Distribution du médicament au Maroc : le Conseil de la concurrence pointe les déséquilibres du marché

L’avis du Conseil de la concurrence sur la distribution des médicaments au Maroc a le mérite de déplacer le regard. Il ne s’arrête pas à la seule question du prix du médicament, ni à la seule lecture juridique des circuits de vente. Il met au jour une réalité plus profonde : celle d’un système qui tient encore, qui reste techniquement opérationnel, qui a prouvé son utilité en temps de crise, mais dont les équilibres économiques deviennent de plus en plus fragiles. Le médicament, ici, n’apparaît pas seulement comme un produit de santé ; il devient un révélateur de tensions structurelles entre régulation, soutenabilité financière, maillage territorial et qualité de la concurrence.

Ce que montre le Conseil, au fond, c’est qu’un secteur peut sembler fonctionner tout en s’usant de l’intérieur. Derrière la continuité d’approvisionnement, derrière la densité du réseau officinal, derrière la montée en charge de la couverture médicale, se dessinent des déséquilibres persistants : concentration du marché de gros, affaiblissement de la rentabilité des grossistes-répartiteurs, fragilité économique des officines, rigidité des règles de dispensation, pression des délais de paiement et montée en puissance de circuits concurrents, notamment du côté hospitalier privé. L’avis ne décrit donc pas un effondrement, mais un système qui appelle désormais une réforme lucide, sous peine de voir ses fragilités économiques se transformer, à terme, en vulnérabilités sanitaires.

Key points
  • Une saisine d’office à portée structurelle
    Le Conseil de la concurrence s’est autosaisi du sujet par décision du 10 février 2025 et a rendu l’avis A/6/25 après examen en Collège. L’objectif est d’évaluer l’état de la concurrence dans la distribution des médicaments au Maroc, et non de traiter un contentieux ponctuel.
  • Un maillon stratégique de souveraineté sanitaire
    L’avis souligne que la distribution pharmaceutique joue un rôle central dans l’accès aux traitements, la couverture du territoire et la continuité d’approvisionnement, y compris en période de crise, comme lors du Covid-19 ou après le séisme d’Al Haouz.
  • Un système techniquement efficace, mais économiquement fragilisé
    Le Conseil considère que le système de distribution fonctionne encore correctement sur le plan opérationnel, mais qu’il est freiné par des obstacles institutionnels, réglementaires, financiers et concurrentiels qui limitent sa modernisation.
  • Une couverture médicale plus large, sans explosion de la consommation
    Avec la généralisation de l’AMO, le nombre de bénéficiaires a fortement augmenté, mais la consommation moyenne de médicaments par habitant reste jugée relativement modérée. Elle atteint 642 dirhams par an en 2024, contre 588 dirhams en 2023 et 476 dirhams en 2020.
  • Le marché de gros est un maillon central et fortement concentré
    En 2024, le Maroc compte 66 établissements pharmaceutiques grossistes-répartiteurs, pour un chiffre d’affaires d’environ 16,26 milliards de dirhams. Mais six grands groupes concentrent plus de 60 % des acteurs et plus de 84 % des parts de marché, ce qui traduit une concentration élevée du secteur.
  • Les grossistes-répartiteurs supportent une pression croissante
    L’avis met en évidence la fragilisation du modèle économique des grossistes-répartiteurs, notamment sous l’effet du cadre de régulation, des marges, des coûts logistiques et surtout des délais de paiement, qui pèsent lourdement sur leur trésorerie et leur capacité d’investissement.
  • Le réseau officinal est dense, mais vulnérable
    Le Maroc compte environ 14 134 pharmacies d’officine en 2024, réalisant un chiffre d’affaires global de 13,52 milliards de dirhams. Le Conseil souligne toutefois que la densité du réseau ne garantit pas sa solidité économique, et que de nombreuses officines restent fragiles.
  • Le modèle actuel rémunère mal l’acte pharmaceutique
    L’avis estime que le système reste largement adossé à la logique du prix et de la marge sur le produit, sans valoriser suffisamment la mission de conseil, de dispensation et de santé publique du pharmacien. Cela limite la soutenabilité du modèle officinal.
  • Le cadre réglementaire reste rigide sur plusieurs points clés
    Le Conseil insiste sur les effets restrictifs de certaines règles, notamment l’absence de droit de substitution, les conditions d’implantation, les contraintes d’organisation du secteur et les barrières à l’entrée qui limitent l’intensité concurrentielle et la capacité d’adaptation du système.
  • Le développement du privé hospitalier modifie les équilibres du marché
    Même si l’avis porte sur la distribution, il montre aussi que l’essor des structures privées et des réserves de médicaments dans les cliniques participe à recomposer les circuits de délivrance et les rapports de force économiques entre acteurs.
  • Le diagnostic du Conseil est clair : réformer sans déstabiliser
    Le Conseil ne plaide pas pour une dérégulation brutale. Il recommande plutôt une modernisation graduelle du cadre de fonctionnement, avec des mesures transversales et ciblées pour restaurer les équilibres économiques, améliorer la concurrence et préserver la sécurité d’approvisionnement.
  • Quelques chiffres structurants à retenir
    56 établissements pharmaceutiques industriels, 66 grossistes-répartiteurs, près de 29 000 emplois directs ou indirects, environ 14 000 pharmacies d’officine : l’avis rappelle que ce secteur constitue un véritable pilier économique et sanitaire.

