“Villes Nouvelles” ou la problématique sémantique

«Cette future mégapole marocaine apparaît comme l’un des plus grands projets africains de la décennie». Ainsi a qualifié LeFigaro, le projet de construction de la cité industrielle “Mohammed VI Tanger Tech”. Devant l’importance économique, sociale et géopolitique de cet évènement, il a fallu de peu pour en réduire l’importance, lorsque la télévision officielle et quelques médias répétaient à tue tête le qualificatif de “ville nouvelle” “Almadina Aljadida” à ce grand et exceptionnel projet. Et pour cause, les marocains ont une expérience récente douloureuse avec les projets des villes nouvelles dont la réalisation a fait déchanter aussi bien les responsables que les citoyens lorsqu’elles se sont  transformées en villes fantômes ou, au mieux, dortoirs. Un véritable fiasco financier, immobilier et médiatique pointé du doigt par les médias et la Cour des comptes.


Écocité, Cité industrielle, Mégapole, Zone, Ville intelligente mais surtout pas “ville nouvelle”

La dégradation de l’image des projets des “villes nouvelles”, a poussé les autres projets en cours de réalisation à revoir leur stratégie de communication, la société d’aménagement de Zenata en est un exemple. En effet, bousculée par l’installation du magasin Ikea, l’aménageur de la “nouvelle ville” de Zenata,  -qui après 11 ans d’existence, peine encore à sortir de terre- a lancé une énième campagne de communication où ont été banni les mots clés “ville nouvelle” et  “CDG” tout en se concentrant sur sa vocation principale : une cité écologique intelligente trait-d’union entre Casablanca et Mohammedia, dans l’espoir d’éviter à ses futurs clients les déboires de Tamansourt, Tamesna et Badis.

«Le déficit d’image des villes nouvelles implique un déficit réel», avait rapporté Huffington post le lendemain de la publication de la cour des comptes d’un rapport très critique envers la stratégie et la gestion de Tamesna , , «La presse n’est pourtant pas convaincue de cette volonté d’aller de l’avant et dresse toujours un état des lieux sombre de la situation. » Les villes nouvelles, une expérience ratée?“, s’interrogeait L’Economiste. “Ville nouvelle d’Errahma, massacre urbanistique à grande échelle“, dénonce le quotidien Les inspirations éco. “Tamesna, un idéal devenu calvaire“, titre pour sa part TelQuel.”

Ce déficit d’image relayé par la presse provient malheureusement de problèmes réels et sérieux de gestion de projet, de choix urbanistiques, de dynamiques économiques et de qualité contestée de construction .

Nous sommes attendus au tournant

Le 13 juin 2016 quand la presse officielle chinoise avait annoncé le déplacement d’une délégation du Groupe HAITE, rapportant l’information du site d’information marocain Médias24, qui avait révélé les détails du projet de la ville industrielle, la nouvelle avait fait le tour des rédactions de la planète. Et parmi les articles qui nous avait interpellés celui publié par célèbre site d’information Quartz, où le journaliste a fait glisser entre les lignes un commentaire «envenimé» de Deborah Brautigam, directrice du “ The China Africa Research Initiative” affilié à l’université John Hopkins.

La Cassandre américaine prédisait la non réalisation du projet et, au mieux, une lenteur de réalisation: «Si les entreprises chinoises construisent et financent cette infrastructure, tout est bon pour le Maroc. Mais il y a des chances que ça ne se produise pas. Quand des accords provisoires comme celui-ci vont de l’avant, ils ont tendance à progresser très lentement.»

Pour dire l’importance géostratégique d’un tel projet d’envergure, pour l’Afrique, l’Europe et même les Etats-Unis.

Cité Mohammed VI Tanger Tech, un projet réfléchi et mature

Tout porte à croire que le Royaume a bien appris des expériences passées dans la constructions des villes nouvelles, rien à qu’à jeter un coup d’oeil sur le projet de la cité industrielle Mohammed VI Tanger Tech pour s’en assurer :

  1. Une nouvelle cité a besoin de temps
    • Le projet a pris le temps de mûrir, entre la visite royale en Chine en mai 2016 et la signature du protocole de création de la cité Mohammed VI Tanger-Tech le lundi 20 mars 2017 : temps nécessaire aux équipes de Moulay Hafid Elalamy -réputé pour être diligent et rapidement opérationnel- et ceux du Groupe HAITE de ficeler les détails du projet et de son financement.
  2. Une nouvelle cité a besoin d’une vocation
    • La vocation de la Cité Mohammed VI Tanger-Tech est toute faite, une cité industrielle qui densifiera le tissu industriel d’une région qui accueille déjà le groupe Renault, et la chaîne de sous-traitance de Boeing.
  3. Une nouvelle cité a besoin d’un investissement important dans les infrastructures et les équipements
    • 1 milliard de dollars par le Groupe HAITE et 10 milliards par les 200 entreprises chinoises qui s’installeront dans  Cité Mohammed VI Tanger-Tech sont les budgets annoncés, représentant le plus grand investissement de la Chine jamais réalisé en Afrique.

L’expérience chinoise dans le développement des infrastructures prisée par Israël et le CCG

Comme l’avait rapporté le1.ma, les visites historiques “synchronisées” en Chine du Roi Salmane d’Arabie Saoudite et de Benjamin Nettanyahu, qui ont été conclues par la signature d’un partenariat stratégique Sino-saoudien, avec à la clé des contrats de plus de 65 Milliards de dollars, et des pluies d’accords entre la plus grande délégation d’homme d’affaires qui ait accompagné un premier ministre israélien et les grands groupes chinois.

Le point nodal de ces visites est la forte demande des pays du CCG ainsi que d’Israël de partager le savoir-faire chinois dans le développement des infrastructures afin de promouvoir le développement économique et la paix au Moyen-Orient.

 

Nawfal LAARABI

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