FIDH : Aziz Rhali brutalement mis sur la touche !

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a demandé à son vice-président, Aziz Rhali, de se mettre en retrait et de ne plus s’exprimer au nom de l’organisation. Une décision qui intervient après une polémique majeure liée à ses publications sur les réseaux sociaux.

Le 14 mai 2026, l’hebdomadaire français Le Point publie un article révélant plusieurs publications et photos de Aziz Rhali exprimant un soutien clair au Hezbollah et faisant référence à Hassan Nasrallah. Quelques jours plus tard, le 17 mai, Aziz Rhali rend inaccessibles l’ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux (principalement Facebook), supprimant ou privatisant ses anciennes publications.

Selon des sources proches du dossier, ces contenus avaient déjà fait l’objet d’avertissements répétés de la part de la FIDH depuis 2024. L’organisation avait jugé ces publications « évidemment contraires à ses positionnements et à ses valeurs ».

Cette affaire a précipité la réaction officielle de la FIDH.

La décision de la FIDH

Dans un communiqué adressé à toutes ses organisations membres, la FIDH a adressé un communiqué détaillé à ses organisations membres pour clarifier la situation concernant Aziz Rhali, l’un de ses vice-présidents.

Selon ce document, il a été demandé à M. Rhali « de se mettre en retrait et de ne pas s’exprimer au nom de la FIDH », dans l’attente des conclusions d’une commission interne mise en place par le Bureau exécutif.

La FIDH précise que cette mesure ne remet pas en cause « l’engagement d’Aziz Rhali en faveur des droits du peuple palestinien, ni son histoire militante, ni les risques personnels auxquels il peut être exposé ». Elle porte spécifiquement sur « des publications et prises de position publiques spécifiques, susceptibles d’être en décalage avec les valeurs, les positions et le code de conduite de la FIDH ».

Des avertissements avaient déjà été adressés à plusieurs reprises depuis 2024, indique le communiqué. De nouveaux éléments étant récemment apparus dans l’espace public, le Bureau exécutif a décidé d’engager un processus interne « conforme à nos statuts et à nos règles de gouvernance ».

Une commission a été constituée afin « d’examiner les faits concernés, d’évaluer la situation dans toute sa complexité et de proposer des suites dans le respect des principes de transparence, de responsabilité et de protection collective de notre mouvement ».

Contexte et réaffirmation des positions de la FIDH

Le communiqué intervient dans un contexte que la FIDH qualifie de « particulièrement grave et sensible » : intensification des crimes commis contre le peuple palestinien, extension régionale des conflits, fragilisation du droit international, polarisation extrême des débats et attaques croissantes contre les organisations de défense des droits humains.

La FIDH rappelle son engagement historique en faveur du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État viable, conformément au droit international. Elle souligne avoir documenté les crimes internationaux, soutenu les victimes et appelé à une solution juste fondée sur le respect du droit international, en dénonçant l’occupation, la colonisation de peuplement, l’annexion et le système d’apartheid.

Au lendemain du 7 octobre 2023, la FIDH affirme avoir condamné « les violences et crimes commis contre les civils, d’où qu’ils viennent », tout en rappelant le contexte d’occupation et de siège sur Gaza. Dès décembre 2023, elle a été parmi les premières organisations internationales à qualifier publiquement la situation à Gaza de génocide.

L’organisation liste ses actions continues : soutien aux procédures devant la Cour pénale internationale (CPI), appels à des mandats d’arrêt contre les responsables de crimes internationaux, plaidoyer pour un embargo sur les armes, demandes de sanctions économiques et diplomatiques, révision des accords de coopération avec Israël, documentation des complicités et actions devant les juridictions nationales, notamment en France.

La FIDH insiste sur un principe central : « La FIDH est une organisation indépendante de défense des droits humains. Elle ne peut être associée à aucun parti politique, aucune faction armée, aucun gouvernement ou régime, quels qu’ils soient. »

Elle note qu’elle est elle-même « la cible d’attaques politiques et médiatiques » en raison de son travail sur la Palestine et de son refus de céder aux pressions.

Le communiqué reconnaît les « inquiétudes, les sensibilités et les débats » que cette situation suscite « dans la région MENA et au sein de notre mouvement », dans un contexte de polarisation extrême où « chaque prise de position, chaque mot et parfois même chaque silence peuvent être instrumentalisés ».

La FIDH appelle à préserver « un espace commun capable de défendre avec force les droits du peuple palestinien, de lutter contre l’impunité et les doubles standards, tout en restant fidèles aux principes universels qui fondent notre action collective ».


Texte intégral du message adressé aux membres de l’organisation

Chères organisations membres,

Cher.es ami.es,

Nous souhaitions vous écrire directement afin que toutes les organisations de la région disposent du même niveau d’information concernant la situation actuelle liée à Aziz Rhali, vice-président de la FIDH.

La situation actuelle intervient dans un contexte particulièrement grave et sensible, marqué à la fois par l’intensification des crimes commis contre le peuple palestinien, l’extension régionale des conflits en dépit du droit international, un processus plus large de fragilisation et de remise en cause du droit international tel qu’analysé par la FIDH dans ses récentes résolutions, des logiques de domination et d’inégalités structurelles dans les relations internationales, une polarisation extrême des débats publics, ainsi que des attaques croissantes contre les organisations de défense des droits humains, notamment celles qui documentent les violations commises par les autorités israéliennes et dénoncent l’impunité.

Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler clairement l’histoire, les positions et les engagements constants de la FIDH concernant la Palestine.

Depuis des décennies, la FIDH défend le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État viable, conformément au droit international. Elle a été aux côtés de ses organisations membres palestiniennes et israéliennes pour documenter les crimes internationaux, soutenir les victimes et porter leurs voix devant les mécanismes internationaux de justice et de protection des droits humains, notamment devant la Cour pénale internationale et les instances multilatérales des Nations unies. Elle n’a cessé d’appeler à une solution juste et durable, fondée sur le respect du droit international et sur la prise en compte des causes profondes de ce cycle de violence en dénonçant constamment l’occupation, la colonisation de peuplement, l’annexion, le système d’apartheid ainsi que les violations graves et systématiques du droit international commises à l’encontre des Palestinien·nes.

Au lendemain du 7 octobre 2023, malgré un contexte d’émotion et de fortes pressions politiques, la FIDH a refusé les raccourcis juridiques et les positionnements dictés par les logiques de camp ou le récit du dominant. Fidèle à sa boussole, le droit international, elle a condamné les violences et crimes commis contre les civils, d’où qu’ils viennent, demandé justice pour toutes les victimes sans distinction et rappelé qu’aucune analyse sérieuse de cette crise ne pouvait ignorer le contexte d’occupation, de colonisation, de siège sur Gaza et de déni prolongé des droits du peuple palestinien.

Dès décembre 2023, avec ses organisations membres palestiniennes et américaine, la FIDH a été parmi les premières organisations internationales à qualifier publiquement la situation à Gaza de génocide et à appeler les États et juridictions internationales à agir en conséquence. Alors que beaucoup évitaient encore ce terme, la FIDH a choisi de rester fidèle aux faits documentés par ses organisations et au droit international.

Depuis, la FIDH :

soutient les procédures engagées devant la CPI ;

a appelé à des mandats d’arrêt contre les responsables des crimes internationaux ;

plaide pour un embargo sur les armes ;

demande des sanctions économiques et diplomatiques ;

appelle à revoir les accords de coopération et de libre-échange avec Israël ;

documente les complicités éventuelles d’acteurs étatiques ou privés ;

agit devant les juridictions nationales, y compris en France ;

et continue de dénoncer les doubles standards ainsi que la répression des mouvements de solidarité avec la Palestine.

‎Pour toutes ces raisons, la FIDH est elle-même aujourd’hui la cible d’attaques politiques et médiatiques en raison de son travail sur la Palestine et de son refus de céder aux pressions visant à faire taire les dénonciations des crimes internationaux.

‎C’est précisément parce que la FIDH mène ce combat avec constance et crédibilité qu’elle doit également être claire sur ses propres principes et responsabilités institutionnelles.

‎La FIDH est une organisation indépendante de défense des droits humains. Elle ne peut être associée à aucun parti politique, aucune faction armée, aucun gouvernement ou régime, quels qu’ils soient. Sa légitimité repose sur son indépendance, sur son attachement constant au droit international et sur sa capacité à défendre toutes les victimes, partout, sans sélectivité.

‎La situation actuelle ne remet donc pas en cause l’engagement d’Aziz Rhali en faveur des droits du peuple palestinien, ni son histoire militante, ni les risques personnels auxquels il peut être exposé. Elle porte sur des publications et prises de position publiques spécifiques, susceptibles d’être en décalage avec les valeurs, les positions et le code de conduite de la FIDH.

‎Comme cela avait déjà été évoqué avec lui à plusieurs reprises depuis 2024, certaines publications avaient conduit la gouvernance de la FIDH à lui adresser des avertissements et des demandes de retrait. De nouveaux éléments étant récemment réapparus dans l’espace public, le Bureau exécutif a décidé d’engager un processus interne conforme à nos statuts et à nos règles de gouvernance.

‎Une commission a donc été mise en place afin d’examiner les faits concernés ; d’evaluer la situation dans toute sa complexité et de proposer des suites dans le respect des principes de transparence, de responsabilité et de protection collective de notre mouvement.

‎Dans l’attente de ce processus, il a été demandé à Aziz Rhali de se mettre en retrait et de ne pas s’exprimer au nom de la FIDH.

‎Nous sommes conscient·es des inquiétudes, des sensibilités et des débats que cette situation suscite dans la région MENA et au sein de notre mouvement. Cette séquence intervient dans un moment où les organisations de défense des droits humains sont confrontées à des tensions accrues, dans un contexte de polarisation extrême où chaque prise de position, chaque mot et parfois même chaque silence peuvent être instrumentalisés.

‎Plus largement, cette situation rappelle l’importance, pour notre Fédération, de poursuivre collectivement une réflexion exigeante sur la manière dont nous articulons nos principes universels, la diversité de nos contextes régionaux et les conditions concrètes de défense des droits humains dans un monde profondément fragmenté.

‎Plus que jamais, nous avons besoin de préserver un espace commun capable de défendre avec force les droits du peuple palestinien, de lutter contre l’impunité et les doubles standards, tout en restant fidèles aux principes universels qui fondent notre action collective.

‎Nous vous remercions de votre confiance et restons à votre disposition.

‎Solidairement

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