Marrakech Air Show : Ryad Mezzour dessine le prochain âge industriel de l’aéronautique marocaine

Avions assemblés au Maroc, drones produits en série, intelligence artificielle, startups technologiques et montée en gamme industrielle : au Marrakech Air Show 2026, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a détaillé la nouvelle étape que le Royaume veut franchir dans l’aéronautique. Après deux décennies consacrées à la construction d’un écosystème industriel, l’objectif est désormais de maîtriser davantage de technologies, d’attirer les assemblages finaux et de transformer le Maroc de plateforme de production en véritable donneur d’ordre. Dans cet entretien accordé à Radio 2M au cœur même du salon, sur la base aérienne de Marrakech, Ryad Mezzour s’exprime avec en arrière-plan plusieurs appareils exposés, dont un hélicoptère Apache récemment acquis par les Forces Armées Royales et un F-16, un décor qui donne une résonance particulière à cet échange consacré à l’industrialisation, à la souveraineté technologique et à la montée en gamme du Royaume.

L’aéronautique marocaine a changé d’échelle. Il y a une vingtaine d’années, le Royaume ne comptait qu’une poignée d’entreprises spécialisées. Elles sont aujourd’hui plus de 150, pour environ 25 000 emplois directs et près de 30 milliards de dirhams d’exportations, selon Ryad Mezzour.


Le ministre souligne surtout une croissance qui reste « à deux chiffres » et présente l’aéronautique comme une vitrine du savoir-faire industriel marocain, en raison du niveau de précision, de qualité et de complexité qu’exige la filière.

Du salon aéronautique à la politique industrielle

Pour Ryad Mezzour, le Marrakech Air Show ne constitue pas seulement une exposition internationale. Le salon est aussi utilisé comme un instrument d’attraction industrielle.

La présence simultanée des grands constructeurs mondiaux, des Forces armées royales, de Royal Air Maroc, des équipes du ministère de l’Industrie et des acteurs de l’investissement permet au Maroc de rapprocher commandes, projets industriels et investissements.

Le ministre indique avoir personnellement participé à 15 à 20 rencontres B2B en une seule journée, parallèlement aux réunions organisées par les autres départements marocains présents sur le salon.

L’objectif est autant de faire aboutir des projets déjà engagés que d’en ouvrir de nouveaux. « Nous essayons de transformer de potentielles commandes en projets industriels », résume-t-il.

Cette logique traduit une évolution importante : le Maroc ne veut plus seulement attirer des fournisseurs internationaux. Il cherche désormais à utiliser ses propres besoins civils et militaires pour renforcer son tissu industriel.

Marrakech Air Show 2026 Entretien · Radio 2M

De la sous-traitance au statut de donneur d’ordre

La feuille de route industrielle exposée par Ryad Mezzour : renforcer l’intégration locale, assembler des appareils, produire des systèmes de défense et maîtriser les technologies.

150+

entreprises

25 000

emplois directs

30 Mds

DH d’exportations

Croissance

à deux chiffres par an

Cinq leviers de montée en gamme

La vision de Ryad Mezzour
01

Passer de la sous-traitance à l’assemblage final

Un avion d’affaires suisse est déjà « quasiment assemblé au Maroc ». Des échanges continuent avec des avionneurs civils et militaires. L’assemblage final doit attirer toute la chaîne de fournisseurs.

02

Produire des systèmes de défense au Maroc

Une entreprise technologique doit fabriquer des drones en série dans le Royaume : un levier de souveraineté industrielle et de capacité de défense.

03

Transformer le Maroc en donneur d’ordre

Passer d’un pays qui accueille les industriels à un pays dont les entreprises choisissent technologies, partenaires et marchés, selon leurs propres priorités.

04

Faire émerger des champions marocains

Startups et PME créées localement rivalisent déjà, selon Mezzour, avec de grands groupes. L’enjeu : développer les technologies au Maroc, au-delà de leur simple intégration.

05

Faire de l’IA un multiplicateur industriel

Intégrer l’IA dans les écoles d’ingénieurs, la formation professionnelle et les usines pour augmenter les capacités des ingénieurs et techniciens marocains.

La trajectoire stratégique

Du fournisseur au décideur
  1. Sous-traitance
  2. Intégration
  3. Assemblage
  4. Technologie
  5. Donneur d’ordre

Synthèse éditoriale de la progression décrite par le ministre.

« Ce ne sont plus des décideurs à l’international qui décident si ça va être produit au Maroc ou dans un autre pays. »
Ryad Mezzour — Entretien à Radio 2M
L’avion assemblé au Maroc n’est plus un simple horizon

L’un des passages les plus significatifs de l’entretien concerne l’ambition, plusieurs fois évoquée ces dernières années, de voir un appareil entièrement assemblé au Maroc.

Ryad Mezzour estime que ce « rêve » est désormais proche de se concrétiser.

Il cite notamment un petit avion d’affaires suisse présenté au Marrakech Air Show et qui serait, selon lui, « quasiment assemblé au Maroc ». Le ministre reconnaît que l’ensemble de la chaîne n’est pas encore présent dans le Royaume, mais assure que les discussions continuent avec plusieurs avionneurs.

L’objectif est d’aller vers des systèmes plus complexes, dans l’aviation civile comme militaire.

L’enjeu dépasse largement l’assemblage d’un appareil.

Pour le ministre, disposer au Maroc d’un assemblage final permettrait d’attirer autour de celui-ci toute la chaîne de fournisseurs et de sous-traitants.

Le Royaume produit déjà des composants de moteurs, des éléments de trains d’atterrissage et de nombreuses pièces aéronautiques. L’installation d’un programme complet apporterait un point de convergence à cet écosystème.

