En l’espace d’une semaine, le pouvoir algérien a engagé le retour des exécutions, décidé la création d’une prison de haute sécurité au cœur du désert et annoncé un nouvel organe sécuritaire inspiré de la DEA américaine. Officiellement dirigé contre les incendiaires, les ravisseurs et les narcotrafiquants, cet arsenal dessine un État qui organise son front intérieur comme s’il se préparait à une guerre.
Le calendrier donne la mesure du durcissement. Le 30 août, Abdelmadjid Tebboune ordonne de modifier le Code pénal pour permettre l’exécution des auteurs d’incendies volontaires. Le 2 septembre, le Haut Conseil de sécurité décide de transformer une caserne militaire du Tanezrouft en prison de haute sécurité et de créer un organisme spécialisé dans la lutte antidrogue. Le 6 septembre, le Conseil des ministres confirme et élargit le champ de la peine capitale.
Trois réunions, trois catégories d’ennemis intérieurs et une même réponse : l’exception sécuritaire.
Des incendies à la reprise des exécutions
Dans une enquête publiée dimanche 6 septembre, Le Journal du Dimanche affirme que le pouvoir algérien a profité des incendies ayant ravagé le pays durant l’été pour réactiver la peine capitale. Confronté aux critiques portant sur le retard des secours et l’absence de plans d’évacuation dans certaines zones forestières, Tebboune a promis une indemnisation totale des sinistrés avant d’ordonner au ministre de la Justice de rendre les exécutions effectives contre les pyromanes.
Quelques heures après la publication du JDD, l’Agence de presse officielle algérienne a confirmé que Tebboune avait demandé l’amendement du Code pénal. Le texte devra prévoir l’exécution des auteurs, mais aussi des commanditaires d’incendies volontaires. Le président a également exigé que la mesure s’applique aux ravisseurs de mineurs et aux auteurs de sévices contre des enfants, selon le communiqué relayé par l’APS.
Ce virage avait déjà commencé en juillet 2025, lorsque la loi algérienne a étendu la peine capitale à plusieurs infractions liées au trafic de stupéfiants. Amnesty International avait alors relevé cette extension, à rebours de plus de trois décennies sans exécution.
Une prison au cœur du « pays de la soif »
Le second étage de ce dispositif se construit loin d’Alger, dans l’une des zones les plus hostiles du désert. Réuni le 2 septembre sous la présidence de Tebboune, le Haut Conseil de sécurité a décidé de transformer une caserne du Tanezrouft en prison de haute sécurité réservée aux « barons de la drogue et aux trafiquants ».
Situé dans l’extrême Sud-Ouest, près de la frontière malienne, le Tanezrouft est une immensité quasiment inhabitée où les températures dépassent régulièrement 50 °C. Surnommé le « pays de la soif », il devient ainsi un instrument pénitentiaire par sa géographie même : éloigner, isoler et couper du reste du pays les détenus considérés comme les plus dangereux.
La présidence n’a communiqué ni la capacité de l’établissement, ni son calendrier d’ouverture, ni les conditions de détention. Elle a simultanément annoncé la création d’un organe sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue, inspiré notamment de la Drug Enforcement Administration américaine, selon une information de l’AFP reprise par le JDD.
L’APS elle-même présente ces décisions comme le passage à une approche « plus globale et plus ferme » contre la criminalité organisée : une structure spécialisée pour traquer, une prison du désert pour isoler et, depuis 2025, la peine capitale au sommet de l’échelle des sanctions.
Depuis la révision constitutionnelle de 2020, l’Algérie peut déployer son armée à l’étranger, une inflexion illustrée cet été par les menaces de Tebboune contre toute déstabilisation terroriste de la Tunisie et l’envoi de quatre Soukhoï au Niger en soutien au général Tiani après une tentative de putsch. Protéger les pouvoirs voisins et verrouiller le sien : cette posture militaire donne au durcissement judiciaire intérieur les contours d’un régime qui se prépare à la confrontation.
Une architecture de guerre intérieure
Pris séparément, chacun de ces dispositifs répond à une menace réelle : les incendies criminels, les violences faites aux enfants ou le narcotrafic. Leur accumulation, leur rapidité et leur centralisation entre les mains de la présidence dessinent toutefois une architecture plus vaste : désignation d’ennemis intérieurs, extension des crimes passibles de mort, création d’un appareil sécuritaire spécialisé et recours à un établissement pénitentiaire exceptionnel.
Cette évolution intervient dans un pays où la justice et les lois antiterroristes sont déjà accusées de servir à neutraliser les voix critiques. En mai 2026, Amnesty International dénonçait l’utilisation d’accusations liées au terrorisme et à la sécurité nationale contre des journalistes et des militants.
Le JDD rapporte également les craintes de défenseurs des droits humains et de figures de l’opposition de voir le retour des exécutions dépasser progressivement les crimes aujourd’hui invoqués pour atteindre des infractions politiques. Cette inquiétude est d’autant moins théorique que certaines dispositions algériennes relatives à la sûreté de l’État permettent déjà de requérir la peine de mort contre des dissidents.
Ce verrouillage intérieur accompagne une posture militaire plus interventionniste : depuis la révision constitutionnelle de 2020, l’Algérie peut déployer son armée à l’étranger sous réserve d’une approbation parlementaire, une évolution illustrée cet été par les menaces de Tebboune contre toute déstabilisation terroriste de la Tunisie et l’envoi de quatre Soukhoï au Niger en soutien au général Tiani après une tentative de putsch. Protéger les pouvoirs voisins et verrouiller le sien : ces deux orientations dessinent un régime qui se prépare à la confrontation.
Ces décisions ne suffisent pas à annoncer une guerre civile. Elles donnent néanmoins au durcissement du régime les contours d’une mise en ordre de bataille intérieure. Le feu en a été le déclencheur, le narcotrafic fournit l’ennemi, le Sahara devient la prison et la peine de mort le signal ultime.







