La guéguerre Mezzour-Seddiki menace le projet de la gigafactory de batteries électriques

Les bisbilles entre Ryad Mezzour d’une part, Mohcine Jazouli et Ali Seddiki d’autre part pourraient coûter très cher au Maroc. L’annonce faite par le Ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de l’U.S.-Africa Business Summit 2022, a d’ores et déjà compromis les négociations avec l’industriel étranger porteur du projet de la gigafactory de batteries électriques. La sortie «suspecte» de Mezzour a poussé le concurrent du Royaume, la Hongrie a proposé de nouveaux avantages à cet industriel. 9000 emplois et un investissement de plus de 2 milliards de dollars sont en passe de partir en fumée.

Contrairement à la mise en scène du Chef du Gouvernement de ce vendredi, il n’y a plus d’alliance gouvernementale qui tienne.


Après le sacrifice de la ministre Pamiste Leila Benali sur l’autel de la Samir, la solidarité avec le contestation sociale contre la cherté du gasoil, exprimée par l’homme fort du parti du tracteur, Samir Goudar, nous révélons aujourd’hui un scandal qui a mis probablement fin à la fragile alliance entre RNI et le parti de l’Istiqlal.

Une affaire qui démontre encore une fois, que Aziz Akhannouch s’embourbe jour après jour dans le conflit d’intérêt et les polémiques à répétition. Ne maitrisant plus ni ses ministres, ni son avenir.


La scène se déroule le jeudi 21 juillet à Marrakech et plus précisément au plais de congrès de la ville qui abritait la 14ème édition de l’US-Africa Business Summit. Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et d Commerce, qui participait à cette événement dans deux panels, donne une interview à Reuters : «Le Maroc envisage de créer une “gigafactory” de batteries pour véhicules électriques».

L’annonce a fait le tour du monde en quelques minutes à peine. Et pour cause : le marché des batteries électriques connait une concurrence mondiale féroce, surtout après l’annonce de la fin des moteurs thermiques dans l’Union européenne pour 2035.

«Le Maroc est en cours de négociation avec des fabricants de batteries pour véhicules électriques afin d’implanter une usine dans le pays pour s’intégrer au secteur automobile existant et à la production de cobalt», a déclaré Ryad Mezzour à Reuters.

«Nous espérons signer un accord pour l’usine avant la fin de l’année», précise le ministre à l’agence britannique.

Mezzour a refusé de donner l’identité des entreprises en question, ni le montant de l’investissement. Toutefois, il a qualifié le projet de «gigafactory», un terme largement utilisé pour les très grandes installations de production.

«L’usine prévue pour les batteries des véhicules électriques donnera un élan considérable au secteur automobile local et bénéficiera de la disponibilité d’énergies renouvelables et de matières premières telles que le cobalt et les phosphates dans le pays, a-t-il ajouté.

Ce que les marocains ne savent pas, c’est que Ryad Mezzour a révélé un secret industriel jalousement gardé depuis des mois par Mohcine Jazouli et Ali Sedikki, les deux patrons de l’investissement du gouvernement.

Alertée, la Hongrie présente une contre-offre pour barrer la route au Maroc

L’importance de l’annonce de Ryad Mezzour, l’engouement médiatique qu’elle a suscité et le silence de Aziz Akhannouch, autant de signaux faibles qui nous ont poussé à mener une enquête. Et nous n’avons pas été déçus.

Nous sommes bel et bien en présence d’un scandale politique d’une grande gravité.

Nos investigations ont révélé que le Maroc n’était pas seul en course pour l’implantation d’une gigafactory de batteries électriques. Le Royaume est toujours en concurrence avec un autre pays qui a l’appui de l’Union Européenne, la Hongrie.

Autre information de taille est que Ryad Mezzour n’avait pas le feu vert du gouvernement pour communiquer sur le sujet.

Dans sa prospection pour l’installation de sa giga usine, l’un des leaders mondiaux de la fabrication des batteries électriques avait choisi trois sites européens : l’Allemagne, la Pologne et la Hongrie. Après l’élimination de la piste allemande et polonaise, le Maroc entre en jeu. Les équipes de Mohcine Jazouli, chapeautées par son conseiller et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires, Ali Seddiki, font une offre à l’industriel asiatique qui s’est avérée plus concurrentielle que celle de la Hongrie.

