Au lendemain de la fin de la CAN marquée par des tensions sur et en dehors du terrain, Le Caire et Rabat ont choisi de parler. Et de le faire publiquement.
Dans un communiqué diffusé ce mardi par la Présidence du Conseil des ministres égyptien, les ministres des Sports des deux pays, le Dr. Achraf Sobhy pour l’Égypte et Mohamed Saad Berrada pour le Maroc, ont tenu un échange téléphonique dont le ton, la sémantique et le timing méritent attention. Derrière la formulation protocolaire, c’est une véritable opération de désescalade symbolique qui se dessine.
Le texte insiste d’emblée sur «la profondeur des relations historiques et fraternelles» entre les deux pays, rappelant qu’elles «s’étendent sur plusieurs décennies de coopération et de complémentarité», notamment dans les domaines du sport et de la jeunesse. Une manière de replacer l’épisode de la CAN dans le cadre plus large d’un partenariat ancien, et d’éviter que les émotions des terrains de football ne vienne brouiller des équilibres diplomatiques patiemment construits.
Les deux ministres ont souligné que la compétition sportive devait «demeurer dans un cadre civilisé fondé sur le respect mutuel et l’esprit sportif». Cette phrase, loin d’être anodine, traduit une volonté claire de contenir les excès verbaux et les polémiques qui ont émergé sur les réseaux sociaux et dans certaines tribunes.
Le communiqué précise également que cet échange s’inscrit dans un effort de coordination visant à «apaiser les atmosphères sportives entre les publics» et à rappeler que le sport doit être «un pont entre les peuples et non une source de division». Il est présenté comme une «force douce» (soft power) capable de renforcer les rapprochements et la coopération entre nations sœurs, une rhétorique qui place le football au cœur de la diplomatie culturelle et populaire.
Côté égyptien, le ministre Achraf Sobhy a tenu à féliciter explicitement le Maroc pour la réussite de l’organisation de la CAN, saluant ce qu’il qualifie d’«événement africain majeur». Il a parallèlement rejeté «toute forme de fanatisme ou d’insulte» susceptible de nuire aux relations bilatérales ou de ternir l’image des supporters arabes, un message clair adressé autant aux médias qu’aux bases militantes.
De son côté, Mohamed Saad Berrada a exprimé l’appréciation du Royaume pour cette prise de contact, réaffirmant le caractère «stratégique» des relations entre Rabat et Le Caire. Sans entrer dans le détail des tensions récentes, il a salué la démarche de dialogue et de clarification, en phase avec la tradition diplomatique marocaine privilégiant le canal institutionnel au tumulte médiatique.
Ce communiqué révèle trois éléments essentiels :
- D’abord, la volonté des deux capitales de dépolitiser l’émotion sportive et de replacer le débat sur un terrain institutionnel.
- Ensuite, la reconnaissance implicite que la CAN 2025, par son retentissement continental et international, a dépassé le simple cadre du football pour devenir un enjeu d’image et d’influence.
- Enfin, le rappel que, dans un contexte africain où les rivalités sportives peuvent rapidement se transformer en crispations nationales, la diplomatie du sport reste un levier essentiel de stabilité et de coopération.






