Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%, pour la quatrième fois consécutive, à l’issue de sa première réunion trimestrielle de l’année. Cette décision intervient dans un environnement international marqué par des incertitudes accrues, notamment liées aux répercussions de la guerre en Iran sur les marchés énergétiques.
Dans son communiqué, la banque centrale souligne que ce conflit « ne sera pas sans conséquences », en particulier à travers les comptes extérieurs et l’évolution des prix de l’énergie.
Une décision en ligne avec les attentes du marché
Le statu quo monétaire était largement anticipé par les analystes. Il traduit une volonté assumée de préserver des marges de manœuvre dans un environnement international instable, marqué par les répercussions de la guerre en Iran sur les marchés énergétiques.
Bank Al-Maghrib indique que ce choix tient compte de plusieurs facteurs :
- la poursuite de la dynamique économique nationale
- les niveaux modérés de l’inflation
- le degré élevé d’incertitude à l’échelle internationale
La banque centrale du Royaume, sous la direction de M. Abdellatif Jouahri, le reconnaît explicitement :
le conflit ne sera pas sans conséquences, notamment via les comptes extérieurs et les prix de l’énergie.
Deux scénarios sont implicitement envisagés :
- Conflit court : impact maîtrisé, compatible avec les équilibres macroéconomiques actuels
- Conflit prolongé : risque d’amplification des déséquilibres, notamment inflation importée et pression sur la balance courante
Inflation en repli… mais sous menace énergétique
Paradoxalement, la décision intervient dans un contexte de désinflation marquée :
- -0,8% en janvier 2026 (glissement annuel)
- Troisième mois consécutif de recul des prix
- Révision à la baisse des prévisions d’inflation :
- 0,8% en 2026 (contre 1,3% précédemment)
- 1,4% en 2027 (contre 1,9% auparavant)
Ce reflux est principalement attribuable à la baisse des prix alimentaires, mais il masque une fragilité structurelle : la dépendance énergétique du Maroc.
Avec un baril de Brent repassé au-dessus des 100 dollars, contre moins de 70 dollars avant le conflit, le risque est clair :
- hausse des coûts d’importation
- transmission aux prix du transport et de production
- effet différé sur l’inflation
Croissance solide, portée par un double moteur
Sur le plan réel, le diagnostic est nettement plus favorable. Bank Al-Maghrib revoit à la hausse ses prévisions de croissance :
- 5,6% en 2026, contre 4,5% estimé en décembre
- 3,5% en 2027, en baisse par rapport aux prévisions précédentes
Cette performance repose sur deux leviers structurants :
1. Rebond agricole exceptionnel
- une reprise de la production agricole, avec une récolte céréalière estimée à 8,2 millions de tonnes
- une progression de la valeur ajoutée agricole de 14,4%
- la poursuite de la dynamique des secteurs non agricoles, soutenus par l’investissement
2. Dynamique soutenue des secteurs non agricoles
- Investissements publics dans les infrastructures
- Reprise industrielle, notamment automobile :
- +13,7% en 2026
- +19,3% en 2027 (209,6 Mds MAD)
Cette configuration confirme une tendance de fond : la montée en puissance progressive du Maroc comme plateforme industrielle et exportatrice, malgré les chocs externes.
Un déséquilibre extérieur sous surveillance
C’est sur le front externe que les tensions pourraient se matérialiser le plus rapidement.
- Déficit courant attendu à 3,1% du PIB en 2026 (vs 2,3% en 2025)
- Hausse prévue de 15,6% des importations énergétiques
- Facture pétrolière déjà élevée (107,6 Mds MAD en 2025)
Le Maroc reste un importateur net d’énergie, ce qui crée une sensibilité directe aux fluctuations des prix internationaux.
Cependant, plusieurs amortisseurs sont à l’œuvre :
- Exportations automobiles : +13,7% en 2026, puis +19,3% en 2027
- Recettes touristiques : 158,2 milliards de dirhams en 2027
- Transferts des Marocains résidant à l’étranger : 129 milliards de dirhams
Cette combinaison permet de contenir, sans l’annuler, le risque de détérioration des comptes extérieurs.
Principaux points du communiqué de Bank Al-Maghrib :
➕ Récolte céréalière attendue autour de 8,2 millions de tonnes cette année
➕ Hausse de la valeur ajoutée agricole de 14,4% cette année
➕ Déficit du compte courant porté à 3,1% en 2026, contre 2,3% l’an dernier
➕ Les exportations de l’industrie automobile devraient progresser de 13,7% cette année, après un recul de 2% l’an dernier, puis augmenter de 19,3% l’année prochaine pour atteindre 209,6 milliards de dirhams
➕ Recettes du secteur touristique : 158,2 milliards de dirhams en 2027
➕ Transferts des Marocains résidant à l’étranger : 129 milliards de dirhams en 2027
➕ Déficit de liquidité bancaire : 131,7 milliards de dirhams en 2025
➕ Le déficit budgétaire devrait continuer de reculer à 3,5% cette année, contre 3,6% l’an dernier



