Invité de la rubrique « Le Grand Invité Afrique » sur RFI, Abdelmalek Alaoui a livré son analyse après le démantèlement d’une cellule terroriste au Maroc. Le spécialiste des questions stratégiques estime que cette affaire marque une évolution de la menace portée par l’État islamique au Sahel, avec des cellules appelées à rester dans les pays ciblés pour y préparer des actions.
Le Bureau central d’investigations judiciaires – BCIJ- a annoncé le démantèlement d’une cellule terroriste, ayant prêté allégeance à Daech, sur la base de renseignements précis fournis par la Direction générale de la surveillance du territoire. Les interventions, exécutées par la force spéciale relevant de la DGST dans sept villes du Royaume, ont permis l’interpellation de dix personnes. Cette opération a été commentée sur RFI par Abdelmalek Alaoui, invité de la rubrique « Le Grand Invité Afrique ».
Interrogé sur le fait que cette cellule n’aurait pas été destinée à envoyer des combattants à l’étranger, mais à frapper le territoire marocain, Abdelmalek Alaoui a évoqué une « inversion du centre de gravité » de la menace. Selon lui, le schéma observé jusqu’ici reposait principalement sur une exportation de jihadistes vers la région du Sahel. Dans ce dossier, il voit au contraire une situation différente, où des unités seraient incitées à rester dans les pays considérés comme des zones de mission.
Pour l’invité de RFI, cette évolution traduit une transformation de l’État islamique au Sahel. Il estime que l’organisation chercherait désormais à renforcer sa capacité d’action dans des pays extérieurs à ses zones d’implantation, avec un niveau de sophistication croissant. Abdelmalek Alaoui considère, au regard des éléments rapportés, que la cellule démantelée était « très vraisemblablement » prête à passer à l’action.
Le Président de l’IMIS a également replacé cette menace dans le contexte marocain. Il rappelle que le Royaume porte un modèle religieux structuré autour de SM le Roi, Commandeur des croyants, et de la promotion d’un islam du juste milieu, de rite malékite. Selon lui, viser le Maroc reviendrait ainsi à s’attaquer à un symbole de cet islam modéré.
Abdelmalek Alaoui souligne que, depuis les attentats de 2003, le Maroc a mis en place une approche qu’il qualifie de tridimensionnelle, reposant sur le renseignement, l’encadrement théologique et l’action sociale. Il insiste sur le fait que la précarité peut constituer un terrain favorable à la radicalisation, ce qui rend nécessaire une réponse qui ne soit pas uniquement sécuritaire.
Dans ce cadre, il cite également le rôle de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, qui contribue à la formation d’imams sur le continent. Pour lui, cette action constitue un « antidote doctrinal » face au jihadisme sahélien, en renforçant la diffusion d’un référentiel religieux opposé aux discours extrémistes.
Revenant sur l’organisation interne de la cellule présumée, Abdelmalek Alaoui estime que les éléments évoqués traduisent une structuration avancée. Il mentionne notamment une répartition des rôles entre plusieurs groupes, chargés de l’identification des cibles, de l’acquisition de matériel et de l’assemblage d’engins explosifs, le tout sous coordination de cadres de l’État islamique établis à l’étranger.
Pour le spécialiste des enjeux sécuritaires, ce mode de fonctionnement correspond à celui d’organisations terroristes arrivées à un stade de maturité. Il évoque l’usage de communications cryptées, l’existence de cellules compartimentées et la disponibilité probable de financements. À ses yeux, le groupe n’en était plus au stade de l’endoctrinement, mais à celui de la planification tactique.
Abdelmalek Alaoui a aussi abordé la dimension régionale de la menace, dans un contexte d’expansion de l’État islamique au Sahel, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Il estime que le Maroc a maintenu un dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel et s’est positionné comme un « tiers de confiance » dans les relations entre le Maroc, le Sahel, la France et d’autres partenaires internationaux.
L’intervenant met également en avant la doctrine marocaine visant à désenclaver le Sahel. Il cite à ce titre l’initiative atlantique promue par le Roi Mohammed VI, destinée à favoriser les échanges économiques dans cette région. Selon lui, l’insécurité reste alimentée par la précarité économique, ce qui rend nécessaire une approche mêlant sécurité, développement et coopération régionale.
Sur le plan international, Abdelmalek Alaoui rappelle l’importance de la coopération sécuritaire avec les États-Unis, notamment à travers l’exercice African Lion, organisé régulièrement au Maroc. Il explique que le Royaume offre des terrains d’entraînement variés, entre désert et montagne, permettant de simuler différents théâtres d’opérations.
Concernant Israël, il indique qu’il n’existe pas d’éléments publics détaillant la portée de cette coopération, tout en rappelant que le Maroc reste sur une ligne ferme en faveur de la solution à deux États. Avec la France, il estime que la coopération sécuritaire a repris après l’amélioration des relations diplomatiques à l’automne 2024.
Enfin, Abdelmalek Alaoui met en avant le rôle du renseignement marocain dans la coopération antiterroriste internationale, en particulier avec la France. Il rappelle que la DGST a déjà contribué à des dossiers sensibles, citant notamment l’apport du renseignement marocain dans la localisation d’Abdelhamid Abaaoud. Le spécialiste souligne également que cette coopération ne se limite pas à l’Europe, mais s’inscrit dans une logique panafricaine, avec la formation d’officiers par la DGST dans plusieurs pays du continent, dont le Gabon, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Conakry, Madagascar et la Tanzanie.
Selon lui, cette coopération doit être renforcée face à une menace terroriste qui demeure active et évolutive. Abdelmalek Alaoui insiste sur une spécificité du modèle marocain : le refus d’une approche exclusivement technologique. Pour l’invité de RFI, le renseignement humain conserve une place centrale dans l’efficacité du dispositif sécuritaire. Dans ce contexte, le dialogue permanent avec les partenaires étrangers et la capacité à agir au-delà des frontières apparaissent comme des éléments essentiels de la lutte contre le terrorisme.
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