Crâne rasé, lunettes fines, moustache et bouc : la ressemblance avec Walter White saute aux yeux. Elle pourrait n’être qu’un clin d’œil. Elle devient troublante lorsque le scénario s’emballe. En quelques jours, Mounir Laymouri, maire de Tanger, dirigeant du PAM et homme d’affaires solidement implanté des deux côtés du détroit, passe d’une campagne électorale victorieuse à l’Espagne, d’un mandat de recherche annoncé comme international à son retour de Malaga, puis de la garde à vue à la prison. Au milieu : deux bureaux de vote, des sacs de bulletins, un appartement d’hôtel, des images effacées puis récupérées et des communications téléphoniques. Si les faits qui lui sont reprochés sont établis, l’affaire aura dépassé depuis longtemps le destin d’un seul homme. Comme dans Breaking Bad, une décision en entraîne une autre, puis une autre, jusqu’au moment où plus personne ne maîtrise la réaction en chaîne. Et pour le PAM de Fatima Ezzahra El Mansouri, qui croyait pouvoir tourner la page d’« Escobar du Sahara », Abdelilah Benkirane a déjà trouvé le nom du nouveau boulet : le sac d’Al Qods.
COLD OPEN – Le sac
Dans Breaking Bad, les meilleures séquences commencent rarement par une explication.
Elles commencent par une image.
Un pantalon flotte dans le ciel du Nouveau-Mexique. Un camping-car traverse le désert. Deux corps apparaissent sur le sol.
Et seulement ensuite vient la question : comment en est-on arrivé là ?
À Tanger, le cold open tient dans un sac.
Mercredi 23 septembre 2026. Jour d’élections législatives. École Al-Qods, quartier Souani. Un homme est découvert avec des bulletins électoraux hors du circuit normal du vote. L’incident déclenche une enquête judiciaire. Les investigations finiront par concerner deux bureaux de vote et plusieurs personnes chargées précisément de garantir le déroulement régulier du scrutin.
À ce moment-là, personne ne connaît encore l’ampleur de ce qui va suivre.
Abdelilah Benkirane, lui, saisit immédiatement l’opportunité politique.
Le 24 septembre, le secrétaire général du PJD propose sarcastiquement au PAM d’abandonner son emblème historique, le tracteur , au profit du « sac », en référence aux bulletins découverts à Tanger. Il pousse même la provocation jusqu’à comparer le sac à ceux servant à transporter le kif ( cannabis ).
En une sortie, Benkirane vient de faire ce que les adversaires politiques savent faire de mieux : réduire une affaire compliquée à une image que tout le monde peut retenir.
Le sac d’Al Qods.
Watergate avait son immeuble.
Breaking Bad avait son chapeau.
Le PAM pourrait désormais avoir son sac.

