La crise ouverte par le projet avorté de privatisation d’une partie des droits commerciaux de la FIFA prend désormais une dimension judiciaire. Selon le Wall Street Journal, l’UEFA a saisi jeudi 27 août la justice américaine afin d’obtenir des documents de Joshua Kushner et de son fonds Thrive Capital Management, dans la perspective d’une éventuelle procédure pénale en Suisse visant le président de la FIFA, Gianni Infantino.
Le bras de fer entre l’UEFA et la FIFA se déplace devant les tribunaux américains. D’après le Wall Street Journal, l’instance dirigeante du football européen a déposé une requête devant un tribunal fédéral de New York afin d’obtenir l’autorisation de délivrer des injonctions judiciaires, notamment à Joshua Kushner et à Thrive Capital, le fonds d’investissement qu’il dirige.
L’objectif affiché par l’UEFA est de recueillir des documents et des communications susceptibles d’être utilisés dans le cadre d’une éventuelle procédure pénale en Suisse contre Gianni Infantino et potentiellement d’autres responsables de la FIFA.
Des documents judiciaires cités par plusieurs médias indiquent que l’UEFA envisage notamment d’examiner les faits au regard de l’article 158 du Code pénal suisse relatif à la gestion déloyale. A ce stade, il s’agit d’une procédure de collecte de preuves aux États-Unis et non d’une condamnation, ni même d’une mise en accusation de Joshua Kushner.
Au cœur du dossier : FIFA Forward Enterprise
L’affaire concerne FIFA Forward Enterprise (FFE), le projet par lequel la FIFA envisageait de regrouper une partie de ses principaux actifs commerciaux, notamment ceux liés aux Coupes du monde masculine et féminine ainsi qu’à la Coupe du monde des clubs, avant d’en céder une participation à des investisseurs privés.
Selon le Wall Street Journal, la valorisation envisagée tournait autour de 20 milliards de dollars, Thrive étant positionné comme investisseur principal avec un investissement d’au moins 4 milliards de dollars.
D’autres documents judiciaires font état d’une opération d’environ 4,2 milliards de dollars pour près de 20% du véhicule commercial, une valorisation que l’UEFA considère comme largement insuffisante au regard de la valeur potentielle des droits concernés.
L’UEFA cherche désormais à obtenir les analyses financières, modèles de valorisation, présentations aux investisseurs et communications échangées avec Thrive afin de déterminer comment cette valorisation a été établie.
L’instance européenne soutient notamment que le projet n’aurait pas fait l’objet d’un processus d’enchères ouvert ni d’une évaluation indépendante.
Des accusations particulièrement lourdes contre Infantino
Dans sa requête citée par le Wall Street Journal, l’UEFA avance que FIFA Forward Enterprise aurait pu permettre à Gianni Infantino, à certains de ses proches conseillers et à des investisseurs d’obtenir indirectement un intérêt financier durable dans certains des actifs commerciaux les plus précieux de la FIFA.
Il s’agit à ce stade d’allégations formulées par l’UEFA, qui devront être examinées par les juridictions compétentes.
Le WSJ rappelle également que des personnes proches d’Infantino avaient affirmé que le président de la FIFA envisageait de diriger FIFA Forward Enterprise à partir de 2031, après un nouveau mandat à la tête de l’organisation. Gianni Infantino a démenti avoir eu une telle intention.
Parallèlement à la requête visant Kushner et Thrive à New York, l’UEFA a engagé des démarches aux États-Unis afin d’obtenir des informations détenues par des entités liées à la FIFA, notamment en Floride, où l’organisation dispose d’une importante implantation à Miami.
L’UEFA recule sur le boycott, mais maintient la pression
Cette offensive judiciaire intervient alors que la menace d’un boycott européen des compétitions de la FIFA semble, pour le moment, s’éloigner.
L’UEFA avait menacé de retirer les équipes européennes des compétitions mondiales si elle n’obtenait pas la garantie que le projet FIFA Forward Enterprise était définitivement abandonné.
Jeudi, l’instance européenne a finalement suspendu cette menace après avoir reçu de la FIFA la confirmation écrite que le projet avait été définitivement retiré. Elle estime toutefois que les problèmes de gouvernance révélés par cette affaire restent entiers et réclame notamment une enquête externe indépendante.
La bataille contre Gianni Infantino est donc loin d’être terminée. Selon le Wall Street Journal, plusieurs fédérations européennes ont également commencé à retirer officiellement le soutien qu’elles avaient accordé quelques mois plus tôt à sa candidature.
Infantino reste pour l’heure candidat à sa succession à la présidence de la FIFA. Mais ce qui avait commencé comme une contestation du projet de privatisation des droits commerciaux de l’organisation est désormais devenu une confrontation institutionnelle, politique et potentiellement judiciaire entre la FIFA et le football européen.







