Hilton, Accor et Rotana : premiers entrants sur un marché syrien «prêt à renaître»

Treize ans après une guerre qui a ravagé son économie, la Syrie attire à nouveau l’attention des investisseurs internationaux. Dans le sillage du Future Investment Initiative de Riyad, où le président Ahmad Al Shara a annoncé 28 milliards de dollars d’investissements post-conflit, des groupes hôteliers mondiaux tels que Accor, Hilton et Rotana entament des discussions pour revenir sur le marché syrien.

Le pari du redémarrage économique par l’hospitality

L’intérêt des grands opérateurs traduit une lecture économique pragmatique : avant même le retour massif des capitaux productifs, les hôtels incarnent les premiers signaux de normalisation. En devenant à la fois centres d’affaires, plateformes sociales et vitrines de confiance, ils posent les bases d’un redémarrage économique.

Pour Accor, numéro 1 européen de l’hôtellerie, l’objectif est clair : ouvrir entre 10 et 15 établissements d’ici 2031. Le groupe anticipe un retour progressif des diasporas syriennes, des flux régionaux de voyageurs et des besoins en infrastructures pour le tourisme d’affaires. « On veut être partie prenante de cette trajectoire », a déclaré Duncan O’Rourke, directeur général pour la zone Moyen-Orient, Afrique et Asie-Pacifique.

Un marché en quête de catalyseurs d’investissement

Le secteur hôtelier agit ici comme moteur de reconstruction : il stimule l’emploi local, encourage la reconstitution de la chaîne logistique (construction, restauration, maintenance) et contribue à reconnecter les villes aux circuits du commerce international.

Les projets à Damas et Alep sont perçus comme des indicateurs avancés d’une économie prête à redémarrer. Pour Rotana, groupe basé à Abou Dhabi, ces destinations sont « mûres pour le développement ». Son PDG Philip Barnes évoque un afflux d’appels d’investisseurs régionaux cherchant à sécuriser des partenariats de long terme.

Des conditions économiques à surveiller

Cette effervescence ne masque pas les conditions structurelles encore fragiles : sécurité juridique, rapatriement des profits, fiscalité incitative et réforme du système bancaire figurent en tête de la « checklist » des opérateurs. Les groupes internationaux demandent des incitations business-friendly, à l’image du modèle saoudien : transparence réglementaire, délivrance rapide des licences et réduction de la bureaucratie.

La reprise des liaisons aériennes régionales (Emirates, flydubai, Qatar Airways, Turkish Airlines, flynas…) renforce l’attrait du marché. Pour les hôteliers, transport et hospitalité avancent de pair : l’ouverture des lignes valide le retour du trafic, donc du potentiel de rentabilité.

Un horizon d’investissement à dix ans

Selon The National, les analystes du cabinet HVS Middle East estiment qu’il faudra cinq à dix ans pour reconstruire les infrastructures, restaurer la connectivité et reformer les procédures de visas. Les investisseurs sont encore dans une phase d’exploration, mais plusieurs projets pourraient démarrer dès 2026.

La stratégie repose sur une logique de premier entrant : dans des marchés à haut risque mais à forte marge, être présent avant la vague assure des rendements supérieurs à long terme.

Une reconstruction par le marché, non par l’aide

Le message porté par le président Ahmad Al Sharaa :« reconstruire sans dépendre de l’aide », plaît aux investisseurs du Golfe, qui y voient un terrain d’expression du capital arabe. La Syrie mise sur un modèle d’autofinancement, où le secteur privé devient l’acteur principal du redressement.

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