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Comment le Mossad a recruté Ahmadinejad pour l’installer au pouvoir en Iran

Deux enquêtes, publiées par Haaretz et The New York Times, reconstituent le projet israélien de changement de régime et le rôle attribué à Ahmadinejad.

Deux enquêtes publiées le 13 juillet 2026 par Haaretz et The New York Times racontent les deux faces d’un même projet. La première reconstitue la stratégie conçue par Benjamin Netanyahu et le Mossad pour renverser le régime iranien. La seconde suit Mahmoud Ahmadinejad, ancien président ultraconservateur devenu opposant aux ayatollahs, que les services israéliens auraient progressivement recruté, accompagné et désigné pour prendre le pouvoir à Téhéran.

Le 7 octobre 2023, une équipe du Mossad atterrit dans un aéroport situé à l’autre bout du monde. À peine descendus de l’avion, les agents israéliens découvrent sur leurs téléphones les premières images de l’attaque du Hamas : des centaines de morts, des otages emmenés à Gaza et des localités israéliennes attaquées.


Les agents sont sous le choc. Leur mission, racontée par Haaretz, paraît pourtant tout aussi invraisemblable que l’événement qui vient de se produire : établir une relation opérationnelle avec Mahmoud Ahmadinejad, ancien président iranien, négateur de la Shoah et figure longtemps associée à la ligne la plus hostile à Israël.

Quelques mois plus tard, au début de 2024, un autre épisode se déroule à Budapest. Un haut responsable hongrois demande à Gergely Deli, recteur de l’université Ludovika, d’organiser une conférence sur le changement climatique. Parmi les invités doit figurer Ahmadinejad.


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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu recevant un prix des mains de Gergely Deli, recteur de l’université Ludovika à Budapest, l’année dernière.

La rencontre universitaire sert en réalité de couverture. Selon The New York Times, l’objectif consiste à permettre à l’ancien président iranien de rencontrer discrètement des représentants du renseignement israélien. Deli accepte, estimant qu’il facilite le dialogue entre deux ennemis et qu’une telle médiation peut contribuer à éviter de nouvelles violences.

Ces deux scènes forment les points de départ des enquêtes. Haaretz raconte la construction du projet israélien de changement de régime. The New York Times suit l’homme choisi pour en incarner l’issue politique.

Un ancien président devenu critique du régime

Lorsque le Mossad commence à s’intéresser à Ahmadinejad, l’ancien président a déjà engagé une profonde transformation publique.

Entre 2005 et 2013, il a incarné la ligne dure de la République islamique. Sous sa présidence, l’Iran relance son programme d’enrichissement d’uranium. Ahmadinejad multiplie les déclarations contre Israël, nie la Shoah et réprime durement le mouvement de contestation né après l’élection présidentielle de 2009. Des opposants sont emprisonnés et des dissidents exécutés sous son mandat.

Après son départ du pouvoir, son discours évolue. Il réduit progressivement sa rhétorique contre Israël, critique les méthodes des forces de sécurité iraniennes et accuse les dirigeants de corruption financière. Il intervient sur des sujets plus consensuels, comme la musique populaire, et tente de construire l’image d’un homme proche de la société.

Son apparence change également. La veste kaki trop large qui l’avait accompagné pendant sa présidence laisse place à des costumes ajustés. Sa barbe devient plus soignée. Il commence à apprendre l’anglais et cherche à projeter l’image d’un responsable politique modernisé.

À Téhéran, Ahmadinejad reçoit chaque matin des citoyens venus lui présenter leurs difficultés. Il intervient parfois auprès des administrations pour faciliter l’obtention d’un prêt ou le traitement d’un dossier. Il se déplace régulièrement dans les provinces et entretient son réseau parmi les classes populaires.

Son rapport avec le régime reste ambigu. Les autorités le marginalisent, limitent ses déplacements et lui interdisent à trois reprises de se présenter à l’élection présidentielle. Elles lui maintiennent pourtant une place au Conseil de discernement, institution chargée de conseiller le Guide suprême.

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M. Ahmadinejad a confié à un petit cercle de ses plus proches collaborateurs et confidents son ambition de devenir le futur dirigeant de l’Iran avec l’aide de puissances étrangères.

Ses anciens proches interprètent cette transformation comme une stratégie politique. Ahmadinejad chercherait à se distinguer des dirigeants en place et à préparer son retour. Abdolreza Davari, ancien conseiller devenu critique, affirme au New York Times que sa motivation centrale serait le pouvoir. Selon lui, Ahmadinejad dispose déjà de ressources financières et d’un réseau économique important.

