Sous la direction de Christophe Lecourtier, l’Agence française de développement prépare un recentrage stratégique destiné à mieux articuler solidarité internationale, intérêts économiques et influence diplomatique. Le sénateur centriste Olivier Cadic revendique une part dans cette évolution, après avoir plaidé à plusieurs reprises pour la priorité au « mieux-disant », une meilleure coordination avec Team France Export et davantage de retombées pour les entreprises françaises.
L’Agence française de développement amorce une évolution de sa doctrine. Longtemps principalement présentée comme l’un des instruments de la solidarité internationale française, l’AFD est désormais appelée à assumer plus clairement sa contribution aux intérêts économiques et stratégiques de la France.
Cette orientation a été mise en avant par le sénateur UDI Olivier Cadic après l’audition, le 8 juillet, de Christophe Lecourtier devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat. Trois mois après sa prise de fonctions à la tête du groupe AFD, le directeur général y a présenté les grandes lignes de sa feuille de route et du recentrage stratégique de l’Agence.
Au cœur de cette nouvelle doctrine figure le principe d’un « dividende pour la France ». Il doit permettre aux financements accordés par l’AFD de produire davantage de retombées pour les entreprises françaises, tout en maintenant les objectifs de développement poursuivis dans les pays bénéficiaires.
Sortir de la logique du prix le plus bas
La principale évolution concerne les modalités d’attribution des marchés financés par l’AFD. Selon Olivier Cadic, l’Agence entend désormais privilégier le « mieux-disant », fondé sur la qualité globale de l’offre, plutôt que le « moins-disant », centré sur le prix le plus bas.
Olivier Cadic défendait cette inflexion depuis plusieurs mois. Le 8 avril, lors de l’audition de Christophe Lecourtier dans le cadre de sa nomination, il l’avait interrogé sur la place des entreprises françaises dans les projets financés par l’Agence. Il était revenu sur le sujet le 26 mai, au cours du débat sénatorial consacré à l’aide publique au développement.
Le sénateur centriste estime que la prépondérance du critère financier peut favoriser des offres moins coûteuses sans nécessairement valoriser la qualité, l’innovation, la durabilité ou les intérêts stratégiques de la France.
Son argumentaire : les entreprises françaises participeraient à près de 60 % des appels d’offres internationaux de l’AFD et enregistreraient un taux de succès de 70 %. Elles ne remporteraient pourtant qu’environ 42 % de l’ensemble des marchés financés par l’Agence.
Olivier Cadic a donc demandé à Christophe Lecourtier quelles mesures permettraient de porter à 60 % la part des marchés remportés par les entreprises françaises.
Une diplomatie économique plus assumée
Le recentrage de l’AFD prévoit également une coordination plus étroite avec Team France Export, le dispositif chargé d’accompagner les entreprises françaises sur les marchés internationaux.
Cette articulation doit permettre de mieux informer les opérateurs français sur les projets financés par l’Agence, de faciliter leur accès aux appels d’offres et de renforcer leur capacité à se positionner face à la concurrence internationale.
L’aide au développement devient ainsi un élément plus visible de la diplomatie économique française. Les financements de l’AFD ne seraient plus seulement évalués à travers leurs effets dans les pays bénéficiaires, mais également selon leur contribution aux partenariats économiques, à l’influence de la France et à la projection de ses savoir-faire.

Le futur COM, instrument concret du recentrage
Les nouvelles orientations doivent être inscrites dans le prochain Contrat d’objectifs et de moyens (COM) de l’AFD, attendu depuis quatre ans.
Ce document sera central, car il doit traduire le recentrage stratégique de l’Agence en priorités, en objectifs opérationnels et en critères d’évaluation. Il précisera les missions assignées à l’AFD, les moyens qui lui seront accordés ainsi que les résultats attendus de son action.

Le COM devra notamment déterminer comment le principe du « mieux-disant » sera appliqué, comment l’AFD travaillera avec Team France Export et selon quelles modalités les retombées économiques pour la France seront mesurées.
Il constituera donc le passage entre les orientations politiques exposées devant le Sénat et leur mise en œuvre concrète dans les projets financés par l’Agence.


L’aide au développement présentée comme un enjeu de sécurité
Cette réorientation intervient dans un contexte de forte contraction de l’aide publique au développement. Selon les données citées lors de l’audition, celle-ci a reculé de 23 % à l’échelle mondiale en 2025, soit une baisse présentée comme sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Christophe Lecourtier a néanmoins défendu le maintien de l’engagement français auprès des pays les plus fragiles, notamment en Afrique. Son argumentation ne repose pas uniquement sur la solidarité internationale.
Le directeur général de l’AFD relie directement le développement économique à la lutte contre les trafics, les conflits et le terrorisme. Il estime également que la création de perspectives économiques doit permettre aux populations de construire leur avenir sur leur territoire.
Cette nouvelle doctrine donne à l’aide publique au développement une dimension sécuritaire et stratégique. Elle vise aussi à mieux justifier les dépenses consacrées à la coopération internationale auprès de l’opinion française, en présentant le développement des pays partenaires comme un investissement dans la stabilité et la sécurité de la France elle-même.
L’AFD entre solidarité, influence et intérêts français
La feuille de route présentée par Christophe Lecourtier cherche ainsi à rapprocher plusieurs objectifs : soutenir les pays les plus fragiles, préserver la présence française en Afrique, renforcer la participation des entreprises françaises et intégrer plus clairement les impératifs de sécurité et d’influence.
L’évolution annoncée marque, en tout cas, une volonté plus assumée de faire de l’aide au développement un instrument au service de la solidarité internationale, mais aussi des intérêts économiques et stratégiques de la France.






