Le puissant général Gaïd Salah, pilier et gardien du «système» au pouvoir, est mort

Chef d’état-major de l’armée algérienne pendant 15 ans, un record, le général Ahmed Gaïd Salah, décédé lundi à 79 ans, était apparu ces derniers mois comme le gardien intransigeant du «système» au pouvoir face au mouvement de contestation populaire.

Visage du haut commandement militaire, coeur de ce système au fonctionnement opaque, il est décédé lundi “d’une crise cardiaque”, quatre jours après sa dernière apparition publique, lors de l’investiture du nouveau président Abdelmadjid Tebboune, élu le 12 décembre à la faveur d’un scrutin rejeté par la rue mais que le haut gradé aura porté à bout de bras.


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Nommé en 2004 à la tête de l’armée par le président Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah fut longtemps d’une loyauté sans faille envers celui qui l’avait fait roi. Il avait promu en début d’année la candidature du chef de l’Etat, pourtant très affaibli, à un 5e mandat.

Mais, en avril, il avait sacrifié Abdelaziz Bouteflika au mouvement «Hirak» populaire et inédit de contestation, né de la perspective de ce 5e mandat. Sous la pression de la rue, il avait exigé et obtenu la démission du vieux président et assumé dans la foulée la réalité du pouvoir.

Cet homme replet, l’un des derniers représentants des combattants de la Guerre d’indépendance (1954-1962) au sein du pouvoir algérien, avait alors rapidement fermé la porte aux autres revendications du «Hirak», qui exige la fin du «système» qui dirige le pays depuis 57 ans.

60 ans dans les casernes

Apparaissant quasi-constamment en uniforme, l’homme aura passé plus de six décennies dans les casernes.

Né le 13 janvier 1940 dans la région de Batna (300 km au sud-est d’Alger), Ahmed Gaïd Salah a rejoint dès 17 ans, selon sa biographie officielle, les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), qui combat alors le pouvoir colonial français.

A l’indépendance en 1962, passé par une académie militaire soviétique, il a gravi les échelons dans l’armée, commande successivement plusieurs régions militaires, avant de devenir en 1994 commandant des Forces terrestres, en pleine guerre civile (1992-2002) entre l’Etat et les maquis islamistes.

Réputé pour ses colères, le général Gaïd Salah est presque à la retraite quand Abdelaziz Bouteflika, tout juste réélu, le choisit pour remplacer le chef d’état-major de l’armée, le général Mohamed Lamari, en 2004.

Ce dernier paie, avec une partie de la hiérarchie militaire, son opposition à ce 2e mandat du chef de l’Etat, ministre de la Défense en titre et chef suprême des Armées selon la Constitution.

Promu en 2013 vice-ministre de la Défense -ministre le plus puissant du gouvernement-, le général Gaïd Salah a aidé le chef de l’Etat à démanteler le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), redouté service de renseignement organiquement rattaché à l’armée mais véritable «Etat dans l’Etat». Et à écarter en 2015 son chef, le général Mohamed «Toufik» Médiène.

Le pouvoir du DRS (devenu DSS) affaibli, Abdelaziz Bouteflika débarqué et son entourage sous les verrous à la faveur d’une campagne anticorruption encouragée par le général Gaïd Salah, la haute hiérarchie militaire est restée seule aux manettes à partir d’avril 2019.

Malmené par le «Hirak»

Au cours des mois suivants, le général Gaïd Salah a multiplié les «mises en garde» aux contestataires et les «suggestions» à la justice ou à un pouvoir civil effacé, qui se sont empressés de les traduire en actes.

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C’est lui qui avait fixé au 12 décembre la présidentielle pour élire un successeur à Bouteflika, malgré le rejet massif du scrutin, vue par la contestation comme visant à assurer la survie du «système».

Dans l’armée, Gaïd Salah faisait «relativement consensus», étant «déjà âgé» et n’étant «pas un politique», selon Flavien Bourrat, chercheur à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (Inserm, Paris). Mais il en allait autrement dans la rue.

Un temps crédité d’avoir arraché le départ de Bouteflika, il avait été ensuite conspué pour son refus de mettre sur pied des institutions de transition réclamées par le «Hirak». Mais aussi pour la multiplication des incarcérations de manifestants, militants et journalistes.

Selon Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) de Paris, Gaïd Salah n’était «pas un grand stratège» et agissait «en militaire brutal».

Il voyait l’Algérie comme «une grande caserne. Pour lui, faire une concession c’est une faiblesse», selon le chercheur, qui décrit un général agissant «par impulsion, sans réflexion, sans concertation».

La dernière image de lui restera celle d’un homme visiblement satisfait, au moment de son embrassade avec le président Tebboune, un fidèle, tout juste investi, le 19 décembre. A cette occasion le nouveau président l’avait élevé à une distinction jusqu’ici réservée aux seuls chefs de l’Etat.

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