« Quand les investisseurs savent que l’assemblage final est quelque part, ça permet d’attirer toute la chaîne de valeur », explique-t-il.

Des drones produits en série au Maroc

Ryad Mezzour confirme également l’entrée du Maroc dans une nouvelle catégorie industrielle : celle des systèmes aériens sans pilote.

Le ministre évoque la signature avec une entreprise technologique appelée à fabriquer des drones en série au Maroc.

Il inscrit directement ce projet dans une logique de souveraineté et de défense nationale.

« Nous avons aussi […] signé avec une entreprise technologique qui va fabriquer des drones en série dans notre pays, ce qui va renforcer notre souveraineté et notre capacité à nous défendre. »

Cette activité constitue également, dans son raisonnement, une première forme d’assemblage d’un système aéronautique complexe et participe donc à la même trajectoire que celle visant à produire progressivement des appareils complets dans le Royaume.

Le « Made in Morocco » comme outil de montée en gamme

Autre axe développé dans l’entretien : la certification Made in Morocco.

Pour Ryad Mezzour, fabriquer sur le territoire marocain ne suffit pas à revendiquer une origine industrielle marocaine. L’État veut désormais mesurer la valeur réellement créée localement, le contenu technologique des produits et l’emploi généré.

Le label doit permettre de distinguer les industriels disposant d’un véritable taux d’intégration locale et de leur proposer un accompagnement adapté.

Il doit également protéger la marque Maroc à l’international contre l’utilisation abusive de l’appellation par des produits dont la valeur ajoutée serait essentiellement réalisée ailleurs.

Faire émerger des champions technologiques marocains

Le ministre insiste longuement sur la montée en puissance des startups et PME marocaines.

Il affirme que certaines entreprises créées et incubées au Maroc sont désormais capables d’exposer aux côtés des grands groupes mondiaux et de rivaliser avec eux sur la technologie et la compétitivité.

Cette évolution doit, selon lui, permettre au Royaume de passer progressivement d’une position de consommateur de technologies à celle de producteur et de décideur technologique.

Ryad Mezzour décrit une ambition plus large : permettre à des entreprises marocaines de choisir elles-mêmes leurs technologies, leurs partenaires et leurs marchés.

« Ce ne sont plus des décideurs à l’international qui décident si ça va être produit au Maroc ou dans un autre pays », souligne-t-il, évoquant l’émergence de décideurs marocains installés dans le Royaume et capables d’intégrer directement les intérêts stratégiques nationaux dans leurs choix industriels.

25 000 emplois, mais surtout des compétences de plus en plus pointues

Cette montée en gamme est également présentée comme une politique de l’emploi.

Ryad Mezzour rappelle que l’objectif de la politique industrielle est de créer des emplois « de qualité et en quantité » pour les jeunes Marocains.

L’aéronautique occupe à ses yeux une place particulière, car elle exige des ingénieurs, techniciens et opérateurs hautement qualifiés. Le ministre estime que les compétences marocaines sont désormais recherchées aussi bien au niveau national qu’international.

Le gouvernement entend donc augmenter les capacités de formation, mais également former des experts marocains capables d’évoluer sur des marchés internationaux.

L’intelligence artificielle comme accélérateur industriel

La dernière partie de l’entretien est largement consacrée à l’intelligence artificielle.

Là encore, Ryad Mezzour adopte une approche industrielle plutôt que théorique.

Il affirme que le Maroc met en place des environnements permettant de développer et héberger des technologies d’intelligence artificielle, tout en citant l’existence d’entreprises marocaines capables de développer des modèles, de gérer les données et de créer des outils d’automatisation industrielle.

Le ministre cite notamment une entreprise marocaine présente au Marrakech Air Show qui aurait développé une solution permettant de gérer automatiquement, grâce à l’intelligence artificielle, l’une des plus grandes mines de cuivre au monde.

Pour Ryad Mezzour, l’enjeu central consiste désormais à intégrer massivement ces technologies dans les écoles d’ingénieurs, la formation professionnelle et les usines.

L’intelligence artificielle doit permettre, selon lui, de multiplier fortement la productivité des ingénieurs et techniciens marocains.

Il prend l’exemple d’un projet d’école d’ingénieurs nécessitant traditionnellement trois mois : avec les nouveaux outils d’IA, estime-t-il, la même période devrait permettre d’en produire non plus un, mais plusieurs dizaines.

Le changement attendu ne porte donc pas seulement sur les programmes de formation, mais sur le niveau d’exigence demandé aux futurs ingénieurs.

« Jamais la technologie n’a été autant démocratisée », affirme le ministre. « Notre devoir, c’est de la rendre accessible au plus grand nombre. »

De la sous-traitance à la maîtrise industrielle

À travers l’entretien de Ryad Mezzour se dessine ainsi une nouvelle étape de la stratégie aéronautique marocaine.

Après avoir construit une plateforme compétitive capable d’intégrer les chaînes de valeur de Boeing, Airbus, Safran et des autres grands industriels mondiaux, le Maroc cherche désormais à remonter vers les segments les plus stratégiques : assemblage final, drones, technologies propriétaires, intelligence artificielle et entreprises nationales capables de devenir elles-mêmes donneuses d’ordre.

Le Marrakech Air Show 2026 en donne une photographie particulièrement nette : l’enjeu n’est plus seulement de savoir combien de nouvelles usines internationales pourront s’installer au Maroc, mais quelle part de la technologie, de la décision et de la valeur industrielle pourra désormais être maîtrisée depuis le Royaume.

Source : entretien de Ryad Mezzour consacré à la 8e édition du Marrakech Air Show 2026.

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