Un membre de son entourage affirme qu’il aurait confié à plusieurs proches son ambition de diriger un jour l’Iran avec l’appui de puissances étrangères. Il aurait conclu qu’un retour par les institutions de la République islamique était devenu impossible après ses exclusions électorales successives.

Ahmadinejad aurait également expliqué qu’un changement de régime pouvait conduire Washington et Israël à soutenir une personnalité de l’opposition installée à l’étranger, sans connaissance directe des institutions et de la société iraniennes. Il se serait présenté comme une solution intérieure capable de diriger la transition.

Selon ce proche, l’ancien président se comparait à Boris Eltsine, qui avait accompagné l’effondrement du système soviétique avant de diriger la Russie. Ahmadinejad aurait envisagé de reconnaître Israël et d’intégrer l’Iran au processus des accords d’Abraham en cas de retour au pouvoir.

Le Mossad identifie une opportunité

Les services israéliens suivent attentivement le conflit entre Ahmadinejad et la direction iranienne. Ils observent son ressentiment envers Ali Khamenei et envers les institutions qui ont bloqué son retour à la présidence.

Selon Haaretz, les responsables du Mossad accordent une importance particulière à deux évolutions dans son discours. Ahmadinejad estime que les sanctions internationales menacent la survie économique de l’Iran. Il considère aussi que le programme nucléaire, longtemps présenté comme un symbole de souveraineté, est devenu une charge politique et économique.

Les responsables israéliens arrivent alors à une conclusion : son hostilité envers le pouvoir religieux est devenue suffisamment profonde pour qu’il puisse envisager une coopération avec Israël. David Barnea, directeur du Mossad, prend personnellement en charge le dossier.

Mossad Burnea
David Barnea, à droite, et Benjamin Netanyahu, en septembre dernier.

Le recrutement aurait été mené pendant plusieurs années. The New York Times situe un premier contact possible en 2023, lors d’un voyage d’Ahmadinejad au Guatemala pour participer à une conférence consacrée à l’environnement.

Les autorités iraniennes tentent d’abord de l’empêcher de quitter le pays. Ahmadinejad organise alors un sit-in à l’aéroport de Téhéran, prend des photos avec des voyageurs et publie des messages sur ses réseaux sociaux. Il obtient finalement l’autorisation d’embarquer.

Les responsables iraniens interrogés par le quotidien américain estiment qu’un contact avec Israël aurait déjà pu avoir lieu pendant ce déplacement. La date exacte du début du recrutement demeure toutefois indéterminée.

La relation prend une forme plus structurée à Budapest. En 2024, Ahmadinejad se rend à l’université Ludovika. David Barnea aurait lui-même fait le déplacement pour le rencontrer. Peu après, le Mossad aurait informé la CIA qu’il avait engagé des contacts avec l’ancien président iranien.

Selon des responsables américains cités par The New York Times, Israël aurait également financé une partie de son logement et de ses déplacements. Des agents israéliens l’auraient rencontré à plusieurs reprises hors d’Iran.

Ahmadinejad revient à Budapest en juin 2025, quelques jours avant une nouvelle guerre entre Israël et l’Iran. Ses gardes du corps iraniens, membres de l’unité Ansar des Gardiens de la révolution, constatent qu’il échappe à leur surveillance à deux reprises pour participer à de longues réunions.

Interrogé par ses gardes, il explique avoir rencontré des professeurs.

Son intervention à Ludovika confirme sa transformation publique. Il prononce son discours en anglais, abandonne la formule coranique qui ouvrait habituellement ses prises de parole et évoque « l’humanité partagée » ainsi qu’un nouvel ordre mondial. Il offre au recteur un exemplaire du Livre des Rois de Ferdowsi.

Gergely Deli reconnaîtra ensuite avoir joué le rôle d’intermédiaire et de façade pour faciliter les contacts.

La mort de Raïssi change la lecture israélienne

Pendant que le Mossad travaille sur Ahmadinejad, la stratégie israélienne envers l’Iran évolue.

Le 19 mai 2024, le président iranien Ebrahim Raïssi meurt dans un accident d’hélicoptère près de la frontière avec l’Azerbaïdjan. À Téhéran, des manifestations de joie apparaissent dans les rues.