PILOT – La première ligne
La véritable morale de Breaking Bad n’est pas qu’un homme se réveille un matin devenu Heisenberg.
Walter White franchit une ligne.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Et chaque ligne franchie rend la suivante un peu moins impossible.
Mounir Laymouri n’est pas un militant anonyme surpris à proximité d’un bureau de vote. Il est maire de Tanger, secrétaire provincial du PAM à Tanger-Assilah et l’une des figures les plus visibles du parti dans la ville.
Avant même le scrutin, une partie de la presse locale le présente comme ayant été choisi pour piloter la campagne du candidat PAM Abdellatif El Ghalbzouri. D’autres sources ont par la suite disputé l’intitulé formel de « directeur de campagne », attribuant cette responsabilité officielle à Noureddine Achahchah. Mais une chose n’est pas sérieusement contestée : Laymouri appartient au premier cercle politique et organisationnel du PAM tangérois pendant cette campagne.
Le 23 septembre, après l’incident d’Al-Qods, Laymouri et El Ghalbzouri se rendent eux-mêmes à la préfecture de police pour déposer, selon le parti, une plainte contre X.
À cet instant, Laymouri se trouve encore publiquement du côté de ceux qui demandent que la lumière soit faite.
Vingt-quatre heures plus tard, il est en Espagne.
THE DISAPPEARER – L’Espagne
Jeudi 24 septembre au soir, au lendemain du scrutin et alors que le scandale d’Al-Qods vient d’éclater, Mounir Laymouri quitte le Maroc pour l’Espagne.
Selon plusieurs publications, sa famille le rejoint ensuite. Lui expliquera avoir un rendez-vous professionnel et des affaires à régler de l’autre côté du détroit. Il contestera toute fuite et soutiendra qu’aucune mesure judiciaire ne lui avait été notifiée au moment de son départ.
Le timing, lui, demeure dévastateur.
Le maire d’une grande ville quitte le pays au lendemain d’un scrutin dont deux bureaux font déjà l’objet d’investigations. Puis son nom apparaît dans les auditions.
Le 26 septembre, plusieurs médias marocains annoncent alors une مذكرة بحث دولية, un mandat de recherche international, contre le maire de Tanger. D’autres sources, notamment Le360, évoquent parallèlement un mandat national. La portée internationale n’a pas fait l’objet, à ce stade, d’un communiqué public du parquet, mais la formulation est largement reprise et entre immédiatement dans le récit médiatique de l’affaire.
Côté espagnol, le mot employé est encore plus simple : fuite.
Laymouri dément.
Il affirme qu’il reviendra.
Selon des sources proches du dossier, à ce stade des investigations, rester en Espagne n’était de toute façon plus une option soutenable : politiquement, la disparition prolongée aurait été ravageuse ; judiciairement, elle aurait aggravé l’image laissée par son départ.
Dans Breaking Bad, Ed Galbraith possède un métier étrange : faire disparaître les gens.
À Tanger, il n’y aura ni aspirateur réparé, ni nouvelle identité, ni chalet perdu dans le New Hampshire.
Mounir Laymouri va reprendre l’avion sous son propre nom.

THE RESPECTABLE MAN – Celui qui chaussait l’armée espagnole
Pourquoi l’Espagne ?
La réponse n’est pas seulement géographique.
Mounir Laymouri y possède depuis longtemps un véritable écosystème d’affaires, en plus de disposer d’un titre de séjour.
L’homme politique est également industriel du secteur de la chaussure. La presse espagnole a reconstitué après son arrestation une partie de ce réseau.
En 2011, Laymouri crée en Espagne Abarca Internationale 2011 SL, structure liée à ses activités de fabrication de chaussures. Elle devient l’un des véhicules de ses relations avec la société espagnole Calzados Robusta.
Le sujet devient beaucoup plus intéressant lorsqu’apparaissent les marchés publics.
En 2025, le ministère espagnol de la Défense attribue 17,1 millions d’euros à une UTE formée notamment par Calzados Robusta pour la fourniture de bottes militaires. Une partie des opérations de fabrication passe par Abantic, usine tangerine liée à Laymouri. Robusta reconnaît qu’Abantic demeure son principal fournisseur marocain et réalise une part importante de ses travaux de piquage.
La Police nationale espagnole apparaît elle aussi dans cette chaîne : des groupements comprenant Robusta ont obtenu environ 4,6 millions d’euros de contrats de chaussures destinées aux policiers espagnols.
Et l’histoire ne s’arrête pas à l’Espagne.
Laymouri dirige également Argumo, entreprise de Tanger spécialisée dans la chaussure professionnelle et militaire. La société cite parmi ses références les Forces armées royales, la DGSN, la Gendarmerie royale, mais également Robusta et le groupe espagnol Iturri.