Indicateur Chiffre clé Lecture
Date de la saisine d’office 10 février 2025 Point de départ de l’avis du Conseil
Nombre d’auditions menées Environ 40 Instruction fondée sur une large consultation des acteurs
Consommation moyenne de médicaments par habitant 642 DH en 2024 Contre 588 DH en 2023 et 476 DH en 2020
Établissements pharmaceutiques grossistes-répartiteurs (EPGR) 66 Nombre d’EPGR en activité en 2024
Chiffre d’affaires des EPGR 16,26 MMDH En hausse de 11,3 % sur un an
Chiffre d’affaires des EPGR en 2016 9,7 MMDH Soit une hausse de 68 % entre 2016 et 2024
Part du CA des grossistes liée au médicament ≈ 90 % Le reste provient surtout de produits parapharmaceutiques
Structure du marché de gros 6 groupes / 42 grossistes Contre 24 opérateurs indépendants
Part de marché cumulée des 3 premiers groupes ≈ 65 % Noyau dur du marché de la grossisterie
Part de marché cumulée des 5 premiers groupes (CR5) 76 % Niveau de concentration élevé
Indice HHI de la grossisterie 1489 Indice 2024 de concentration du marché
Pharmacies d’officine 14 134 Réseau officinal recensé en 2024
Chiffre d’affaires global des officines 13,52 MMDH Activité 2024 du réseau officinal
Revenus professionnels des pharmacies 1 206,2 MDH Légère reprise en 2024
Chiffre d’affaires moyen par officine ≈ 950 000 DH Contre environ 1,1 million DH en 2016
Baisse du CA moyen par officine depuis 2016 -17,5 % Effet de dilution lié à l’augmentation du nombre d’officines
Délais de paiement aval (grossistes → officines) 112 jours en 2022 Niveau très élevé
Délais de paiement aval (grossistes → officines) 104 jours en 2023 Tension persistante
Délais de paiement aval (grossistes → officines) 97 jours en 2024 Toujours très au-dessus des standards amont
Délais de paiement amont (industriels → grossistes) 90 jours en 2022
Délais de paiement amont (industriels → grossistes) 82 jours en 2023
Délais de paiement amont (industriels → grossistes) 81 jours en 2024
Officines hors champ principal de la loi sur les délais de paiement Près de 90 % Car CA annuel inférieur à 2 MDH
Ratio d’endettement bancaire des grossistes 9,5 Illustration de la pression financière
Part des charges financières des grossistes liée aux retards des officines Près de 40 % Le Conseil décrit les grossistes comme “banquiers” des officines
Chiffre d’affaires des cliniques privées 3,04 MMDH en 2016
Chiffre d’affaires des cliniques privées 10,09 MMDH en 2024 Forte montée en puissance du circuit privé
Poids de la tranche T1 dans le marché privé Près de 99 % des volumes Segment dominant en volume
Poids de la tranche T1 dans le marché privé Environ 80 % de la valeur Segment également central en valeur

Note sur l’avis du Conseil de la concurrence n° A/6/25 relatif à l’état de la concurrence dans les marchés de la distribution des médicaments au Maroc

L’avis A/6/25 s’inscrit dans une saisine d’office du Conseil de la concurrence, décidée le 10 février 2025, dans le cadre de sa mission consultative. Le Conseil précise d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une procédure contentieuse visant à qualifier des pratiques anticoncurrentielles précises, mais d’une analyse générale du fonctionnement concurrentiel du secteur et de recommandations destinées à améliorer l’organisation du marché. Le périmètre retenu est strictement celui des médicaments à usage humain, à l’exclusion des médicaments vétérinaires et des dispositifs médicaux.

