La Macronafrique est en marche

L’axe Alger-Lagos-Pretoria soutenu par Berlin et qui se dressait naguère comme la colonne vertébrale du développement global de l’Afrique à travers le New Partnership for Africa’s Development, connu sous NEPAD, n’est aujourd’hui que l’ombre de lui-même. Désormais, la France fait un retour en force dans le continent longtemps laissé aux velléités chinoises. Paris et Pékin sont les maîtres incontestés des lieux : la France dans une large partie de l’Afrique francophone et occidentale, la Chine bénéficiant de la grosse part du gâteau. Le rêve d’un axe nationaliste qui réunirait l’Algérie, le Nigéria et l’Afrique du Sud a laissé la place à des partenariats bilatéraux entre les pays africains et l’ancienne puissance coloniale d’une part et l’empire du milieu d’autre part. Grâce à la bienveillance de Paris, le Maroc tire son épingle de jeu.

 

En concertation avec la France et les Emirats arabes unis, le Maroc s’est résolument décidé à ne plus se passer d’un solide partenariat avec la première puissance continentale qu’est l’Afrique du sud. La reconnaissance officielle de la République arabe sahraouie démocratique par Pretoria en septembre 2004 et la bataille pour l’organisation de la Coupe du monde de football 2010, ont scellé la brouille entre les deux pays. Mais Rabat était le grand perdant de ce déséquilibre diplomatique aujourd’hui réparé par le retour du Maroc au sein de l’Union africaine et la décision des deux chefs de l’Etat, le Roi Mohammed VI et le sud-africain Jacob Zuma, de se projeter dans un avenir prometteur et faire des deux pays des pôles importants de stabilité politique et de développement économique dans le continent avec, comme, première décision, de désigner rapidement des d’ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires à Rabat et à Pretoria.

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Et il est évident que le retour du Maroc au sein de l’UA ne peut acquérir toute son étendue diplomatique sans épurer et normaliser les relations avec un des grands soutiens du Polisario dans le continent à savoir l’Angola. La rencontre du souverain avec le président angolais Joao Lourenço en présence de son puissant directeur du Cabinet, Edeltrudes Costa et du ministre des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto, va dans ce sens. Il faut rappeler que lors de la guerre civile angolaise, le puissant MPLA d’obédience marxiste-léniniste s’opposait à celui de l’UNITA conduit par son leader historique Jonas Savimbi, armé et financé par le Maroc. D’ailleurs, sous les auspices et recommandation du Comte Alexandre de Marenches, patron du SDECE (ancêtre de la DGSE, service français de renseignement), Jonas Savimbi était régulièrement reçu par le Roi Hassan II en présence du directeur général de la DGED, le général Abdelhak El Kadiri. D’où l’historique et régulière influence de Paris sur le dossier angolais.

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Le retour en force de Paris sur les dossiers militaires et de renseignement en Afrique a été confirmé hier soir par Emmanuel Macron qui, en marge du sommet UE/UA, a réuni un comité restreint défense restreint composé de lui-même, de la Chancelière allemande Angela Merkel, du président de la Commission européenne et celui de la Commission africaine pour parler de la situation sécuritaire dans le Sahel et de la crise migratoire alors qu’il s’agissait justement de l’ordre du jour du sommet UA/UE : s’agit-il d’un sommet dans le sommet ou d’une prise unilatérale de leadership par le président français qui se veut être le vrai patron de l’Afrique ?

Avec son initiative controversée sur la Libye soumise en Côte d’Ivoire lors du sommet UA/UE, et après un passage turbulent au Burkina Faso, Emmanuel Macron a conclu ce jeudi au Ghana ‘sa’ tournée africaine. Si à Akkra il a lancé un appel aux jeunes africains les incitant à rester chez eux et à réussir dans leurs pays respectifs, à Ouagadougou, il en a profité pour s’exercer à un show spectaculaire et ‘déployer ses muscles’ afin d’atterrir à Abidjan en conquérant.

D’ailleurs, son discours peu diplomatique prononcé la veille devant les étudiants burkinabés a totalement éclipsé les travaux du sommet d’Abidjan. Après quoi il enchaînera la semaine prochaine par une visite cruciale en Algérie ensuite de laquelle il se rendra au Qatar pour s’y entretenir avec Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani.

Le trublion président, superprésent sur tous les fronts diplomatiques en Afrique, en Asie, en Europe et au Moyen-Orient, aime rester seul à la barre et, au meilleur des cas, sous-traiter certaines de ses actions ponctuelles mais sous deux conditions : S’aligner sur la politique française et défendre les intérêts de la France.

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