Christophe Lecourtier, le diplomate économique salué par Les Échos, quitte Rabat sous les honneurs avant de prendre la tête de l’AFD

Les Échos consacrent un portrait à Christophe Lecourtier, qui vient de prendre les rênes de l’Agence française de développement. Le quotidien économique y décrit le profil d’un haut fonctionnaire atypique, longtemps placé à l’intersection de la diplomatie, de l’économie publique et de l’accompagnement des entreprises françaises à l’international.

Lecourtier LesEchos

Ancien ambassadeur de France au Maroc, poste qu’il occupait depuis 2022, Christophe Lecourtier est présenté comme un diplomate rompu aux questions économiques. Formé à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, à Sciences Po et à l’ENA, fils de diplomate, il n’a pourtant pas commencé sa carrière dans l’univers classique des chancelleries. Son parcours s’est d’abord construit dans la sphère économique de l’État.

Selon Les Échos, il passe par plusieurs cabinets ministériels, notamment ceux de Simone Veil, Alain Juppé, Francis Mer et Nicolas Sarkozy. En 2007, il devient directeur du cabinet de Christine Lagarde, alors ministre de l’Agriculture et de la Pêche, avant de la rejoindre comme conseiller spécial lorsqu’elle est nommée à Bercy.

Le quotidien insiste surtout sur son long passage à la tête d’Ubifrance, devenue ensuite Business France. Pendant près de dix ans, malgré une interruption entre 2014 et 2017, Christophe Lecourtier s’impose comme une personnalité reconnue des milieux économiques. Il y travaille à transformer la diplomatie économique française et à rapprocher l’État des entreprises exportatrices.

Son style, relève Les Échos, ne laisse pas indifférent. Certains lui reprochent une approche parfois trop directe et énergique. D’autres y voient au contraire la marque d’un haut fonctionnaire moins technocratique que beaucoup, capable de parler aux chefs d’entreprise tout en maîtrisant les codes diplomatiques.

Après l’Australie, entre 2014 et 2017, puis la Serbie, Christophe Lecourtier revient à Business France avant d’être nommé ambassadeur de France au Maroc en 2022. Il arrive alors à Rabat dans une période de fortes tensions entre les deux pays, marquée par les dossiers des visas, de la sécurité et du Sahara.

Dans ce contexte, Les Échos souligne son engagement personnel. Omniprésent dans les forums économiques, proche des milieux d’affaires et attentif aux équilibres politiques marocains, Christophe Lecourtier s’est employé à maintenir les canaux ouverts et à préparer le terrain d’une normalisation progressive. Selon cette lecture, son action au Maroc a contribué à la réconciliation franco-marocaine de 2024.

Son départ de Rabat a d’ailleurs donné lieu à plusieurs gestes hautement symboliques. À sa sortie de l’ambassade de France, une haie d’honneur lui a été réservée par les équipes de la représentation française, fermée par l’attaché militaire. La scène, immortalisée en vidéo, a été commentée par le chef de mission adjoint, Charles Thepaut, en des termes particulièrement appuyés : « Peu d’ambassadeurs auront marqué les relations franco-marocaines comme Christophe Lecourtier. À la tête de l’équipe France au Maroc, il a été un grand capitaine, attentif et rassembleur. Merci pour tout et tous nos vœux pour la suite. »

L’ambassade de France au Maroc a, elle aussi, salué la fin de mission de Christophe Lecourtier. « Après plus de trois ans au service de la relation franco-marocaine, clap de fin pour la mission de l’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier », a-t-elle indiqué, évoquant un moment de convivialité au cours duquel les agents de l’Équipe France l’ont remercié pour son engagement et lui ont souhaité réussite dans ses nouvelles fonctions.

Une cérémonie de départ a également été organisée à la résidence de l’ambassadeur, réunissant un large éventail de personnalités marocaines issues des sphères institutionnelle, économique, intellectuelle, culturelle, médiatique et associative. Y ont notamment pris part André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi ; Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication ; Chakib Benmoussa, ancien ministre et Haut Commissaire au Plan – HCP ; Fathallah Oualalou, ancien ministre de l’Économie et des Finances et ancien maire de Rabat ; Nawal El Moutawakel, ancienne ministre, championne olympique et figure du mouvement sportif international ; Driss Benhima, ancien ministre, ancien wali et ancien président-directeur général de Royal Air Maroc ; Mostafa Terrab, président-directeur général du Groupe OCP ; Mohamed El Kettani, président-directeur général du groupe Attijariwafa bank ; Chakib Alj, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc ; Rabie Khlie, directeur général de l’Office national des chemins de fer ; Faïçal Laraichi, président-directeur général de la SNRT ; Youssef Rouissi, haut dirigeant du groupe Attijariwafa bank ; Abdou Diop, associé-gérant de Forvis Mazars au Maroc ; Youssef Chraibi, président du groupe Outsourcia ; Younes Boumehdi, fondateur et président de Hit Radio ; Gilles Abensour, directeur général de Saint-Gobain Maroc et président de la section Maroc des Conseillers du commerce extérieur de la France ; Neila Tazi, entrepreneure culturelle et ancienne parlementaire ; Moulay Abdelaziz Elalamy, executive Vice-President, Saham Management, Mohamed Tozy, politologue et universitaire ; Mohamed Amine Zariat, fondateur de Tibu Africa ; Karima Mkika, présidente de l’Association Al Karam et militante engagée pour la protection de l’enfance ; Fadila El Gadi, créatrice de mode ainsi que Ghita Zniber, figure du capital-investissement et cofondatrice de Kalys Ventures.

Devant ses invités, Christophe Lecourtier a livré quelques mots qui résument sa lecture de sa mission marocaine. « J’ai écouté, j’ai regardé, j’ai voyagé. Tout le temps qu’il fallait, je me suis tu », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’il ne croyait « pas à la fatalité », ni à celle qui unit les deux pays « pour le meilleur ou pour le pire », ni à celle qui creusait alors « la fracture » entre eux.

L’ancien ambassadeur a ensuite placé son action sous le signe de la volonté. « Dans cette histoire, il y eut des hommes et des femmes de bonne volonté, tout en haut, et parfois beaucoup plus bas, qui firent un choix, non pas celui des retrouvailles, mais celui de la refondation », a-t-il affirmé. Une formule qui éclaire la manière dont il souhaite voir son passage à Rabat : non comme une simple parenthèse diplomatique, mais comme une contribution à la reconstruction d’une relation bilatérale profondément éprouvée.

Il a également cité le général de Gaulle : « Les diplomates ne sont utiles que par beau temps. Dès qu’il pleut, ils se noient dans chaque goutte. » Puis il a conclu par une formule empruntée à la sagesse populaire marocaine : « L’océan n’attend pas après l’eau des frontières. »

Pour Les Échos, cette expérience marocaine constitue désormais un atout dans ses nouvelles fonctions. À la tête de l’Agence française de développement, Christophe Lecourtier devra composer avec des contraintes budgétaires croissantes et une concurrence géopolitique de plus en plus forte. Le journal cite notamment la Chine, les pays du Golfe, la Turquie et la Russie, dont les outils d’influence économique se déploient dans des régions historiquement liées à la France.

À travers ce portrait, le quotidien économique ne décrit donc pas seulement une nomination administrative. Il dessine le profil d’un diplomate économique appelé à diriger une institution devenue centrale dans la projection internationale de la France. Son départ de Rabat, marqué par des hommages inhabituels, confirme aussi la place particulière qu’il aura occupée dans un moment délicat de la relation franco-marocaine : celui où la gestion de crise a progressivement cédé la place à une volonté de refondation.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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