L’intérêt de la saisine est double. D’une part, le médicament est présenté comme un secteur à forte portée économique, sociale et de souveraineté sanitaire. D’autre part, la distribution apparaît comme un maillon décisif, parce qu’elle conditionne l’accès effectif aux traitements sur l’ensemble du territoire. Le Conseil rappelle que ce segment est devenu encore plus stratégique avec la généralisation de la couverture sociale, la baisse des prix des médicaments et la suppression de la TVA de 7 % à compter du 1er janvier 2024. Il souligne aussi que la chaîne de distribution a montré sa valeur en situation de crise, notamment pendant la pandémie et après le séisme d’Al Haouz.

Sur le plan méthodologique, l’avis repose sur un travail d’instruction relativement dense : une quarantaine d’auditions ont été menées auprès des administrations concernées, des organismes payeurs de l’AMO, des autorités professionnelles, des représentants des industriels, des grossistes-répartiteurs, des pharmaciens, des cliniques privées et des associations de consommateurs. L’analyse a été complétée par des questionnaires écrits, l’exploitation de données économiques et fiscales, ainsi qu’un benchmark international. Cela donne à l’avis une portée plus large qu’une simple note doctrinale.

Sur le fond, l’avis décrit une chaîne du médicament très encadrée juridiquement. Toute mise sur le marché suppose une AMM, avec des procédures différenciées selon les types de médicaments, y compris des voies accélérées pour certains produits d’intérêt majeur de santé publique. La distribution en gros peut être assurée par les établissements pharmaceutiques industriels et par les établissements pharmaceutiques grossistes-répartiteurs. Les pharmacies d’officine conservent, quant à elles, le monopole de la vente au détail au public. Les cliniques privées peuvent détenir une réserve de médicaments, mais celle-ci est, en principe, destinée à leurs besoins internes et à leurs patients hospitalisés, sans ouverture au public.

L’un des premiers constats importants du Conseil est que le système marocain de distribution du médicament demeure techniquement efficace et remplit des fonctions économiques et sociales majeures, notamment en matière de continuité d’approvisionnement et de maillage territorial. Mais cette efficacité opérationnelle ne signifie pas que les équilibres concurrentiels soient satisfaisants. Le Conseil insiste au contraire sur la coexistence d’une forte régulation, de rigidités structurelles et de déséquilibres économiques qui, à terme, peuvent affaiblir tout le système.

Le premier grand enseignement porte sur le maillon de la distribution en gros. Fin 2024, le Maroc comptait 66 grossistes-répartiteurs autorisés. En apparence, ce nombre peut donner l’image d’un marché relativement ouvert. Mais l’analyse économique montre une polarisation forte : six groupes totalisent 42 grossistes, contre 24 opérateurs indépendants. Le chiffre d’affaires global du segment atteint 16,3 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 11,3 % sur un an et de 68 % par rapport à 2016. Environ 90 % de ce chiffre d’affaires provient directement de la distribution de médicaments.

Malgré cette pluralité formelle d’acteurs, le Conseil conclut à un degré de concentration relativement élevé. Les cinq premiers groupes représentent près de 76 % du marché. Trois groupes à eux seuls concentrent environ 65 % de l’activité. L’indice HHI se situe à 1489 en 2024, dans une zone intermédiaire qui n’atteste pas d’un monopole, mais révèle un pouvoir de marché notable et un niveau de concentration qui doit être surveillé. Les ratios de concentration montrent en outre une relative stabilité de cette structure sur la période 2016-2024.

À cela s’ajoutent d’importantes disparités régionales. L’avis insiste sur une couverture géographique inégale des grossistes-répartiteurs, ce qui pose une question d’équité territoriale dans l’accès au médicament et renforce le poids des opérateurs les mieux implantés logistiquement. Le sujet n’est donc pas seulement celui du nombre d’acteurs, mais celui de leur répartition effective et de leur capacité à remplir une mission de desserte régulière du territoire.

