Israël favorable à une intervention de l’Egypte en Syrie pour limiter l’influence de l’Iran

Terrain militaire et diplomatique privilégié de la Russie, de la Turquie, de l’Iran et de l’Arabie saoudite, la Syrie voit entrer, pour la première fois, l’Egypte en tant qu’acteur actif dans les négociations diplomatiques entre les parties belligérantes dans la guerre qui déchire le pays depuis six ans. Sur instigation américaine et saoudienne et avec l’aval de Moscou, cette intervention du Caire est très bien acceptée voire encouragée par Israël qui ne désire pas que la solution passe uniquement par l’axe Ankara-Téhéran sous égide russe. Partenaire privilégié de Tel-Aviv dans la lutte anti-terroriste, aux côtés de Ryad et de Amman, Le Caire tente de juguler la menace iranienne sur les intérêts israéliens et stopper toute hégémonie future de l’Iran sur la Syrie.

Les négociations entre les milices rebelles et le régime syrien à Ghouta al-Sharqiya et les quartiers nord de la ville de Homs sont du fait des services secrets égyptiens qui ont réussi à obtenir un accord de cessez-le-feu dans cette partie sensible et importante du pays.

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Et le Mossad israélien suit de très près et protège ces mouvements égyptiens notamment depuis la rencontre entre Benjamin Netanyahu et le président russe Vladimir Poutine et suite à la rencontre à Washington du patron des services secrets israéliens au Pentagone et au siège de la CIA. Yossi Cohen a tenté de convaincre ses partenaires américains de faciliter l’action égyptienne en Syrie en vue de couper la voie à l’Iran qui règne en maître presqu’absolu dans le pays de Bachar al-Assad.

«Assad fait partie de la solution»

C’est le leitmotiv cher au Rais égyptien, le maréchal Abdelfattah al-Sissi. Pour lui, l’Egypte continue de soutenir «les armées nationales dans la résolution des crises et le maintien de la sécurité dans la région», un appui clair au régime de Bachar al-Assad et de son armée.

Déjà, en octobre 2016, le patron des services secrets égyptiens avait reçu au Caire son homologue syrien, Ali Mamlouk. Et, plus récemment, une délégation d’hommes d’affaires égyptiens se trouvait à Damas pour y rencontrer le ministre syrien des Affaires étrangères. Il s’agit d’un signal diplomatique clair en faveur du pouvoir en place malgré le boycott des pays arabes.

Une réhabilitation de la République arabe unie ?

Il serait peut-être prétentieux de penser à une réhabilitation de la défunte et éphémère République arabe unie qui a réuni entre 1958 et 1961, et en un seul Etat, les régimes socialistes pro-Moscou en Syrie et en Egypte. Mais le rapprochement aujourd’hui entre ces deux pays peut annoncer la réactivation de l’axe Damas-Le Caire tant sur le plan militaire que diplomatique. Sauf veto israélien, le projet est viable techniquement.

Même l’Arabie saoudite ne réclame plus le départ de Bachar al-Assad comme condition sine qua non de la résolution de la crise en Syrie. Depuis le limogeage du puissant prince héritier saoudien Mohammed Ben Nayef et son remplacement par son cousin Mohammed Ben Salmane, la politique de Ryad vis-à-vis du dossier syrien a changé de fond en comble.

Le rapprochement des points de vue entre Ryad et le Caire sur ce dossier-là est intervenu quand l’Egypte s’est alignée sur la position de l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis dans les sanctions contre le Qatar et, aussi, pour réduire l’influence iranienne grandissante en Syrie et celle de la Turquie qui occupe une partie non négligeable du territoire syrien dans le cadre d’une alliance tripartite entre la Turquie, l’Iran et la Russie, dans laquelle l’Arabie saoudite, comme les États-Unis, tentent, difficilement, de se frayer une place. Mais grâce à l’intercession de Tel-Aviv, Ryad et Washington se permettent un léger droit de regard sur le dossier syrien, avec bien sûr l’indulgence de Bachar al-Assad qui réclame, en contrepartie, un rôle fondamental en tant qu’acteur de la solution, ce qu’il a presque obtenu, du moins sur le terrain.

Abdellah El Hattach 

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