«L’entreprise a avoué officieusement aux responsables marocaines en charge d’attirer l’Investissement extérieur que l’offre marocaine était la favorite», nous confie une source bien informée qui souhaite garder l’anonymat.

Concernant le degré d’implication de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et de Commerce, nous avons appris qu’il n’a eu vent du sujet que dans le cadre de quelques échanges avec l’investisseur.

«Le ministre ne connaît pas tous les tenants et aboutissants du projet puisqu’il n’a pas participé aux réunions avec l’investisseur étranger. Les responsables de ce projet n’avait aucunement l’intention de communiquer à ce stade des négociations», nous révèle une autre personne proche du dossier.

«D’ailleurs, ça n’a pas raté. Dans la semaine qui a suivie l’annonce de Ministre, les autorités hongroises sont revenus à la charge et ont mis sur la table de nouveaux avantages à l’investisseur», s’est désolée la même source.

«Ce sont 9000 emplois directes que le Maroc risque de perdre, en plus de sa crédibilité», s’est-il indigné.

Mais quelle mouche a piqué le ministre de l’Industrie et de commerce pour mettre en équation 9000 emplois directes, sa crédibilité ainsi que celle de tout un pays ?

A cette interrogation nous avons eu cette réponse : « Ce n’est ni une maladresse ni le résultat d’une incompétence… Mais le résultat d’une guerre de tranchées entre Ryad Mezzour et Ali Seddiki, le nouveau Directeur Général de l’AMDIE et ancien Directeur Général de l’Investissement et du Climat des Affaires».

Mezzour et Seddiki se détestaient déjà à l’époque de Moulay Hafid Elalamy. Le premier occupait le poste de Chef de Cabinet du ministre et le second était le Directeur général en charge de l’industrie au sein du ministère.

Ali Seddiki fait partie de la task force concoctée par MHE pour l’élaboration et le déploiement du projet de son mandat: le Plan d’Accélération Industrielle, PAI 2014-2020.

La première décision de Ryad Mezzour après son installation à la tête du nouveau ministère de l’Industrie et du Commerce a été le limogeage de son ennemie juré Ali Seddiki. Ce dernier trouve refuge au cabinet de Mohcine Jazouli, Ministre Délégué auprès du Chef du Gouvernement, chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des Politiques Publiques.

Ali Seddiki aura finalement sa revanche, le mercredi 13 juillet dernier, quand le Roi Mohammed VI le nomme à la tête de l’AMDIE, l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations. Un poste dans lequel son prédécesseur, Youssef El Bari, un proche de Mezzour, n’a tenu que 12 mois.

«C’est cette nomination royale qui a exaspéré le ministre au point de divulguer un secret industriel aussi important que l’implantation de cette gigafactory, la deuxième sur le continent en Afrique après celle de Coega en Afrique de sud et ses 50 GWh», nous confie un ancien cadre du ministère.

Gigafactories WorldMAP scaled

Aujourd’hui, la nation risque de perdre une opportunité qui allait l’inscrire dans la géoéconomie mondiale des batteries lithium-ion, à cause de l’animosité personnelle que voue un ministre à un haut responsable.

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Qui est cet investisseur mystère ? Et quel est le montant de l’investissement en jeu ? Hypothèses :

Trois informations convergentes nous ont permis d’émettre une hypothèse sur l’identité de cet industriel mystère qui serait intéressé par la construction d’un gigafactory au Maroc.

Indice n° 1 : «Gigafactory»

Elon Musk est le premier à avoir installé le concept de «gigafactory» lorsque son entreprise Tesla s’est mise à construire elle-même, en 2014, les batteries de ses voitures électriques, dans de grandes usines pour faire des économies d’échelle. Dans la sémantique «gigafactory», Giga recouvre l’aspect «des gigawatts» produits, mais également la taille gigantesque de l’usine.

Avant même l’abandon des moteurs thermiques prévu en 2035, le marché mondial des batteries pour véhicules 100% électriques et hybrides est évalué à plus de 60 milliards de dollars. Devant une telle croissance, l’industrie mondial de l’automobile, a décidé de suivre le modèle de Tesla.

L’Europe, très en retard dans le domaine, ne s’est dotée de sa première giga-usine, qu’en décembre 2021, construite par le groupe suédois de batteries électriques Northvolt.

