Trois jours après le décès de feu Ali Fassi Fihri, la parole est venue de la famille proche. Non pas une parole officielle, ni un hommage de circonstance, mais deux textes intimes, traversés par le chagrin, la reconnaissance et cette pudeur particulière qui accompagne les grandes pertes.
Sa fille, Zhor Fassi Fihri, réalisatrice et productrice, a publié un message bouleversant adressé à son père. Elle y parle d’un vide immense, d’un lien impossible à résumer entre un père et ses filles, d’une présence qui ne disparaît pas vraiment. Derrière l’ancien haut responsable, c’est l’homme de la maison qui apparaît : un père attentif, sensible, protecteur, inquiet par amour, toujours présent sans jamais empêcher, toujours encourageant sans jamais juger.
Son texte, profondément personnel, évoque aussi « un personnage unique, entier, inoubliable », dont « l’intelligence hors du commun » l’a toujours impressionnée. Zhor Fassi Fihri y raconte un père qui aimait transmettre, partager sa vision du monde et accompagner les élans de ceux qu’il aimait. Elle rappelle qu’il accueillait chacun de ses projets « sans jamais la freiner ni la décourager », laissant ainsi apparaître un amour paternel fait de confiance, de veille silencieuse et de liberté accordée.
Elle évoque également des traces plus secrètes : un poème retrouvé dans ses archives, comme une preuve silencieuse d’un amour qui ne cherchait pas à se montrer, mais qui savait demeurer. « Merci d’avoir été mon papa », écrit-elle, dans une phrase simple, presque enfantine, et d’autant plus forte qu’elle dit tout.
Son neveu, Brahim Fassi Fihri, fils du conseiller royal Taieb Fassi Fihri et président de l’Institut Amadeus, a également pris la parole. Son hommage garde la même émotion, avec une tonalité différente : celle d’un homme qui perd une présence tutélaire. Il décrit son oncle comme un pilier, une boussole, presque un deuxième père. Il se souvient de sa parole juste, de ses réprimandes bienveillantes, de ses formules si personnelles, de cette présence centrale qui donne à une famille une forme d’équilibre.
Dans son message, Brahim Fassi Fihri insiste aussi sur la conception du service public incarnée, selon lui, par le défunt : celle des grands commis de l’État qui ne recherchent ni lumière, ni mise en avant artificielle. À ses yeux, Ali Fassi Fihri appartenait à cette génération d’hommes pour qui servir le Maroc relevait d’un devoir silencieux, exercé avec loyauté, humilité, discrétion et sens profond de l’État.
Brahim Fassi Fihri rappelle également l’hommage rendu par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à feu Ali Fassi Fihri. Le message royal de condoléances, adressé à la famille du défunt, a constitué pour les siens une source de fierté et de réconfort. Il venait saluer le parcours d’un serviteur de l’État, mais il touchait aussi une famille endeuillée, en reconnaissant la valeur d’un homme qui avait consacré sa vie au service de son pays avec droiture et fidélité.
Ces deux réactions disent finalement la même chose, chacune à sa manière : Ali Fassi Fihri laisse derrière lui bien plus qu’un parcours. Il laisse une présence, des mots, des gestes, une façon d’aimer, de guider et de transmettre. Pour le pays, il fut un homme de devoir. Pour les siens, il restera d’abord un père, un oncle, une boussole.