Une procédure publique italienne apporte un élément supplémentaire : Iturri a participé à un appel d’offres des Carabinieri en s’appuyant sur les capacités industrielles d’Argumo en qualité d’entreprise auxiliaire. Le document des Carabinieri fait expressément apparaître ARGUMO SARL AU, établie au Maroc.
Rien, dans ces relations industrielles, ne constitue en soi une irrégularité. Elles sont distinctes du dossier électoral.
Mais elles permettent de comprendre une chose : lorsque Laymouri explique qu’il avait des affaires en Espagne, il possède effectivement des intérêts professionnels importants de l’autre côté du détroit.
Elles rendent en revanche la question initiale encore plus intéressante :
pourquoi partir précisément le 24 septembre ? Pourtant, une journée de célébration de la victoire tant attendu du parti depuis 18 ans !
THE HOUSE – Le mystère José Bono
Une autre histoire espagnole vient alors croiser celle du maire.
José Bono.
Ancien ministre espagnol de la Défense. Ancien président du Congrès des députés. Poids lourd historique du PSOE.
En 2021, Bono achète dans la médina de Tanger l’ancienne maison-atelier du peintre catalan Josep Tapiró.
La même année, Mounir Laymouri devient maire.
Puis la maison commence à grandir.
Selon une enquête de The Objective, Bono acquiert progressivement plusieurs immeubles mitoyens. La propriété serait passée d’environ 700 à plus de 1 800 m². Des photographies de 2023 montrent par ailleurs la construction d’au moins un étage supplémentaire sur l’immeuble historique, dans un secteur soumis à des contraintes patrimoniales importantes.
Le journal espagnol évoque ensuite un projet de complexe hôtelier de luxe qui aurait nécessité une connexion vers le front de mer à travers la muraille historique, opération qui, selon ses informations, nécessitait le feu vert de la municipalité.
C’est ici qu’une enquête sérieuse doit résister à la tentation d’aller trop vite.
Il est établi que ces transformations se sont déroulées sous le mandat de Laymouri.
Il est établi que l’extension en hauteur soulève des interrogations patrimoniales.
Il est établi que certains développements envisagés nécessitaient une autorisation municipale.
Ce qui reste à produire est le document décisif : quelle autorisation a été accordée, par qui, sur quelle base urbanistique et avec quelle conformité ?
Autrement dit, il ne s’agit pas encore d’écrire que Laymouri a signé personnellement une autorisation illégale.
Il s’agit de poser la question beaucoup plus embarrassante :
comment un immeuble historique protégé a-t-il pu connaître une telle transformation pendant son mandat ?

FACE OFF – Revenir
Lundi 28 septembre.
Vol Malaga-Tanger.
Mounir Laymouri tient sa promesse : il revient.
À 7 h 10, à sa descente d’avion à l’aéroport Ibn Battouta, les policiers l’attendent. Il est immédiatement interpellé et remis à la police judiciaire.
Voilà le véritable sens du titre.
Revenir et mourir.
Pas mourir physiquement.
Commencer à mourir politiquement.
Laymouri avait quitté Tanger avec l’affaire derrière lui.
En revenant de Malaga, il la retrouve devant lui.
Dans Breaking Bad, on peut changer de téléphone, de voiture, de nom, de ville ou de version.
Il est beaucoup plus difficile de changer de conséquences.
NO MORE HALF MEASURES – L’État entre dans la pièce
À partir du 28 septembre, le récit change de niveau.
Ce n’est plus une bataille de communiqués entre partis.
Le ministère de l’Intérieur intervient officiellement.
Son communiqué parle des « irrégularités ayant entaché l’opération électorale dans deux bureaux de vote » à Tanger-Assilah et annonce l’envoi à Tanger d’une commission centrale d’inspection chargée de mener les recherches administratives et de déterminer les responsabilités.
Deux bureaux.
Le mot « entaché ».
Une commission centrale.
Dans Breaking Bad, Mike Ehrmantraut possède une règle :
No more half measures.
Plus de demi-mesures.
L’État vient de prendre l’affaire à son compte.

THE LAB – Une chambre d’hôtel, deux sacs
Puis arrive le 1er octobre.
Et avec lui, le communiqué le plus lourd.
Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger annonce l’interpellation de deux nouveaux suspects et livre les premiers résultats des expertises techniques.
Le premier travaille comme comptable dans une entreprise.
Selon le parquet, il participe au marquage de bulletins sur le symbole d’un parti à la demande de son employeur, désigné comme le « deuxième suspect ».
Le décor ?
Pas un bureau politique.
Pas une permanence électorale.
Un appartement dans une unité hôtelière.
Le parquet y situe le deuxième suspect, son comptable et deux autres personnes.
Avec eux : deux sacs contenant des bulletins de vote.
Les personnes présentes auraient participé au marquage de ces bulletins.
Le communiqué ne nomme pas explicitement le deuxième suspect.
Mais les développements judiciaires du même jour et plusieurs médias, dont Le360, l’identifient comme Mounir Laymouri, présenté avec le comptable devant le parquet avant son placement en détention provisoire.
La mécanique décrite est désormais autrement plus grave que l’image initiale d’un homme surpris avec un sac.
Sortie des bulletins.
Appartement.
Marquage.
Sacs.
Retour vers les bureaux.
Dans Breaking Bad, le laboratoire est l’endroit où des éléments ordinaires changent chimiquement de nature.
À Tanger, selon le parquet, c’est dans un appartement d’hôtel que des bulletins auraient changé politiquement de nature.

