Jared Kushner relance le plan Trump sur Gaza : de l’Égypte à Israël, sans percée majeure

Jared Kushner, gendre et envoyé spécial du président américain Donald Trump, a achevé lundi soir une intense tournée diplomatique de 48 heures au Moyen-Orient destinée à relancer le plan américain de 15 points pour Gaza. Après des rencontres en Égypte avec le président Abdel Fattah al-Sissi et le chef du Hamas Khalil al-Hayya, puis une longue réunion avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, aucun accord de fond n’a été obtenu. Les positions restent figées sur la question centrale du désarmement du Hamas et du retrait israélien.

Dimanche 16 août : Kushner à El-Alamein, entre Sissi et le Hamas

Dimanche 16 août, Jared Kushner, gendre et envoyé spécial du président américain Donald Trump, est arrivé de manière non annoncée en Égypte. Il s’est rendu à El-Alamein, sur la côte méditerranéenne, pour une série de discussions consacrées au plan américain de 15 points pour Gaza, alors que le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 peine à déboucher sur la phase suivante du processus.


Kushner a d’abord été reçu par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en présence du ministre des Affaires étrangères Badr Abdelaty et du chef des services de renseignement Hassan Rashad. Selon le porte-parole de la présidence égyptienne, Mohamed El-Shennawy, les échanges ont porté sur la nécessité pour toutes les parties de respecter leurs obligations au titre de l’accord de cessez-le-feu et sur les conditions permettant d’avancer vers les prochaines étapes du plan pour Gaza.

Dans le même temps, Khalil al-Hayya, qui a pris la tête du Hamas en juillet 2026, a tenu des discussions séparées avec Hassan Rashad. Le moment le plus important de cette étape égyptienne est toutefois intervenu avec la rencontre directe entre Kushner et al-Hayya, la première depuis les négociations ayant conduit à la finalisation du cessez-le-feu d’octobre 2025 à Charm el-Cheikh.

La réunion s’est tenue en présence de Nickolay Mladenov, haut représentant du Board of Peace chargé du dossier Gaza, de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que de médiateurs égyptiens, qataris et turcs. Les discussions ont notamment porté sur les principaux points encore en suspens dans la mise en œuvre du plan américain, au premier rang desquels le désarmement du Hamas et les conditions d’un retrait israélien de la bande de Gaza.

Lundi 17 août : quatre heures avec Netanyahu à Jérusalem

Le lendemain, Kushner, Mladenov et Blair ont rencontré Benjamin Netanyahu pendant près de quatre heures. Les discussions ont été qualifiées de « profondes et constructives ».

Deux décisions concrètes ont été prises :

  • Création d’un groupe de travail sur le désarmement et la démilitarisation de Gaza, qui doit être « rapide et achevé avant toute reconstruction ».
  • Création d’un second groupe de travail sur l’assainissement, l’eau potable et la santé publique.

Les deux parties se sont accordées sur un point essentiel : aucune redéploiement des forces israéliennes ni début de reconstruction n’interviendra tant que le Hamas n’aura pas été entièrement désarmé (armes légères et lourdes, tunnels, infrastructures). Israël conserve son plein droit de légitime défense.

Au soir de ces entretiens, Kushner a commenté sur Fox News sa rencontre avec le Hamas : « Ils ont dit tout ce qu’il fallait dire, mais, évidemment, il est très, très difficile de faire confiance à une « organisation terroriste » qui a commis ces « atrocités terribles ». Mais nous avons eu une réunion très cordiale, et ils ont dit ce qu’il fallait. Nous allons donc leur donner une chance de le prouver, mais cela devra reposer sur des actes et des mesures concrètes. Et j’espère que ce sera le cas. ». Des mots peu diplomatiques, prononcés pour rassurer une opinion publique israélienne qui a rejeté la rencontre avec le Hamas.

Il s’était aussi montré prudentement optimiste, évoquant des progrès possibles « dans les 30 prochains jours » sur la remise d’armes et le comblement de tunnels « dans les 60 à 90 jours ». Il a prévenu que, si le Hamas ne tenait pas ses engagements, les États-Unis pourraient soutenir Israël pour « terminer le travail ».

Plusieurs pays de la région, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte, Qatar, Jordanie, Turquie, Pakistan et Indonésie, ont condamné le rejet israélien de la feuille de route, estimant qu’« Israël porte désormais la responsabilité d’entraver les efforts pour apporter la paix à Gaza ».

Malgré les avancées procédurales enregistrées durant la tournée de Jared Kushner, le blocage politique demeure entier. Benjamin Netanyahu maintient qu’aucun retrait israélien significatif ne pourra intervenir avant un désarmement total, vérifiable et irréversible du Hamas, tandis que le mouvement palestinien conditionne ses propres engagements à des garanties précises sur le retrait de l’armée israélienne.

Sur le terrain, la dynamique reste tout aussi fragile. Plus de 1 200 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre 2025. Le comité technocratique palestinien chargé d’assurer l’administration civile de l’enclave n’a toujours pas pu s’y installer et la reconstruction promise par le Board of Peace reste conditionnée à une démilitarisation complète. Les frappes israéliennes se sont poursuivies pendant les pourparlers puis après le départ de Kushner. Un raid visant un café du port de Gaza, transformé en camp de déplacés, a notamment fait au moins sept morts, dont un enfant. L’Égypte, le Qatar et la Turquie ont condamné ces opérations.

Kushner a donc quitté la région sans pouvoir annoncer de percée majeure. Sa tournée a néanmoins permis de rouvrir un canal direct avec la direction du Hamas et de lancer deux groupes de travail consacrés au désarmement et aux urgences civiles. Washington a parallèlement notifié au Congrès un financement d’environ 206 millions de dollars destiné à la force internationale de stabilisation prévue par le plan, tandis que le Board of Peace continue de réclamer des « mesures concrètes et vérifiables ».

Reste l’obstacle politique israélien. Netanyahu, qui n’a jamais pleinement adhéré à l’architecture du plan Trump et en durcit les conditions d’application, semble désormais utiliser le calendrier électoral d’octobre comme un levier supplémentaire pour en différer la mise en œuvre.

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