Dans une démarche inhabituelle, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a publié vendredi une lettre ouverte directement adressée à la population de Tenerife. Il y aborde l’inquiétude suscitée par l’arrivée imminente du navire de croisière MV Hondius, à bord duquel une épidémie de hantavirus (souche Andes) a causé la mort de trois personnes.
Dans ce message personnel, rédigé en espagnol et diffusé sur son compte X, Tedros s’exprime « d’être humain à être humain ». Il reconnaît explicitement les traumatismes liés à la pandémie de COVID-19 : « Le douleur de 2020 reste réelle, et je ne la minimise pas un seul instant. » Il insiste cependant sur le fait que la situation actuelle n’a rien à voir avec le coronavirus : « Le risque actuel pour la santé publique lié au #hantavirus reste bas. »
Les points clés de la déclaration de Tedros
- Évaluation scientifique de l’OMS : Le virus est grave, mais « le risque pour vous, dans votre vie quotidienne à Tenerife, est faible ». Aucune personne symptomatique n’est actuellement à bord. Un expert de l’OMS se trouve sur le navire et les fournitures médicales sont disponibles.
- Plan d’intervention espagnol : Les autorités espagnoles ont prévu un transfert sécurisé des quelque 150 passagers (originaires de 23 pays) au port industriel de Granadilla, loin des zones résidentielles. Les passagers seront transportés dans des véhicules scellés et escortés via un corridor totalement sécurisé, puis rapatriés directement vers leurs pays d’origine. « Vous n’aurez aucun contact avec eux », assure Tedros.
- Solidarité et cadre juridique : Le Directeur général remercie personnellement le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, pour avoir accepté d’accueillir le navire. Il rappelle que cette décision s’inscrit dans le respect du Règlement sanitaire international (RSI). Tenerife a été choisie car elle dispose des capacités médicales et infrastructurelles nécessaires.
- Visite personnelle : Tedros annonce qu’il se rendra lui-même à Tenerife pour observer l’opération de première main, saluer les travailleurs sanitaires et rendre hommage à « la dignité, la solidarité et la compassion » de l’île.
Il conclut par un appel à la confiance et à la solidarité : « Les virus ne comprennent ni la politique ni les frontières. La meilleure immunité que nous ayons est la solidarité. Tenerife la démontre aujourd’hui. »
Contexte de la crise
Le MV Hondius est bloqué en mer depuis plusieurs semaines avec près de 150 personnes à bord. Trois décès dus au hantavirus Andes ont été confirmés. Cette souche, connue pour sa transmission potentielle interhumaine dans certaines conditions, a provoqué une forte inquiétude locale, ravivant les souvenirs de la pandémie de COVID-19 qui a durement touché l’archipel canarien, très dépendant du tourisme.

Réactions divisées en Espagne
La lettre a immédiatement suscité des réactions très contrastées sur les réseaux sociaux. Certains internautes saluent un « acte de solidarité » et remercient l’OMS et le gouvernement espagnol. D’autres, en revanche, expriment une forte défiance envers l’OMS, rappelant les controverses autour de la gestion du COVID-19.
Des voix politiques, notamment du PP et de Vox, ainsi que le président canarien Fernando Clavijo, ont critiqué la décision, réclamant que la quarantaine se fasse à bord du navire plutôt qu’à terre.
Tedros a choisi un ton direct et humain pour tenter de calmer les craintes, tout en assumant pleinement la responsabilité de l’OMS dans la coordination internationale. Sa visite annoncée à Tenerife devrait permettre de suivre en direct le déroulement de cette opération sensible.
L’affaire reste suivie de près par les autorités sanitaires espagnoles et internationales. L’OMS maintient que le risque pour la population locale demeure faible, à condition que le protocole strict de transfert soit respecté.


