, à l’issue d’un audit exhaustif mené par Bureau Veritas. Une reconnaissance internationale qui intervient dans un contexte particulier : celui d’un durcissement assumé de la lutte contre les paris illégaux et d’une reprise en main du cadre juridique des jeux en ligne au Maroc.
La sécurité comme infrastructure de confiance
Dans un secteur exposé à des flux financiers sensibles, à la manipulation des données et aux risques de fraude, la sécurité de l’information est devenue une infrastructure à part entière. La norme ISO/IEC 27001:2022 impose une approche systémique de la gestion des risques, couvrant la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité de l’information, mais aussi la continuité des activités.
À cette exigence s’ajoute le référentiel WLA-SCS, seul standard de sécurité reconnu à l’échelle internationale pour les opérateurs de loterie. Sa version 2024 renforce significativement les obligations en matière de cybersécurité, de résilience opérationnelle et de protection des données sensibles, tout en intégrant une approche plus globale de la gestion des risques, en cohérence avec l’ISO 27001.
L’alignement simultané sur ces deux référentiels place la MDJS dans le cercle restreint des opérateurs qui ont fait le choix d’anticiper les menaces plutôt que de les subir.
Une organisation auditée dans sa globalité
L’audit conduit par Bureau Veritas ne s’est pas limité à un périmètre technique. Le Système de Management de la Sécurité de l’Information évalué soutient l’ensemble des fonctions stratégiques de l’entreprise : développement, marketing, ventes et opérations. Cette transversalité traduit une réalité organisationnelle : la sécurité n’est pas cantonnée à un service, elle irrigue les processus de décision et de pilotage.
La reconduction des certifications, valables pour trois ans avec des audits de suivi annuels, atteste d’une capacité à maintenir dans la durée un haut niveau d’exigence, au-delà du simple respect formel des normes.
De la conformité aux actes : la bataille judiciaire contre les paris illégaux
Cette culture de la sécurité et de l’intégrité ne se limite pas aux systèmes internes. Elle s’est récemment traduite par une action judiciaire d’ampleur. Saisie par la MDJS, la justice marocaine a ordonné, le 12 janvier 2026, le blocage de nombreux sites de paris en ligne opérant sans autorisation depuis le territoire national.
Par ordonnance en référé, le tribunal de commerce de Casablanca a contraint Maroc Telecom, Orange Maroc et Inwi à bloquer l’accès à l’ensemble des plateformes illégales, ainsi qu’à leurs sous-domaines et adresses IP associées, sous peine d’une astreinte de 10.000 dirhams par jour de retard. Parmi les sites visés figurent plusieurs acteurs étrangers largement utilisés mais non autorisés, tels que 1xBet, Betwinner, Melbet, Linebet ou Stake.
Cette décision s’appuie notamment sur un procès-verbal établi en décembre 2025, documentant l’accessibilité et le fonctionnement effectif d’au moins quinze plateformes étrangères en violation de la législation marocaine.
Un tournant sur le marché des paris en ligne
Les effets de cette offensive juridique ne se sont pas fait attendre. À la suite des décisions de blocage et de l’intensification de la pression sur les relais locaux, plusieurs plateformes internationales ont annoncé leur retrait du marché marocain. Fin janvier 2026, 1xBet et Bet365 ont officiellement informé leurs utilisateurs de la cessation de leurs activités au Maroc, évoquant l’impossibilité de poursuivre leurs services dans le nouveau contexte réglementaire.
Des notifications adressées aux parieurs marocains font état de procédures de clôture des comptes et de récupération des soldes restants, tandis que l’accès à certains domaines affiliés est désormais bloqué depuis le territoire national. Une inflexion notable dans un dossier longtemps resté à la lisière du droit, et qui marque un rééquilibrage en faveur des opérateurs autorisés.
Sécurité, intégrité et mission publique
Entreprise publique à mission, la MDJS inscrit cette action dans un cadre plus large. En encadrant l’activité des jeux et des paris sportifs, elle vise à protéger les joueurs contre les risques de fraude et d’addiction, à préserver l’intégrité économique du marché et à garantir que les revenus générés soient réinvestis légalement.
En tant que principal contributeur au Fonds National du Développement du Sport (FNDS), la MDJS joue également un rôle central dans le financement du sport marocain, des fédérations aux infrastructures de proximité. La sécurisation des systèmes et la lutte contre les circuits illégaux participent directement à la préservation de cette chaîne de valeur.
Une trajectoire pionnière et assumée
Dès 2005, la MDJS était devenue la première institution africaine de jeux et la 21ᵉ au monde à obtenir la double certification ISO 27001 et WLA. Depuis, ces standards n’ont cessé d’être renouvelés et adaptés aux évolutions du secteur, sans rupture ni relâchement.
Dans un contexte marqué par la montée des cybermenaces, la financiarisation du sport et l’essor des paris en ligne, la séquence actuelle illustre une même logique : consolider, par la norme comme par le droit, les fondations invisibles de la confiance. Une condition indispensable pour garantir l’intégrité des jeux, la crédibilité des opérateurs autorisés et la pérennité du financement du sport national.


