Note Analyse de la Visite de Tahnoun bin Zayed à la Maison Blanche (Mars 2025)

Key Points:

  • Les EAU mènent des négociations secrètes avec l’administration Trump sur le Soudan, la Syrie et Gaza tout en renforçant officiellement leur partenariat économique et technologique avec les États-Unis lors d’une visite à la Maison Blanche.

  • Les EAU pourraient jouer un rôle économique accru pour à Gaza à travers des projets de reconstruction, potentiellement en opposition au plan égyptien soutenu par la Ligue arabe.

  • Sheikh Tahnoun bin Zayed, conseiller à la sécurité nationale et vice-gouverneur d’Abou Dhabi, est au centre de cette approche duale.

  • Les EAU cherchent à éviter des sanctions pour leur soutien aux Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan, à contrer l’influence iranienne en Syrie, à contrôler l’économie de Gaza via des projets de reconstruction, tout en approfondissant leur collaboration avec les États-Unis sur l’IA, l’énergie et les investissements économiques.

Contexte

Le 17 mars 2025, Sheikh Tahnoun bin Zayed Al Nahyan, conseiller à la sécurité nationale et vice-gouverneur d’Abou Dhabi, aurait tenu des réunions secrètes avec des responsables de l’administration Trump à Washington, discutant de deals stratégiques sur le Soudan, la Syrie et Gaza.

Un nouvel élément indique que les EAU font pression sur l’administration Trump pour rejeter un plan égyptien pour Gaza, soutenu par la Ligue arabe, qui prévoit une gouvernance par l’Autorité palestinienne et une force de sécurité encadrée par l’Égypte et la Jordanie. Ces deux volets – géopolitique et économique – illustrent une approche émiratie visant à conjuguer influence régionale et partenariats stratégiques globaux.


Accompagné de Dr Sultan Al Jaber (ministre de l’Industrie et de la Technologie avancée) et de Yousef Al Otaiba (ambassadeur des EAU aux États-Unis), le demi-frère de MBZ a également tenu des réunions portées sur l’approfondissement de la collaboration économique et technologique avec les États-Unis, incluant l’IA, les investissements énergétiques et les partenariats commerciaux. Ces deux volets – géopolitique et économique – reflètent une stratégie multidimensionnelle des EAU pour consolider leur influence régionale et mondiale.

Implications pour le Moyen-Orient

Les pourparlers discrets des EAU pourraient ralentir les efforts de stabilisation au Soudan et en Syrie en raison des intérêts géopolitiques en jeu. À Gaza, leur ambition de jouer un rôle économique via des projets de reconstruction entre en tension avec le plan égyptien, que les EAU cherchent à faire rejeter par les États-Unis, selon des officiels égyptiens et américains cités par Middle East Eye.

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Cette opposition reflète des divergences sur la gestion de Hamas et la gouvernance future de Gaza. En parallèle, les engagements officiels avec les États-Unis, notamment via des investissements dans l’IA et l’énergie, consolident les liens bilatéraux et positionnent les EAU comme un acteur clé dans ces domaines. Cette stratégie duale offre des opportunités économiques, mais elle risque de maintenir des dynamiques conflictuelles dans les zones sensibles, notamment si les rivalités avec l’Égypte et d’autres États arabes s’intensifient. On peut citer l’axe turco-qatari, mais aussi le grand frère saoudien, qui s’est imposé comme un acteur majeur de la géostratégie mondiale, après la montée au pouvoir de Trump, en accueillant les négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie.

Analyse par zone de tension

Soudan

Les EAU cherchent à éviter des sanctions internationales pour leur soutien présumé aux Forces de soutien rapide (RSF), une milice accusée de crimes de guerre dans le conflit soudanais. Les objectifs incluent :

  • Protéger Abu Dhabi des sanctions et pressions diplomatiques.
  • Influencer la Cour internationale de justice (CIJ) pour bloquer les enquêtes sur les crimes de la RSF.
  • S’assurer que les États-Unis n’imposent pas de sanctions.

En échange, les EAU proposent des accords militaires et une coordination du renseignement pour minimiser leur rôle au Soudan.

Syrie

Les EAU visent à supplanter l’influence iranienne et turco-qatarie en Syrie via :

  • Le soutien à des factions pro-émiraties.
  • L’affaiblissement de l’accord SDF-Damas pour contrer l’Iran.
  • La coordination d’opérations secrètes avec Israël et Washington.

Gaza

Les EAU ambitionnent un rôle économique à Gaza via des projets de reconstruction, mais leur approche diverge du plan égyptien soutenu par la Ligue arabe. Les émirats, via leur ambassadeur Yousef Al Otaiba, font pression sur l’administration Trump pour rejeter ce plan, qui propose :

  • Une gouvernance par l’Autorité palestinienne (PA).
  • Une force de sécurité formée par l’Égypte et la Jordanie.

Abou Dhabi critique ce plan pour son manque de clarté sur le désarmement de Hamas, qu’ils souhaitent voir éliminé immédiatement, contrairement à une approche graduelle favorisée par d’autres États arabes. Leurs objectifs incluent :

  • Financer la reconstruction en échange d’une influence économique significative.
  • Installer des leaders palestiniens loyaux à Abu Dhabi.
  • Coordonner avec Israël pour un système de sécurité.

Cette opposition au plan égyptien, qui a le soutien de la Ligue arabe, pourrait retarder une solution concertée pour Gaza, accentuant les divisions entre les États arabes et compliquant les efforts de reconstruction.

Partenariats économiques et technologiques

Lors de la visite officielle à la Maison Blanche, Sheikh Tahnoun, Dr Al Jaber et Yousef Al Otaiba ont discuté :

  • IA : Renforcement du leadership des EAU en IA via des partenariats avec des géants technologiques américains (Microsoft, Nvidia, Amazon). Exemples : un investissement de 1,5 milliard de dollars de Microsoft dans G42 et une participation de MGX au projet Stargate (100 milliards de dollars initiaux, visant 500 milliards).
  • Énergie : Investissements dans l'”energy-AI nexus” via XRG (ex-Adnoc USA), incluant une participation dans une usine à hydrogène d’ExxonMobil et un centre LNG de NextDecade.
  • Économie : Expansion des investissements émiratis aux États-Unis (34,4 milliards de dollars de commerce bilatéral en 2024), avec des projets de Damac Properties (20 milliards pour des data centers) et des portefeuilles de Masdar, Mubadala et Adia.

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