Un séisme dans les assurances nommé Allianz

En rachetant à 2 milliards de dirhams le géant Zurich, soit deux fois le prix proposé par Wafa assurance ou RMA, Allianz, le géant allemand de l’assurance, ne cherche pas rester en queue du peloton du secteur de l’Assurance marocain. Il veut jouer dans la cour des grands quitte à arracher des parts de marché à ses concurrents confortablement installés, prenant certainement exemple sur Saham Assurance. Pour ce faire, Allianz a pris son temps pour préparer une étude détaillée de son portefeuille ainsi qu’une grille tarifaire agressive. Elle n’attendrait que le retour de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) qui s’apprêterait à répondre favorablement à la requête du nouvel entrant. Car avec cette grille tarifaire, que l’assureur allemand veut rendre très compétitive – surtout dans l’Automobile, Allianz exaucerait un vœu pieu de la ACAPS, à savoir casser l’entente tacite sur les tarifs des produits automobiles qui seraient, selon les experts, trois à quatre fois plus chers que leur valeur économique. Allianz souhaiterait également revaloriser les tarifs des produits “Entreprise” vendus à hauteur d’à peine un tiers de leur valeur économique en raison de la rude concurrence sur ce segment.

Allianz 1

La perspective d’une réponse favorable à la requête de l’assureur allemand fait trembler le marché. Car en cassant les prix de l’assurance-auto, ce sont les opérateurs les plus exposés sur ce segment qui seront les plus impactés, et c’est Saham Assurance qui devrait trinquer.


En effet, après la fusion avec Saada, le groupe a déployé une stratégie commerciale agressive aussi bien sur la capillarité de ses agents mais également sur la richesse de l’offre de service sur le segment automobile qui représente aujourd’hui près de 40% de son chiffre d’affaire. Une baisse des marges serait douloureuse pour le groupe de Moulay Hafid Elalamy sachant que le “gras” des autres segments ainsi que de son résultat financier, est déjà ponctionné par la rémunération des actionnaires (fonds d’investissement) et de l’investissement consenti pour financer la croissance. Moulay M’hammed Elalamy, du haut de ses 27 ans, fera certainement face, les prochains mois, à la première sérieuse épreuve de sa jeune carrière de patron de Saham Assurance qui, en plus d’un probable retournement du marché, devra trouver, dans les quatre ans, des ressources suffisantes pour payer les premières échéances de l’emprunt de 800 millions dhs contracté en 2007 sur 15 ans, auprès Fonds de solidarité des assurances qui a servi à financer le redressement de Saada. Tout ceci en respectant les nouvelles conditions de solvabilité qui seront imposées sur le secteur.

AXA et RMA pour une “libéralisation” des tarifs, Wafa assurance ignore le risque

Sur le marché, ce sont deux opérateurs historiques qui devraient être préparés à faire face à cette nouvelle donne du marché. Il s’agit du français AXA, avocat historique de la baisse des tarifs auto, qui sur le plan commercial serait prêt à affronter Allianz à armes égales et de RMA du groupe finance Com. Cette dernière, qui avait été prise la main dans le sac, utilisant le réseau bancaire de son groupe pour vendre de l’assurance l’automobile a, selon nos sources, commencé à casser l’entente sur le prix sur les segments d’entreprise pour le renouvellement des contrats “Entreprise” concernant les polices de plus d’1 million de dirhams. Une agressivité commerciale unilatérale qui aurait contrarié son concurrent et qu’il aurait, en représaille, attaqué dans la presse, semant le doute sur la viabilité de ses fondamentaux. Par ailleurs, la RMA devrait également gérer la contrainte d’un très probable changement de management en raison du départ imminent à la retraite de son Président Zouhair Bensaid, lequel se préparerait déjà à cette éventualité.

Quant au leader du secteur, Wafa assurance, la compagnie du Groupe SNI, n’aurait pas, aux dernières nouvelles, inscrit l’automobile dans sa cartographie des risques stratégiques. Il est vrai que le «gras» dont elle dispose grâce, entre autres, à la structure de son portefeuille et les plus values latentes de ses actifs financiers, peut amortir le choc des baisses des marges sur l’automobile. Néanmoins, les prochaines années seront pour le management, qui a succédé il y a exactement 3 ans à Ramses Arroub, un test sérieux et un exercice délicat de réactivité commerciale et d’optimisation financière.

Le marché des assurances marocain est à la veille d’une transformation importante, aussi bien sur le plan de sa structure que de son offre. Une offre qui serait plus compétitive et plus riche ce qui ne va pas sans déplaire au citoyen et à l’entreprise marocaine.

Les managers des big 4 seront mis à rude épreuve, des stars naîtront et des success stories s’écriront.


Le Groupe Allianz en chiffres

  • 86 millions de clients particuliers et entreprises dans plus de 70 pays.
  • 140.000 collaborateurs en 2016.
  • 122,4 milliards d’euros de CA en 2016 et un bénéfice opérationnel de 10,8 milliards d’euros.
  • 653 milliards d’euros en portefeuille d’investissement gérés par le groupe

 

Abdellah El Hattach

 

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