Le deuxième constat majeur est l’affaiblissement économique des EPGR. Le Conseil décrit un modèle de rémunération fragilisé par les baisses successives de prix et par une structure de marge qui ne couvre plus convenablement les obligations de service public imposées aux grossistes, notamment les stocks de sécurité, la disponibilité de 80 % des spécialités agréées et la livraison rapide. L’avis conclut clairement à une baisse continue de la rentabilité des EPGR, ce qui menace la pérennité du segment.

Cette fragilité est aggravée par les délais de paiement. En amont, entre industriels et grossistes, les délais restent relativement encadrés, souvent entre 45 et 60 jours, parfois 90 jours. En aval, entre grossistes et officines, ils sont beaucoup plus longs : 112 jours en 2022, 104 jours en 2023 et 96 jours estimés en 2024. Or, près de 90 % des officines échappent au champ principal d’application de la loi 69-21 sur les délais de paiement, car elles réalisent moins de 2 millions de dirhams de chiffre d’affaires annuel. Cette situation crée une asymétrie forte : le grossiste paie relativement vite, mais encaisse tard.

Le Conseil en tire une formule centrale : les grossistes se retrouvent souvent en « banquiers » des officines. Leur ratio moyen d’endettement bancaire atteint 9,5, près de 40 % de leurs charges financières sont liées aux retards de paiement des officines, et le taux moyen de clients en impayé avoisine 18 %. L’effet concurrentiel est lourd : ces tensions de trésorerie pèsent sur leur capacité d’investissement, peuvent inciter à des comportements défensifs dans les conditions commerciales, et finissent par créer un risque sur la continuité d’approvisionnement.

Le troisième grand bloc d’analyse porte sur le réseau officinal. Là encore, l’avis met au jour un paradoxe. Le Maroc dispose d’un réseau officinal dense et techniquement structuré, mais économiquement fragile. Le Conseil relève une forte densité pharmaceutique, supérieure à la recommandation de l’OMS, ce qui engendre à la fois des déséquilibres territoriaux et une pression économique sur les officines, en particulier dans les zones surdotées. Cette surdensité réduit le chiffre d’affaires moyen par pharmacie et fragilise la soutenabilité globale du maillage.

Sur la période 2016-2024, le chiffre d’affaires global des officines est passé de 11,1 à 13,5 milliards de dirhams, soit une hausse modérée de 21,6 %. Mais, dans le même temps, les revenus professionnels des pharmaciens sont restés presque stagnants autour de 1 à 1,1 milliard de dirhams jusqu’en 2023, avec une légère remontée à 1,2 milliard en 2024. Le Conseil voit dans cette divergence la preuve d’une dégradation du modèle économique officinal : la progression nominale du marché ne se traduit pas en amélioration équivalente des revenus.

Cette fragilité est amplifiée par la structure même du marché. La tranche T1 des médicaments, c’est-à-dire les médicaments à bas prix, représente près de 99 % du volume des ventes et environ 80 % de leur valeur dans le marché privé. Autrement dit, l’essentiel de l’activité officinale repose sur des produits à faible valeur unitaire, alors même que les baisses de prix ont particulièrement touché ces segments. Le Conseil souligne donc que le modèle des officines reste très dépendant des volumes et vulnérable aux révisions réglementaires des prix.

L’avis insiste aussi sur le fait que les marges brutes théoriques des officines, qui peuvent paraître élevées sur le papier selon les tranches tarifaires, ne reflètent pas la réalité économique. Une fois les loyers, salaires, impôts et charges d’exploitation déduits, la marge nette réelle des pharmaciens serait généralement limitée à 8 % à 10 %. Le Conseil en conclut que le système de rémunération actuel, principalement adossé au prix du médicament, ne valorise pas correctement l’acte pharmaceutique ni les missions de santé publique du pharmacien.

Un autre point important de l’avis concerne le droit de substitution, que le cadre marocain ne reconnaît pas aujourd’hui au pharmacien d’officine. Pour le Conseil, cette absence affaiblit la continuité d’accès aux traitements, complique la gestion des ruptures et oblige les officines à stocker davantage de références pour une même classe thérapeutique. Cela accroît l’immobilisation financière, la pression sur la trésorerie, les risques de péremption et les pertes, tout en limitant le recours aux génériques pourtant moins coûteux. Le Conseil cite explicitement des classes thérapeutiques comme l’oméprazole ou l’amoxicilline pour illustrer cette rigidité.