Pour le Mossad, cette réaction constitue un indicateur de fragilité. Le régime est déjà confronté aux conséquences des manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini, à l’affaiblissement de la police des mœurs et aux effets des sanctions économiques.

Les services israéliens estiment alors que le pouvoir iranien est plus vulnérable qu’il ne le paraît.

La perception de Benjamin Netanyahu évolue en parallèle. Après le choc du 7 octobre et l’enlisement de la guerre à Gaza, le Premier ministre adopte une approche militaire plus offensive. Selon plusieurs sources citées par Haaretz, il cherche également une réussite stratégique capable de dépasser les résultats limités obtenus contre le Hamas.

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Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée israélienne, à Gaza

Il demande à David Barnea de réorienter les moyens du Mossad vers la déstabilisation du régime iranien.

Cette décision marque une rupture avec près de vingt ans de doctrine israélienne. Meir Dagan, ancien directeur du Mossad, avait jugé que le renversement du régime dépassait les capacités d’Israël. Tamir Pardo estimait que le service ne disposait ni des agents, ni du financement, ni des plans nécessaires. Sous Yossi Cohen, les efforts restaient concentrés sur le nucléaire iranien et sur les scientifiques associés au programme.

Netanyahu commence par demander au Mossad de déstabiliser l’Iran, sans fixer immédiatement l’effondrement du régime comme objectif officiel. Les services préparent des opérations d’influence, cherchent à accentuer les tensions entre les minorités et tentent d’amplifier les mouvements sociaux avec l’aide de technologies et de collaborateurs locaux.

Plusieurs responsables du Mossad doutent déjà de l’efficacité de ce travail. Les préparatifs se poursuivent malgré leurs réserves.

L’exemple syrien donne naissance au plan kurde

En novembre 2024, les forces syriennes dirigées par Abou Mohammed al-Joulani lancent une offensive depuis Alep. En quelques jours, l’armée de Bachar al-Assad s’effondre. Les rebelles avancent vers Hama, Homs puis Damas.

Netanyahu suit cette progression avec attention. Selon une source ayant participé aux discussions de sécurité, la victoire d’al-Joulani lui inspire un modèle pour l’Iran : une force armée implantée à la périphérie peut avancer rapidement, provoquer l’effondrement des institutions centrales et prendre le pouvoir.

Le Mossad reçoit alors la mission de trouver des combattants capables d’agir au sol. Le choix se porte sur les organisations kurdes basées dans le nord de l’Irak.

Plusieurs responsables israéliens contestent cette comparaison. La Syrie de 2024 sort de treize années de guerre civile. Ses institutions sont désorganisées et son économie détruite. L’Iran compte près de 90 millions d’habitants, possède une administration structurée, un appareil militaire important et une économie plus solide.

Netanyahu maintient pourtant le projet.

Le Mossad cartographie les organisations kurdes, sélectionne certains groupes et écarte ceux dont l’hostilité envers la Turquie pourrait provoquer une réaction d’Ankara.

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Des combattants d’une milice kurde dans une base d’entraînement en Irak, en février. Le Mossad comptait sur la participation de 16 000 combattants à l’opération.

Le dispositif prend progressivement de l’ampleur. Les services israéliens envisagent d’armer et d’entraîner environ 16 000 combattants kurdes. Une partie des armes doit provenir des stocks saisis au Hezbollah pendant la guerre au Liban.

Les combattants doivent pénétrer dans l’ouest de l’Iran avec la protection de l’aviation israélienne. Leurs premiers objectifs sont Kermanshah et Marivan, deux villes proches de la frontière irakienne. Ils doivent ensuite rallier des combattants locaux et encourager une mobilisation de la population kurde iranienne.

Au même moment, d’autres minorités associées au Mossad doivent ouvrir des fronts dans plusieurs régions. L’objectif consiste à disperser les forces iraniennes, à éloigner les unités de sécurité de Téhéran et à créer l’impression d’un pays attaqué de toutes parts.

Des frappes américaines et israéliennes doivent viser la direction politique, les Gardiens de la révolution, les capacités militaires et le programme nucléaire.

Une fois l’appareil de sécurité affaibli, des mobilisations urbaines doivent être déclenchées. Ahmadinejad doit alors apparaître comme le dirigeant capable de stabiliser le pays.

Dans le scénario le plus favorable, une partie des forces kurdes aurait poursuivi son avancée vers Téhéran. L’aviation israélienne aurait ouvert leur route, tandis que des réseaux d’opposition auraient organisé des soulèvements dans plusieurs quartiers de la capitale.

