Ali Fassi-Fihri s’éteint après une vie au service des grands chantiers publics

Ancien directeur général de l’ONE, de l’ONEP puis de l’ONEE, ancien président de la FRMF et figure de plusieurs grands chantiers publics du Maroc, Ali Fassi-Fihri est décédé dans les premières heures de ce dimanche des suites d’une longue maladie. Il avait 71 ans.

Ali Fassi-Fihri n’était pas seulement un nom de la haute administration marocaine. Frère de Taib Fassi Fihri, conseiller de SM le Roi Mohammed VI et ancien ministre des Affaires étrangères, il appartenait à une famille associée aux grands rouages de l’État. Mais son itinéraire personnel s’est construit dans un registre précis : celui des transformations techniques, territoriales et institutionnelles du Royaume. Accès à l’eau potable, électrification rurale, premiers grands projets d’énergies renouvelables, fusion des offices stratégiques, puis entrée progressive du sport national dans l’âge du management et de la professionnalisation : son parcours aura croisé plusieurs chantiers structurants du Maroc contemporain.

Titulaire d’un doctorat en énergétique à l’Université Paris VII-Jussieu, Ali Fassi-Fihri avait d’abord été enseignant à l’École des Mines de Rabat, avant de passer par l’ingénierie privée puis par le Centre de développement des énergies renouvelables.

Sa véritable empreinte institutionnelle se dessinera toutefois à partir des années 1990 et 2000. Au sein de l’Office national de l’électricité, puis à la tête de l’Office national de l’eau potable, il accompagne deux priorités décisives pour le Maroc : raccorder les territoires, sécuriser l’approvisionnement, élargir l’accès aux services essentiels. En 2001, il est nommé directeur général de l’ONEP. En 2008, SM le Roi Mohammed VI le nomme directeur général de l’ONE, fonction qu’il cumule alors avec celle de patron de l’eau potable, dans la perspective du rapprochement des deux grands offices publics.

Ce moment reste central dans son parcours. La réunion de l’eau et de l’électricité au sein de l’ONEE n’était pas une simple opération administrative. Elle traduisait une conviction d’État : les infrastructures de base ne peuvent être pensées en silos lorsque le développement territorial, la croissance urbaine, la pression hydrique, l’énergie et l’assainissement deviennent des enjeux liés. Ali Fassi-Fihri fut l’un des visages de cette architecture publique, avec ses ambitions, ses contraintes, mais aussi ses lourdeurs.

Son passage à la tête des grands offices coïncide également avec la montée en puissance de la stratégie énergétique nationale. Il préside le conseil de surveillance de Masen, acteur devenu central dans le déploiement du solaire marocain, au moment où le Royaume cherche à installer son image de pays pionnier en matière d’énergies renouvelables. Son parcours dépasse ainsi la simple gestion d’établissement public : il touche à l’un des récits les plus structurants du Maroc des deux dernières décennies, celui de la souveraineté énergétique et de la modernisation des infrastructures.

Mais son parcours ne se limite pas à la fonction publique. Ali Fassi-Fihri a également occupé une place importante dans le sport marocain, à un moment où celui-ci commençait à sortir d’une logique de gestion traditionnelle pour entrer dans une culture plus exigeante de gouvernance, de ressources, de formation et de performance. Avant même son arrivée à la tête de la Fédération royale marocaine de football, il avait été l’un des hommes du laboratoire discret où s’est préparée une partie du sport marocain actuel : le FUS de Rabat.

Sous la supervision vigilante de Mohamed Mounir El Majidi, élu président du club omnisports en 2007, le Fath Union Sport a engagé une transformation profonde. Le club n’était plus seulement une institution historique de Rabat ; il devenait un terrain d’expérimentation pour une nouvelle manière de penser le sport : gouvernance plus rigoureuse, management structuré, ressources pérennes, projet sportif lisible, culture de performance mieux organisée. Autour de M. El Majidi s’est constituée une équipe de managers de premier plan, avec Ali Fassi-Fihri au gouvernail de la section football.

Dans cette matrice se lit l’apport sportif d’Ali Fassi-Fihri : il ne fut pas seulement un président fédéral venu de l’administration, mais l’un des relais de l’ouverture du football marocain au professionnalisme. Au FUS, il ne s’agissait plus seulement de gagner des matchs, mais d’installer une logique d’entreprise sportive : gouvernance, méthodes, ressources, stratégie. Le sacre du club en Botola en 2016 confirmera que cette transformation annonçait, à l’échelle d’un club, ce que le football marocain allait chercher à devenir.

En avril 2009, Ali Fassi-Fihri est élu président de la FRMF, succédant au général Housni Benslimane. Son mandat intervient dans une période délicate pour le football national, encore éloignée des performances et de l’organisation que le Maroc connaît aujourd’hui. Les attentes étaient fortes, les résultats irréguliers, les structures en transition. Il quittera la présidence de la Fédération avant l’arrivée de Fouzi Lekjaa en 2014, qui ouvrira une nouvelle phase de gouvernance et de projection du football marocain.

Son bilan sportif restera donc contrasté si on le limite aux résultats immédiats de la sélection nationale. Mais son rôle apparaît plus significatif si on le replace dans une trajectoire plus longue : celle du passage d’un football administré, souvent dépendant de logiques personnelles ou conjoncturelles, à un football progressivement organisé autour de la formation, des infrastructures, des ressources et de la gouvernance. Dans ce mouvement, le FUS fut un laboratoire. Ali Fassi-Fihri y occupa une place importante.

La fin de son passage à l’ONEE, en 2017, fut plus brutale. Ali Fassi-Fihri est alors relevé de ses fonctions dans le sillage des décisions prises après le rapport relatif au programme « Al Hoceima Manarat Al Moutawassit ». Abderrahim El Hafidi lui succède ensuite à la tête de l’Office.

Après son départ de l’ONEE, il réapparaît dans le secteur privé. En 2019, il est nommé président du conseil d’administration de LafargeHolcim Maroc, acteur majeur des matériaux de construction, détenu majoritairement par une coentreprise entre LafargeHolcim et Al Mada.

Ces dernières années, la longue maladie avait beaucoup diminué Ali Fassi-Fihri, l’éloignant peu à peu de la vie publique. Dans cette épreuve, son épouse, Yasmina Baddou, ancienne ministre de la Santé, a fait preuve d’un courage discret et constant. Ses enfants ont également porté cette douleur familiale, notamment Zhor Fassi-Fihri, réalisatrice et productrice, qui poursuit une carrière remarquée dans l’audiovisuel et le cinéma.

Avec la disparition d’Ali Fassi-Fihri, le Maroc perd une figure qui aura traversé plusieurs mondes. Son nom restera attaché à une époque où le Royaume posait, souvent loin du bruit médiatique, les bases techniques d’un Maroc plus raccordé, plus électrifié, plus conscient de ses vulnérabilités hydriques et énergétiques. Un Maroc dont les grandes infrastructures ne sont pas seulement des ouvrages, mais des instruments de cohésion, de souveraineté et de projection.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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