DEAD FREIGHT – La caméra que l’on croyait morte
Puis vient la séquence qu’aucun scénariste n’aurait osé ajouter sans craindre d’en faire trop.
Les caméras de surveillance.
Leurs enregistrements ont été délibérément effacés.
Les enquêteurs les récupèrent grâce à une expertise technique.
Et les images parlent.
Selon le parquet, elles montrent le deuxième suspect dans l’appartement avec son comptable et deux autres personnes déjà détenues dans l’affaire.
Elles montrent également l’homme soupçonné d’avoir sorti puis rapporté les bulletins.
Surtout, les enquêteurs établissent que les deux sacs apparaissant dans l’appartement correspondent à ceux retrouvés ensuite dans les bureaux de vote.
Quelqu’un avait voulu effacer la scène.
La scène est revenue.
Dans Breaking Bad, faire disparaître la trace devient souvent plus compliqué que l’acte lui-même.
À Tanger, la caméra que l’on croyait morte s’est remise à parler.

BETTER CALL OUAHBI
Et puis vient le téléphone.
L’expertise du portable du deuxième suspect révèle, selon le parquet, plusieurs communications avant et pendant le jour du scrutin avec deux suspects déjà placés en détention préventive.
Le parquet demande l’ouverture d’une instruction.
Le juge va plus loin. Laymouri est inculpé notamment pour atteinte aux opérations de vote dans le but de modifier ou tenter de modifier le résultat du scrutin, participation à la falsification d’un document public et corruption par offre, promesse ou don. Il est placé en détention provisoire.
À partir de là, la série change.
Le temps de la campagne est terminé.
Celui des juges et des avocats commence.
Et au PAM, un homme possède précisément le profil du rôle.
Abdellatif Ouahbi.
Avocat.
Ancien secrétaire général du PAM.
Ministre de la Justice sortant.
Il n’est pas, à notre connaissance, l’avocat de Mounir Laymouri.
Mais politiquement, Better Call Ouahbi fonctionne presque trop bien.
Le 2 octobre, Ouahbi intervient publiquement. Sa ligne consiste à renvoyer le dossier à la justice et à défendre l’individualisation des responsabilités : les agissements éventuellement imputables à un individu ne peuvent, selon lui, devenir une preuve contre le PAM dans son ensemble ni remettre automatiquement en cause son résultat électoral.
Juridiquement, la défense est cohérente.
Un homme répond de ses actes. Un parti n’en devient pas automatiquement coauteur.
Seulement voilà.
La politique n’est pas un tribunal.
Ouahbi plaide la responsabilité individuelle.
Benkirane fabrique la responsabilité symbolique.
Better Call Ouahbi, donc.
Non pour sauver Laymouri du juge.
Pour tenter de sauver le tracteur du sac.