Le Grand Bazar, les minorités et les réseaux locaux

La préparation militaire s’accompagne d’un travail d’influence à l’intérieur de l’Iran.

Le Grand Bazar de Téhéran occupe une place centrale. Le Mossad le considère comme un baromètre social et économique. Les grands mouvements de protestation iraniens y trouvent régulièrement leur origine. Une mobilisation issue du Bazar bénéficie aussi d’une crédibilité plus forte, car elle peut être présentée comme une réaction aux difficultés économiques plutôt que comme une opération politique.

Pendant l’année 2025, le Mossad consacre des ressources importantes à la construction de réseaux dans le Bazar. Des agents cherchent à développer une mobilisation locale et à identifier des responsables capables d’encadrer les protestations.

Les services israéliens tentent également d’établir des contacts avec des personnalités susceptibles de prendre le contrôle d’institutions locales en cas d’affaiblissement du pouvoir central.

Lorsque la guerre de juin 2025 commence, cette stratégie d’influence cède progressivement la place aux assassinats ciblés, aux bombardements et à la préparation des incursions terrestres.

Netanyahu accélère

Les premières frappes de juin 2025 renforcent la conviction de Netanyahu. Les défenses aériennes iraniennes paraissent affaiblies et les résultats militaires israéliens sont jugés satisfaisants.

Selon des proches cités par Haaretz, le Premier ministre devient convaincu que le régime peut tomber. Il demande si l’armée peut éliminer Ali Khamenei et ordonne une surveillance permanente du complexe souterrain utilisé par les dirigeants iraniens.

Chaque vendredi, Netanyahu réunit David Barnea, le responsable de la division d’influence du Mossad et plusieurs officiers du renseignement militaire. Les participants examinent l’état du projet de renversement, les moyens de diffuser des messages en Iran et les possibilités d’affaiblir le pouvoir.

Les doutes restent importants. Tzachi Hanegbi, conseiller à la sécurité nationale, cesse de participer aux réunions après avoir considéré les projets comme irréalistes. Des responsables du renseignement militaire estiment également que les moyens préparés par le Mossad restent insuffisants.

En décembre 2025, des manifestations éclatent dans le Grand Bazar dans un contexte d’inflation et de chute du rial. La répression et l’arrêt des communications accélèrent le calendrier israélien.

Netanyahu demande alors à l’armée de préparer une attaque dans un délai court et au Mossad de présenter son meilleur plan pour provoquer l’effondrement du régime.

Un haut responsable du service reconnaîtra que le Mossad reste loin d’être prêt. La volonté américaine d’entrer en guerre pousse cependant Israël à poursuivre.

Washington et le renseignement israélien expriment leurs doutes

Le 11 février 2026, Netanyahu présente le plan à Donald Trump à la Maison-Blanche. David Barnea participe à distance.

Trump paraît d’abord réceptif. Lors d’une réunion organisée le lendemain, ses principaux conseillers expriment toutefois une forte opposition.

Le vice-président J. D. Vance se montre sceptique. Le secrétaire d’État Marco Rubio rejette le projet. Le directeur de la CIA John Ratcliffe le considère comme une construction peu crédible. Les services américains estiment qu’une incursion kurde ne peut suffire à provoquer l’effondrement de l’État iranien.

En Israël, le renseignement militaire arrive à une conclusion comparable.

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L’ancien conseiller à la sécurité nationale Tzachi Hanegbi. Il estimait que le plan était pure fantaisie

Le général Shlomi Binder et la division de recherche estiment que la probabilité de chute du régime est faible. Ils doutent de l’engagement réel des Kurdes, de la mobilisation des autres minorités et du niveau de soutien américain.

Ils contestent surtout la possibilité de contrôler les événements après la disparition du pouvoir central. La tentative d’installer Ahmadinejad au milieu d’une guerre, de mouvements de population et d’affrontements internes leur paraît impossible à planifier.

Ils avertissent aussi qu’un affaiblissement du pouvoir religieux peut conduire à la création d’une dictature militaire dominée par les Gardiens de la révolution.

Les ministres découvrent le nom d’Ahmadinejad

Lorsque David Barnea présente la phase politique du projet au cabinet de sécurité israélien, les ministres découvrent qu’Ahmadinejad doit devenir le nouveau dirigeant de l’Iran.

Le nom était jusque-là protégé par des pseudonymes. Les participants doivent signer des engagements de confidentialité avant de recevoir les détails.

