Main arrachée, doigts perdus : la mobilisation de la Gen Z française prend désormais un tour dramatique. Face à une répression dénoncée comme sanglante et incompréhensible contre une jeunesse qui réclame de meilleures conditions d’éducation, l’affaire de Lens cristallise la colère. À six mois de la présidentielle de 2027, une autre question surgit : ce soulèvement générationnel peut-il bouleverser une campagne électorale dans laquelle le vote des jeunes s’annonce déjà comme l’un des enjeux majeurs ?
Au lendemain de la mutilation d’un lycéen de 15 ans devant le lycée Auguste Béhal de Lens, de nouveaux éléments viennent préciser l’affaire. Des vidéos authentifiées et un témoignage recueilli par Le Monde orientent vers une explosion compatible avec une grenade GM2L. L’état de l’adolescent pourrait par ailleurs être plus grave qu’annoncé initialement. Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez doit s’expliquer devant les députés sur la doctrine de maintien de l’ordre.
L’enquête sur la mutilation d’un lycéen de 15 ans, lundi 5 octobre à Lens, se concentre désormais sur la grenade utilisée par les forces de l’ordre.
Le Monde indique avoir authentifié plusieurs vidéos tournées à proximité du lycée Auguste Béhal et recueilli le témoignage d’une personne ayant assisté à la scène. Selon cette enquête, les caractéristiques de l’explosion apparaissent compatibles avec celles d’une GM2L, une grenade utilisée par les forces de l’ordre françaises. Son identification formelle n’est toutefois pas encore établie.
Cette précision est importante alors que les premières informations policières évoquaient une grenade de désencerclement. Mardi matin, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a, de son côté, parlé d’une « grenade assourdissante ». L’IGPN devra notamment déterminer précisément la munition employée et les conditions dans lesquelles elle a été utilisée.
Des blessures potentiellement plus graves
L’état de santé de l’adolescent pourrait également être plus lourd que ce qui avait été communiqué lundi.
Marine Tondelier, députée écologiste du Pas-de-Calais, présente à Lens mardi matin, affirme que le jeune homme a perdu l’usage de sa main gauche ainsi que deux doigts de la main droite. Elle indique également que les médecins s’interrogeraient sur la nécessité d’une amputation plus haute du membre gauche, au niveau du poignet ou du coude.
Ces éléments, rapportés par l’AFP, n’ont cependant pas encore été confirmés officiellement par l’hôpital ou le parquet et doivent donc être considérés avec prudence.
La question essentielle demeure également sans réponse : le lycéen a-t-il ramassé la grenade ou celle-ci a-t-elle atterri sur lui ?
Une source policière affirme qu’il aurait tenté de récupérer la grenade pour la relancer. Mais le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, avait indiqué lundi ne pas pouvoir confirmer cette version. L’enquête confiée à l’IGPN pour violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente doit précisément reconstituer la séquence.
Laurent Nuñez convoqué devant les députés
L’affaire de Lens dépasse désormais le seul cadre judiciaire.
Laurent Nuñez doit être auditionné mercredi 7 octobre par la commission des lois de l’Assemblée nationale. Les députés doivent l’interroger sur la doctrine française du maintien de l’ordre alors que plusieurs enquêtes ont été ouvertes depuis le début de la mobilisation lycéenne.
Le ministre de l’Intérieur défend pour l’instant le recours aux armes intermédiaires lorsque les manifestations basculent, selon lui, dans les violences urbaines, à condition que leur utilisation reste légale et proportionnée.
Mais l’image d’un adolescent de 15 ans mutilé par une grenade policière place désormais l’usage de ces armes au centre du débat politique français sur le maintien de l’ordre.



