Le 16 juillet, Rabat accueillera la première Réunion de haut niveau entre les gouvernements marocain et français depuis 2019. Selon les informations d’Africa Intelligence, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, conduira une délégation d’une douzaine de ministres, le déplacement gouvernemental français le plus important depuis la visite d’État d’Emmanuel Macron en octobre 2024. Cette rencontre constitue l’aboutissement de près de deux années de préparation, durant lesquelles les deux capitales ont multiplié les initiatives bilatérales et confié à un comité de onze personnalités la définition du futur traité d’amitié. Elle doit faire passer la relation bilatérale du réchauffement diplomatique à la définition d’un nouveau cadre politique.
Aziz Akhannouch et son homologue français devront avancer sur un texte couvrant l’interconnexion électrique, l’énergie, l’industrie de défense, la coopération sécuritaire et la préparation du Mondial 2030, mais aussi la francophonie, le cinéma, les jeux vidéo, la coopération universitaire, l’enseignement français au Maroc et le nucléaire civil, afin de dégager un agenda suffisamment consistant pour soutenir la visite d’État de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en France, toujours envisagée pour l’automne 2026.
La Réunion de haut niveau (RHN) Maroc-France, prévue le 16 juillet à Rabat, doit permettre aux deux gouvernements de définir les principaux axes du futur traité d’amitié appelé à encadrer les relations bilatérales. Piloté par le Chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, et le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, le projet de traité est élaboré depuis plusieurs mois par un comité réunissant une douzaine de personnalités marocaines et françaises.
L’interconnexion électrique comme premier dossier opérationnel
Le volet énergétique devrait occuper une place centrale lors de la Réunion de haut niveau du 16 juillet. Le principal rendez-vous annoncé concerne le lancement, sauf imprévu, d’un appel à manifestation d’intérêt pour le projet d’interconnexion électrique entre le Maroc et la France.
La ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, et le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, doivent ouvrir la procédure de sélection des entreprises susceptibles de construire un câble sous-marin destiné à transporter vers Marseille de l’électricité verte produite au Maroc, avec un point de départ envisagé dans la région de Nador.
Deux opérateurs sont déjà positionnés : le groupe minier australien Fortescue et Elemental Power, filiale française de la société britannique Xlinks. Le directeur général d’Elemental Power, Louis Blanluet-Terrou, figurait d’ailleurs dans la délégation de MEDEF International reçue à Rabat et à Casablanca à la fin du mois de juin.
Ce projet s’inscrit dans un chantier énergétique plus large engagé depuis la visite d’Emmanuel Macron en octobre 2024. L’ancien dirigeant d’Engie Gérard Mestrallet et le président du directoire de RTE, Xavier Piechaczyk, ont été chargés par Paris de travailler sur le partenariat énergétique franco-marocain, la connectivité des réseaux et la transition énergétique. Les discussions concernent également l’alliance entre Engie et Groupe OCP, ainsi que plusieurs projets industriels liés à l’hydrogène et aux molécules vertes.
Défense : Paris veut prendre position dans l’industrie militaire marocaine
Le futur traité d’amitié devrait comporter un volet militaire et industriel important. La partie française est notamment portée au sein du comité des sages par Florence Parly, ancienne ministre des Armées et actuelle présidente d’Air France-KLM.
Paris entend accompagner Rabat dans le développement de sa base industrielle et technologique de défense, alors que le Maroc structure de nouvelles zones industrielles dédiées au secteur autour de Benslimane et de Berrechid. L’objectif français consiste aussi à repositionner ses industriels face aux fournisseurs israéliens, américains et sud-coréens déjà actifs sur le marché marocain.
Cette coopération a commencé à se formaliser en janvier 2026 avec la tenue du premier comité d’armement franco-marocain, réunissant des représentants de la Direction générale de l’armement française et des Forces Armées Royales. Elle a été prolongée en juin à Paris par la rencontre entre Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, et Catherine Vautrin, ministre française des Armées et des Anciens Combattants, en marge du salon Eurosatory.
Une nouvelle réunion entre les deux responsables est prévue pendant la RHN. Le programme doit permettre d’identifier les domaines de coopération capacitaire, les possibilités d’implantation industrielle et les partenariats susceptibles d’associer les entreprises françaises à la montée en puissance de l’industrie de défense marocaine.
Sécurité : cap sur la Coupe du monde 2030
Les services de sécurité et de renseignements figurent également parmi les priorités du futur traité.