La réaction est immédiate. Plusieurs ministres rappellent son passé, ses déclarations contre Israël et son rôle dans le programme nucléaire iranien. Ils demandent quel intérêt Israël peut trouver à renverser le régime pour le remplacer par une personnalité aussi controversée.

Barnea leur présente une autre lecture : Ahmadinejad est désormais en conflit avec Khamenei, ses collaborateurs ont été arrêtés, sa candidature a été rejetée à plusieurs reprises et il conserve une popularité réelle dans une partie du pays.

Après de longues discussions, les ministres acceptent que son profil puisse servir les intérêts israéliens.

La frappe, la Peugeot noire et la maison sécurisée

Le 28 février 2026, au début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, une frappe touche le complexe d’Ahmadinejad à Téhéran.

Selon quatre hauts responsables iraniens interrogés par The New York Times, le bâtiment utilisé par ses gardes et son véhicule blindé sont visés.

Dans le chaos qui suit, une Peugeot noire arrive sur les lieux. Ahmadinejad monte dans la voiture, qui repart à grande vitesse.

Des sources américaines et iraniennes affirment que le véhicule est conduit par des agents du Mossad. L’ancien président est transporté vers une maison sécurisée située en Iran. L’opération doit le libérer de la surveillance des Gardiens de la révolution et permettre le lancement de la phase politique du changement de régime.

L’extraction provoque cependant une rupture.

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Kermanshah, la ville que les milices kurdes étaient censées capturer avec le soutien de l’armée de l’air israélienne

Ahmadinejad aurait été contrarié par la violence et l’improvisation apparente de l’opération. Il aurait commencé à perdre confiance dans le projet israélien et dans ses chances de revenir au pouvoir.

Il quitte ensuite la maison sécurisée dans des circonstances inconnues.

Pendant plusieurs mois, aucune apparition publique ne permet de déterminer son statut. Selon quatre responsables iraniens, il aurait été récupéré par le service de renseignement des Gardiens de la révolution puis placé en résidence surveillée.

Le plan kurde s’arrête avant le premier combat

Pendant que le Mossad tente de mettre Ahmadinejad à l’abri, les combattants kurdes attendent leur ordre de départ.

Les armes sont distribuées. Les entraînements sont terminés. Les itinéraires d’invasion et les frappes aériennes sont préparés. David Barnea rencontre personnellement les commandants kurdes.

Un élément reste indispensable : l’autorisation claire des États-Unis.

Les chefs kurdes refusent de s’engager sans garantie américaine. Ils se souviennent de précédentes coopérations au cours desquelles Washington avait retiré son soutien, laissant leurs forces exposées aux représailles.

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Avions des FDI en route vers l’Iran. L’armée de l’air a demandé de reporter l’invasion kurde afin de terminer les préparatifs

L’offensive est d’abord prévue pour le sixième jour de la guerre. Elle est ensuite avancée, puis reportée parce que l’armée de l’air israélienne n’est pas prête à fournir le corridor aérien nécessaire.

Lorsque l’aviation est finalement opérationnelle, les Kurdes refusent d’avancer.

Donald Trump annonce publiquement qu’il exclut leur participation. La Turquie aurait également fait pression sur Washington. Recep Tayyip Erdogan craignait qu’une victoire kurde en Iran et en Irak renforce les ambitions de la population kurde en Turquie.

Le pilier principal de l’opération disparaît. Les autres minorités restent immobiles. Les réseaux d’influence ne provoquent aucun soulèvement de grande ampleur. Ahmadinejad ne peut être présenté comme successeur dans un pays dont le régime continue de fonctionner.

Les dernières tentatives du Mossad

Après l’échec du volet kurde, David Barnea demande à ses équipes de préparer un nouveau projet en quarante-huit heures.

Les agents proposent d’utiliser Chaharshanbe Suri, fête iranienne marquée par des feux et des rassemblements, pour déclencher des manifestations. Des responsables locaux recrutés par Israël doivent mobiliser la population.

Le renseignement militaire s’y oppose. Il estime que la guerre réduit les chances de mobilisation et que l’activation des réseaux conduirait à leur identification par les autorités iraniennes.

Netanyahu accepte cette analyse et abandonne le projet.

Le Mossad se concentre ensuite sur les bases des Bassidji et sur les postes de contrôle utilisés pour réprimer les manifestations. Des drones déployés à l’intérieur de l’Iran et des avions israéliens doivent réduire la capacité d’action de ces forces.

