Le Maroc a rétabli le service militaire en 2019, avec une durée de 12 mois pour les jeunes âgés de 19 à 25 ans. À l’échelle internationale, ce modèle se situe entre les pays qui ont professionnalisé leurs armées et ceux qui maintiennent une conscription longue, parfois liée à des tensions régionales ou à des doctrines de défense nationale.
Le service militaire obligatoire n’a pas disparu du monde. Il a changé de forme, de justification et d’intensité selon les pays. Certaines nations l’ont suspendu ou aboli au profit d’armées professionnelles. D’autres le maintiennent comme pilier de leur défense. D’autres encore l’ont réactivé ou renforcé face à la dégradation de leur environnement stratégique.
Le Maroc s’inscrit dans cette catégorie de pays ayant rétabli la conscription après l’avoir suspendue. Le service militaire, supprimé en 2006, a été réintroduit par la loi 44-18. Sa durée est fixée à 12 mois. Il concerne les jeunes Marocains de 19 à 25 ans, avec des possibilités d’exemption ou de volontariat selon les cas.
Ce modèle marocain est relativement court par rapport à plusieurs pays du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord ou d’Asie. En Algérie, le service national masculin est fixé à 12 mois depuis la réduction opérée en 2014. Le CIA World Factbook indique que les hommes algériens âgés de 19 à 30 ans sont concernés par le service obligatoire.
En Turquie, le service militaire reste obligatoire pour les hommes, avec des formes variables selon les statuts et les dispositifs de service payant. Le ministère turc de la Défense publie régulièrement les calendriers de convocation et d’incorporation, notamment pour les personnes relevant du dispositif de service militaire payant, qui prévoit une formation de base d’un mois.
En Égypte, le service militaire est également obligatoire pour les hommes, avec une durée qui peut varier selon le niveau d’éducation et la situation personnelle. Dans plusieurs pays de la région MENA, la conscription est liée à une doctrine de défense fondée sur la disponibilité d’un vivier large de citoyens mobilisables.
Le cas d’Israël est l’un des plus structurants dans les comparaisons internationales. Le service militaire y est obligatoire pour les hommes et les femmes appartenant aux catégories concernées. Selon Britannica, la durée active est de 32 mois pour les hommes et de 24 mois pour les femmes, suivie d’obligations de réserve.
À l’inverse, la France a suspendu le service militaire obligatoire pour les jeunes nés après le 31 décembre 1978, dans le cadre de la professionnalisation de ses armées. Le Code du service national conserve les dispositions historiques relatives au service, mais leur application a été suspendue par la loi de 1997.
La France a cependant annoncé un nouveau service militaire volontaire, distinct du retour à la conscription obligatoire. Ce programme, présenté en 2025 et appelé à démarrer en 2026, vise à renforcer le lien armée-nation dans un environnement européen marqué par le retour des préoccupations de défense.
L’Europe connaît d’ailleurs un regain de débat sur le sujet. Les pays nordiques et baltes, exposés à des préoccupations sécuritaires plus directes, maintiennent ou renforcent des modèles de conscription, souvent sélectifs. La Finlande, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Suède ou le Danemark accordent une place importante à la notion de défense totale, dans laquelle la société civile et les réserves jouent un rôle stratégique.
Ces comparaisons montrent qu’il n’existe pas un modèle unique de service militaire. Les différences portent sur l’âge d’appel, la durée, le caractère obligatoire ou volontaire, la place des femmes, le régime des exemptions, l’intensité de la formation, le rôle des réserves et l’articulation avec l’emploi civil.
Dans ce paysage, le Maroc occupe une position intermédiaire. La durée de 12 mois le rapproche de plusieurs pays où le service militaire reste limité dans le temps. Le dispositif marocain se distingue aussi par l’existence d’un recensement administré, d’une sélection encadrée par une commission centrale, d’une ouverture au volontariat pour les femmes et les MRE, et d’un discours officiel centré sur la formation, l’inclusion et l’insertion.
Le Tajnid n’est donc pas seulement un mécanisme de défense. Il est présenté comme un outil de cohésion nationale et de formation de la jeunesse. Cette dimension le distingue des modèles strictement sécuritaires, où la conscription répond d’abord à une pression militaire directe. Le Maroc met davantage l’accent sur la discipline, la citoyenneté, la qualification et la préparation sociale des jeunes.
Cette orientation ne supprime pas les débats. Dans plusieurs pays, la conscription suscite des interrogations sur son coût, son efficacité, son équité sociale et son impact sur les parcours individuels. Les armées professionnelles offrent une spécialisation plus poussée, mais elles peuvent rencontrer des difficultés de recrutement. Les services obligatoires créent un lien direct entre armée et société, mais exigent un encadrement rigoureux pour éviter les déséquilibres.
Le Maroc a choisi une formule de 12 mois, encadrée par la loi, avec des mécanismes d’exemption et une communication annuelle autour du recensement. À l’échelle mondiale, ce choix place le Royaume parmi les pays qui considèrent encore le service militaire comme un instrument civique, social et institutionnel, autant qu’un outil de défense.