Les échanges concernent en particulier la Direction générale de la sécurité intérieure française – DGSI – et la Direction générale de la surveillance du territoire marocaine – DGST -. Leurs directeurs respectifs, Céline Berthon et Abdellatif Hammouchi, s’étaient rencontrés à Rabat en septembre 2025 pour examiner les perspectives de coopération bilatérale.
La préparation de la Coupe du monde 2030 doit fournir un premier cadre d’application concret. La France souhaite partager avec le Royaume son retour d’expérience acquis lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Culture, francophonie et industries créatives
La coopération culturelle et éducative figure parmi les volets confiés au comité des sages chargé de préparer le traité. Les écrivains Leïla Slimani et Rachid Benzine participent aux travaux consacrés à ces questions.
Les discussions portent sur la promotion de la francophonie, la coopération universitaire, la production cinématographique et le développement de l’industrie des jeux vidéo. Ces secteurs doivent faire l’objet d’annonces ou de nouveaux mécanismes de coopération entre les institutions et les opérateurs des deux pays.
L’enseignement français au Maroc sera également inscrit à l’agenda, dans un contexte marqué par les contestations liées à l’augmentation des frais de scolarité. Le dossier est notamment suivi par Christian Masset, président de la Mission laïque française, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay et membre français du comité chargé de préparer le traité.
Les questions académiques et éducatives sont également étudiées par Sarah El Haïry, haute-commissaire française à l’enfance et ancienne ministre déléguée, qui a effectué une partie de sa scolarité au Maroc.
Le nucléaire civil revient dans les discussions
Le nucléaire civil fait partie des dossiers encore en discussion entre Rabat et Paris. Les deux pays examinent depuis plusieurs mois la faisabilité de la création progressive d’une filière nucléaire au Maroc.
Le développement des petits réacteurs modulaires, ou SMR, a relancé un dossier ancien. Un premier projet de coopération bilatérale avait été annoncé en 2007, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avant d’être abandonné.
En mars 2026, Aziz Akhannouch a signé, au nom du Maroc, la déclaration internationale sur le financement de l’énergie nucléaire adoptée à l’initiative de la France par vingt-sept États. Le président-directeur général de Groupe OCP, Mostafa Terrab, membre marocain du comité chargé du traité d’amitié, est associé aux réflexions sur ce dossier.
Pour le Maroc, l’intégration éventuelle du nucléaire civil permettrait de compléter le solaire et l’éolien dans le mix énergétique et de réduire la dépendance du Royaume aux combustibles fossiles importés. À ce stade, les échanges portent sur la faisabilité industrielle, le financement et les technologies disponibles. Africa Intelligence présente ce chantier comme l’un des sujets encore incertains du futur accord.
Un traité préparé par onze personnalités
La définition du futur cadre bilatéral a été confiée à un comité de onze personnalités, composé de six Marocains nommés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de cinq Français.
Côté marocain, le comité comprend notamment Chakib Benmoussa, Haut-Commissaire au Plan et ancien ambassadeur du Maroc à Paris, Mostafa Terrab, président-directeur général de Groupe OCP, et Mounia Boucetta, ancienne secrétaire d’État aux Affaires étrangères.
Côté français, Hubert Védrine supervise les travaux. Florence Parly traite le volet défense, Ross McInnes, président du conseil d’administration de Safran, suit les questions économiques et industrielles, Sarah El Haïry travaille sur les dossiers éducatifs, tandis que Christian Masset est chargé des aspects diplomatiques et de l’enseignement français.
Le traité doit organiser la relation franco-marocaine dans un cadre plus stable que l’actuel « partenariat d’exception renforcé » et limiter l’effet des alternances politiques françaises sur les engagements bilatéraux.
Des annonces réparties entre juillet et l’automne
La Réunion de haut niveau doit permettre de sélectionner les projets suffisamment avancés pour faire l’objet d’annonces immédiates. Les dossiers encore en négociation ou présentant une portée politique supérieure devraient être réservés à la visite d’État de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en France, envisagée pour octobre 2026.
Cette visite reste soumise à plusieurs incertitudes. Selon Africa Intelligence, une partie de l’entourage royal s’interroge sur son intérêt diplomatique à quelques mois de la fin du mandat d’Emmanuel Macron, prévue en mai 2027. Le contenu de l’agenda et le niveau d’avancement des projets seront donc déterminants pour confirmer le déplacement.