Aujourd’hui, 38 projets de gigafactories sont annoncés en Europe. Ce qui représentera une capacité de production annuelle de 600 GWh, soit 50 % de la demande de base prévue pour 2040 sur le marché européen.

Mais avant même la maturité de ce marché sur le vieux continent, les entreprises asiatiques dominent déjà la production.

Gigafactories Europe

L’Asie, devenue un pôle majeur pour la fabrication de pièces automobiles, s’est positionnée en pionnière dans la production de batteries pour véhicules électriques. En effet, les dix constructeurs détenant les plus grandes parts de marché ont tous leur siège dans des pays asiatiques, principalement en Chine, en Corée du Sud et au Japon.

Les cinq principaux industriels du secteur, représentant ensemble plus de 80 % de la production mondiale de batteries pour l’automobile (chiffre basé sur la capacité totale produite en GWh), sont :

  1. CATL (Contemporary Amperex Technology Co) – Chine.
  2. LG – Corée du Sud.
  3. Panasonic – Japon.
  4. BYD ( détendu à 8% par Warren Buffett )- Chine.
  5. Samsung – Corée du Sud.
Gigafactory

Indice n° 2 : «Hongrie»

Nos investigations nous ont révélé que la Hongrie était en concurrence directe avec le Maroc pour la construction d’une Gigafactory.

Une recherche dans la presse internationale et hongroise, nous apprend que ce petit pays d’Europe central a annoncé durant les derniers mois, quatre projets d’usines de batteries électriques. Deux sont portés par des fabricants sud-coréens, SK innovation et Samsung, le deux restants par des entreprises chinoises, EVE Energy et le leader mondial qui fournit Tesla, CATL.

Hongrie

SK Innovation – Corée du Sud

SK Innovation, a choisi la ville de Iváncsa, à 50 kilomètres au sud-ouest de Budapest, comme lieu d’implantation de sa troisième usine dans le pays. La nouvelle usine aura une capacité de production annuelle de 30 GWh, qui permettrait de fournir des batteries pour environ 430 000 voitures électriques par an. La construction sur un site de 70 hectares à Iváncsa a commencé fin 2021 et ne sera pas achevée avant 2028. L’investissement est de 1,9 milliard d’euros avec à la clé la création de 1900 emplois directs. L’UE a appuyé ce projet en injectant 230 millions de dollars.

Hongrie

Samsung SDI – Corée du Sud

Pour sa part, Samsung SDI a investit en Hongrie, environ 1,2 milliard d’euros pour étendre la capacité de production de cellules lithium-ion et de packs de batteries pour véhicules électriques dans son usine existante située à Göd. Les travaux d’extension de capacité ont débuté en décembre 2017 et la mise en œuvre du projet est désormais bien avancée. La nouvelle usine compte créer 600 emplois directs.

EVE Energy – Chine

EVE Energy Co. a annoncé le 30 mars 2022 via un communiqué publié sur son site web, avoir signer une lettre d’intention avec Debrecen Real Estate Development, une agence gouvernementale hongroise, pour l’acquisition de 45 hectares de terrain dans la zone industrielle de Debrecen, deuxième ville du, pour la construction d’une gigafactory.

EVE Energy, cotée à la bourse de Shenzhen, est basée dans la ville de Huizhou, dans la province méridionale du Guangdong, dans le sud de la Chine.

CATL – Chine

Quand à la société chinoise, Contemporary Amperex Technology Ltd (CATL), le leader mondial de la fabrication de batteries, compte réaliser le plus gros investissement jamais enregistré en Hongrie.

CATL a également choisi la ville de Debrecen pou y injecter 2 milliards d’euros pour la construction d’une gigafactory sur 200 hectares. Elle serait en pourparler pour l’acquisition d’un terrain.

Le choix de la ville de Debrecen n’est pas fortuit car elle se situe à peine à 20 Km d’une usine de BMW, partenaire de CATL.

La Hongrie qui a reçu des aides de l’Union Européenne pour des projets de gigafactories, ambitionne de créer un des plus importants clusters de batteries électriques autour de ces usines.


Indice n°3 : « Cité Mohammed VI Tanger Tech»

Cinq jours après l’annonce de la gigafactory marocaine, Ryad Mezzour diffuse un communiqué annonçant la «énième» réactivation de projet de la Cité Mohammed VI Tanger Tech.

Tenant compte du fait que :

  1. le projet de gigafactory est destiné

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