L’avis s’attarde également sur le schéma organisationnel du tissu officinal. Il considère que la fragmentation du réseau et la prédominance de structures individuelles limitent l’investissement, compliquent l’accès au financement, freinent l’insertion des jeunes diplômés et ralentissent la modernisation du secteur. Le Conseil voit dans cette organisation actuelle un facteur structurel de blocage, qui dépasse la seule question des revenus.

Le quatrième axe important touche au circuit hospitalier privé. Le Conseil observe que le chiffre d’affaires des cliniques privées a fortement progressé, passant de 3,04 milliards de dirhams en 2016 à 10,09 milliards de dirhams en 2024. Cette montée en puissance s’accompagne d’un recours plus marqué à des médicaments coûteux et spécialisés, souvent classés dans les tranches T3 et T4, ainsi que d’une centralisation des achats par les groupes privés. Les auditions menées laissent apparaître que ces achats se font souvent directement auprès des industriels, avec des conditions préférentielles possibles, incluant remises, ristournes ou gratuités.

Le Conseil n’ignore pas que les cliniques sont légalement autorisées à détenir une réserve de médicaments pour leurs besoins internes. Mais il relève parallèlement des pratiques de contournement du réseau officinal, en rappelant que la dispensation dans les cliniques ne peut se faire qu’au bénéfice des patients hospitalisés. L’expansion du secteur hospitalier privé, conjuguée à la centralisation des achats et au poids croissant des médicaments de haute valeur, modifie donc progressivement les équilibres concurrentiels du marché et peut marginaliser le réseau officinal sur certains segments.

Au total, la thèse centrale de l’avis est la suivante : le système marocain de distribution du médicament fonctionne encore, mais ses équilibres économiques deviennent de plus en plus fragiles. Le Conseil ne décrit pas un marché défaillant au sens strict, mais un système pris entre une régulation lourde, des obligations de service public fortes, une rentabilité affaiblie, des asymétries contractuelles persistantes et un cadre juridique qui n’a pas suivi les mutations du secteur.

Les recommandations du Conseil s’organisent alors autour de trois niveaux :

Premier niveau : des recommandations transversales. Le Conseil demande de moderniser le cadre réglementaire, d’accélérer l’adoption des textes encore attendus, de renforcer la gouvernance institutionnelle et la coordination entre acteurs, d’améliorer les conditions d’accès au marché, de renforcer la digitalisation de la chaîne pour la traçabilité, la transparence et la régulation, et enfin de faciliter l’accès au financement, notamment via un fonds de garantie au bénéfice des officines et des grossistes-répartiteurs.

Deuxième niveau : des mesures ciblées pour les EPGR. Le Conseil recommande un système de rémunération mixtecombinant une marge proportionnelle au prix fabricant hors taxe avec un forfait fixe par unité distribuée, afin d’assurer une rémunération minimale plus stable et moins dépendante des prix. Il propose aussi une revalorisation des marges pour les médicaments onéreux des tranches T3 et T4, afin de garantir leur disponibilité sur le territoire. Enfin, il appelle à une régulation plus équitable des délais de paiement pour corriger l’asymétrie qui fait aujourd’hui porter aux grossistes une charge financière disproportionnée.

Troisième niveau : des réformes du maillon officinal. Le Conseil recommande de revoir les critères d’implantation des pharmacies pour tenir compte des réalités territoriales et corriger à la fois la surdensité urbaine et le risque de désertification ailleurs. Il propose d’assouplir, de manière encadrée, les horaires d’ouverture, de définir un mode de rémunération mixte qui valorise l’acte pharmaceutique indépendamment du prix du médicament, d’élargir les missions du pharmacien comme acteur de santé de proximité, de mettre en place à terme et sous conditions le droit de substitution, d’encadrer plus strictement la dispensation dans les cliniques privées et de mener une restructuration encadrée du tissu officinal pour renforcer sa soutenabilité et son attractivité.

En synthèse, cet avis ne plaide pas pour une dérégulation brutale du médicament. Il avance plutôt une ligne de réforme pragmatique : préserver la sécurité sanitaire et le service public de distribution, tout en introduisant davantage de rationalité économique, de concurrence loyale et de souplesse organisationnelle. Son diagnostic est sévère sur les déséquilibres financiers et les rigidités actuelles, mais il reste réformiste plus que rupturiste. Le Conseil considère que la pérennité du système dépend désormais moins de nouvelles contraintes que d’une meilleure articulation entre régulation, viabilité économique des acteurs et adaptation aux transformations du marché.

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