En pleine crise du Covid-19, au printemps 2021, l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson a sérieusement étudié la possibilité d’envoyer des forces spéciales britanniques aux Pays-Bas pour récupérer par la force environ 5 millions de doses de vaccin AstraZeneca bloquées dans un entrepôt à Leiden.
C’est ce qu’il révèle dans ses mémoires intitulées Unleashed, publiées en 2024. Le plan, qualifié par Johnson lui-même de « fou » (« nuts »), est né d’une vive tension entre le Royaume-Uni et l’Union européenne autour de l’exportation des vaccins. Après des mois de négociations infructueuses, Boris Johnson estimait que Bruxelles retenait « avec malice et avec dépit » des doses qui appartenaient légalement au Royaume-Uni et dont le pays avait un besoin urgent.
Au début de l’année 2021, AstraZeneca peinait à honorer ses contrats de livraison avec l’Union européenne, tandis que le Royaume-Uni, grâce à un accord précoce, vaccinait sa population plus rapidement. L’UE, craignant une pénurie sur son territoire, a menacé de bloquer les exportations de vaccins produits sur son sol, y compris ceux destinés au Royaume-Uni.
L’usine Halix à Leiden, près de la côte néerlandaise, fabriquait des doses d’AstraZeneca pour les deux parties. Selon Johnson, l’UE ne semblait pas vouloir utiliser ces doses elle-même, mais refusait de les laisser partir vers le Royaume-Uni. Après « deux mois de négociations futiles », le Premier ministre britannique a demandé à ses militaires d’explorer une solution radicale.
Le plan militaire : une opération commando par voie maritime
En mars 2021, Boris Johnson a convoqué une réunion avec des hauts responsables militaires, dont le lieutenant-général Doug Chalmers, alors adjoint du chef d’état-major de la Défense. Les militaires ont jugé l’opération techniquement réalisable :
- Des soldats des forces spéciales auraient traversé la Manche à bord de petits bateaux gonflables rigides (RIB).
- Ils auraient remonté les canaux néerlandais de nuit pour atteindre discrètement l’entrepôt de Leiden.
- Une fois sur place, ils auraient « sécurisé les biens otages », chargé les vaccins dans un camion articulé et rejoint un port pour rapatrier le chargement au Royaume-Uni.
Johnson écrit dans son livre : « J’avais commandé une étude sur la faisabilité technique d’un raid aquatique sur un entrepôt à Leiden, aux Pays-Bas, pour reprendre ce qui nous appartenait légalement et dont le Royaume-Uni avait désespérément besoin. »
Rejet final : « Ce serait envahir un allié de l’OTAN »
Malgré la faisabilité technique, l’idée a rapidement été abandonnée. Les militaires ont souligné les énormes risques diplomatiques : il s’agissait d’envahir un pays membre de l’OTAN et partenaire européen. Johnson lui-même a conclu que le plan était « fou » et l’a rejeté.
Des sources conservatrices britanniques ont par la suite minimisé l’épisode, estimant que Johnson l’avait dramatisé pour rendre ses mémoires plus vendeuses. L’anecdote avait déjà été évoquée de manière plus discrète lors de l’enquête britannique sur la gestion du Covid en 2023.
Réactions et conséquences
Aux Pays-Bas et en Europe, la révélation a suscité stupeur et ironie. Certains médias néerlandais ont qualifié l’idée de « ridicule » ou de « scénario hollywoodien ». L’épisode illustre surtout les très fortes tensions qui existaient à l’époque entre Londres et Bruxelles, juste après le Brexit, autour de la course mondiale aux vaccins.
Boris Johnson présente cette initiative comme la preuve de son engagement total pour protéger la population britannique face à une pandémie meurtrière. Il argue que les doses étaient « kidnappées » par la bureaucratie bruxelloise.
Cette révélation s’inscrit dans une série d’anecdotes surprenantes de ses mémoires Unleashed, où l’ancien Premier ministre revient sur les moments les plus chaotiques de son mandat, de la pandémie à sa propre hospitalisation pour Covid.
L’histoire rappelle à quel point la pandémie de Covid-19 a poussé les dirigeants à envisager des mesures extrêmes, parfois aux limites du raisonnable, dans une course mondiale contre la montre et la mort.