SAY MY NAME
Au début de l’affaire, les communiqués parlent d’« un homme ».
Puis d’« un suspect ».
Puis de « l’employeur ».
Puis du « deuxième suspect ».
Et progressivement, derrière les formulations administratives apparaît un nom.
Mounir Laymouri.
Le maire de Tanger.
Le secrétaire provincial du PAM.
L’industriel travaillant avec des fournisseurs européens.
L’homme parti en Espagne après le scrutin.
Celui qui revient de Malaga.
Celui que la police attend.
Celui qui est désormais détenu.
Le 2 octobre, le PAM lui-même prend acte du danger : sa Commission nationale d’arbitrage et d’éthique gèle son adhésion dans l’ensemble des structures du parti.
Et le dossier continue.
Jeudi 8 octobre, le juge d’instruction doit ouvrir les interrogatoires détaillés de huit mis en cause, dont Laymouri. Ils seront confrontés aux éléments issus des investigations, aux constatations matérielles et aux expertises techniques recueillies depuis le 23 septembre.
Say my name.
Cette fois, le nom est dans le dossier.
FLY – La contamination
Il existe un épisode singulier de Breaking Bad : Fly.
Une mouche entre dans le laboratoire.
Walter White devient obsédé par elle.
Pourquoi ?
Parce qu’une contamination minuscule peut suffire à compromettre tout un lot.
C’est précisément le problème politique du PAM.
Juridiquement, le parti peut soutenir qu’un homme répond seul de ses actes. Politiquement, l’affaire se laisse beaucoup moins facilement circonscrire : les sacs d’Al-Qods sont désormais associés à l’une de ses principales figures à Tanger et à une campagne électorale dont la victoire vient de porter Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. La 1ère femme de l’histoire du Royaume à accéder ce poste.
La nouvelle patronne de l’Exécutif espérait précisément refermer une autre page empoisonnée du parti : celle d’Escobar du Sahara, qui s’est achevée en première instance par de lourdes condamnations contre Abdenbi Bioui et Saïd Naciri. À peine ce boulet commençait-il à s’éloigner, entre autres grâce à la magie opérée par Fouzi Lekjaa, le temps d’une campagne, qu’un autre objet entrait dans l’histoire. Pas une cargaison de drogue. Pas un narcotrafiquant malien. Un sac de bulletins. Et peut-être, pour El Mansouri, une nouvelle contamination politique dont elle n’a choisi ni le moment ni le symbole.

THE PINK TEDDY BEAR – L’effet papillon du mal
C’est ici que la référence à Breaking Bad cesse d’être une plaisanterie sur un crâne rasé, des lunettes et un bouc.
Elle devient une morale.
Une saison entière de la série repose sur une idée : le mal voyage.
Une décision intime provoque une conséquence.
Cette conséquence en provoque une autre.
Puis une autre encore.
Jusqu’à ce que les débris d’un événement gigantesque retombent dans la piscine d’un homme qui croyait son premier choix très éloigné de tout cela.
Le fameux nounours rose est moins le symbole d’une catastrophe que celui d’une causalité devenue incontrôlable.
C’est l’effet papillon du mal.
Et si les faits décrits par le parquet finissent par être judiciairement établis, Tanger aura produit sa propre réaction en chaîne.
un bulletin
puis un sac
puis l’arrestation
puis la détention
puis un maire suspendu par son propre parti
et finalement une affaire locale devenue problème national pour le vainqueur des élections.
Voilà une réaction en chaîne.

THE BAG – Benkiran l’opportuniste
Abdelilah Benkiran possède désormais un avantage.
Il n’a pas besoin de maîtriser les articles du Code pénal.
Il n’a même pas besoin d’attendre les centaines de pages que produira l’instruction.
Il possède quelque chose de plus efficace dans une bataille politique : la symbolique du sac
Dès le 24 septembre, il propose de remplacer le tracteur du PAM par le « sac ». La formule est railleuse, après les communiqués du ministère de l’Intérieur et du parquet, elle devient autrement plus corrosive.
Ouahbi plaide la responsabilité individuelle. Benkirane, lui, travaille la mémoire politique.

FELINA – Revenir et mourir
À la fin de Breaking Bad, les excuses tombent. Walter White finit par reconnaître : « I did it for me. » ( Je l’ai fait pour moi )
Si les faits reprochés à Mounir Laymouri sont établis, sa chute dira la même chose : un choix individuel peut finir par contaminer tout un parti. Un bulletin devient un sac, le sac devient une affaire, et l’affaire finit par peser sur une victoire électorale entière.
Laymouri avait quitté Tanger avec le scandale derrière lui. À son retour de Malaga, il l’a retrouvé devant lui.
C’est l’effet papillon du mal que traite la série Breaking Bad: on choisit ses actes, jamais jusqu’où porteront leurs conséquences.
Fatima Ezzahra El Mansouri pensait enfin refermer le lourd chapitre d’Escobar du Sahara. L’histoire politique, cruelle dans ses symboles, vient peut-être de lui en ouvrir un autre : Benkirane lui a déjà trouvé un nom : le sac d’Al Qods.