Cette opération est elle aussi interrompue après quelques jours.

David Barnea cesse progressivement de participer aux réunions quotidiennes de suivi. Dans les premiers jours de la guerre, il dormait au centre de commandement militaire de Tel-Aviv. Lorsque ses opérations ne produisent plus de résultats, son adjoint puis les chefs de division le remplacent.

Pour les responsables présents, le projet est terminé.

Ahmadinejad réapparaît sous surveillance

Après plusieurs mois d’absence, Ahmadinejad apparaît aux funérailles d’Ali Khamenei.

Les images le montrent portant une veste lourde malgré la chaleur, un masque chirurgical abaissé sous le menton et la tête penchée. Il reste silencieux, entouré de plusieurs hommes qui semblent appartenir aux services de sécurité.

Hassan Rohani et Mohammad Khatami, les deux autres anciens présidents encore en vie, sont absents des cérémonies.

Pour The New York Times, cette apparition renforce l’hypothèse d’un Ahmadinejad désormais placé sous le contrôle des Gardiens de la révolution.

Une opération préparée en quelques mois pour un résultat attendu sur plusieurs années

Dans son épilogue, Haaretz dresse le bilan du projet.

Le Mossad aurait obtenu des résultats opérationnels importants : le recrutement d’un ancien président iranien, la constitution de réseaux à Téhéran, l’armement de groupes kurdes, le déploiement de drones et l’installation d’une base en Azerbaïdjan.

Aucun de ces éléments ne produit toutefois l’effet attendu au moment décisif.

Plusieurs anciens responsables du renseignement interrogés par le journal estiment qu’un changement de régime en Iran exige une préparation de dix à quinze ans. Il faut identifier une direction alternative, construire des réseaux politiques, recruter des forces, introduire des armes et préparer une administration.

Le projet conduit par Netanyahu et Barnea aurait été conçu en quelques mois.

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John Ratcliffe, directeur de la CIA. Il a déclaré au président que le plan était une farce

Sa structure présentait également une fragilité majeure : chaque étape dépendait du succès de la précédente. Sans entrée kurde, aucun affaiblissement territorial du régime. Sans affaiblissement, aucune mobilisation nationale. Sans mobilisation, aucune possibilité de présenter Ahmadinejad comme dirigeant de transition.

Certains responsables parlent d’une erreur stratégique et d’un excès de confiance. Ils reprochent à Netanyahu d’avoir poursuivi un objectif contesté par le renseignement militaire et au Mossad d’avoir présenté ses capacités comme plus avancées qu’elles ne l’étaient.

David Barnea continue pourtant de penser que le régime iranien peut tomber dans un délai d’un à trois ans. Il reconnaît aussi qu’un accord entre Washington et Téhéran, accompagné d’une levée des sanctions et d’un déblocage des avoirs iraniens, pourrait renforcer durablement le pouvoir.

Deux enquêtes, une même histoire vue depuis deux centres de décision

Les récits de Haaretz et du New York Times se complètent.

Haaretz part de Jérusalem, des bureaux du Mossad, des réunions militaires, des bases kurdes et des discussions avec Washington. Son enquête montre comment une volonté politique s’est transformée en projet militaire, comment les réserves institutionnelles ont été écartées et comment l’ensemble du dispositif s’est effondré lorsque les États-Unis ont refusé d’autoriser l’entrée des Kurdes.

The New York Times part de Téhéran, du Guatemala et de Budapest. Son enquête suit Ahmadinejad, sa transformation publique, ses ambitions, ses contacts clandestins, les financements présumés d’Israël, son extraction vers une maison sécurisée et sa reprise en main par les services iraniens.

Dans la première enquête, Ahmadinejad représente la dernière pièce d’un projet de renversement du régime.

Dans la seconde, il est le centre du récit : un ancien ennemi d’Israël devenu, selon les sources citées, un actif politique potentiel du Mossad, avant de perdre confiance dans l’opération et de réapparaître sous étroite surveillance.

Les deux journaux décrivent ainsi une opération fondée sur une double conviction : le régime iranien pouvait s’effondrer rapidement et Ahmadinejad pouvait incarner une solution acceptable après sa chute.

La première conviction s’est heurtée à la résistance de l’Iran, au refus américain et aux hésitations kurdes. La seconde s’est heurtée aux propres doutes d’Ahmadinejad, à la surveillance des Gardiens de la révolution et à l’échec du projet militaire qui devait ouvrir la voie à son retour.

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