PISA : trois élèves marocains sur quatre sous le seuil minimal d’apprentissage, le Policy Center décrypte les causes

Avec 87,2 % des élèves marocains sous le niveau minimal en lecture, 83,9 % en mathématiques et 77,2 % en sciences dans PISA 2025, le Maroc se situe dans le bas du classement international. Le diagnostic est sévère. Mais le classement ne dit pas pourquoi. C’est précisément l’intérêt du travail conduit par Aomar Ibourk, Karim El Aynaoui et Tayeb Ghazi au Policy Center for the New South : à partir des données PISA, les chercheurs descendent derrière la moyenne nationale pour identifier les facteurs associés à la sous-performance. Préscolaire, redoublement, ruralité, environnement familial, rapport à l’école et caractéristiques des établissements apparaissent comme autant de leviers qui dépassent largement la seule question des budgets.

À chaque publication de PISA, le débat marocain semble suivre le même scénario. Les chiffres sont extraits de leur contexte pour alimenter des messages politiques souvent sommaires ; à l’autre extrême, ils nourrissent un pessimisme où la faiblesse de l’école marocaine devient presque une fatalité.

Entre ces deux lectures, il existe pourtant un espace plus utile : celui de la recherche, de la mesure et de l’identification des marges d’action.

C’est précisément ce que propose le Policy Center for the New South. Installé sur le campus de Rabat de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), le think tank marocain, l’un des plus prolifiques et des plus ouverts de la région MENA, inscrit son travail dans un environnement où enseignement supérieur, recherche appliquée et politiques publiques se croisent et rayonnent de par le monde.


La réussite fulgurante de l’UM6P a contribué à accélérer l’émergence au Maroc de modèles universitaires misant sur l’excellence académique, la recherche appliquée, l’innovation et une gouvernance plus agile. Cette dynamique s’inscrit dans un paysage déjà ouvert par l’Université Internationale de Rabat (UIR), premier partenariat public-privé de l’enseignement supérieur soutenu notamment par la CDG, et prolongé par l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé (UM6SS), adossée à la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé. Des trajectoires différentes, mais une même ambition : faire émerger au Maroc des pôles universitaires capables de produire du savoir, d’innover et de former à haut niveau.

C’est dans cet esprit de construction de solutions que s’inscrit aussi le travail du Policy Center sur PISA.

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Ce que mesure PISA

PISA évalue les compétences des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences. L’objectif est notamment de mesurer leur capacité à mobiliser leurs connaissances dans des situations concrètes, plutôt que de vérifier uniquement leur connaissance des programmes scolaires.

En 2018, le Maroc avait obtenu 359 points en compréhension de l’écrit, 368 en mathématiques et 377 en sciences. Le Policy Center retient comme seuils de compétences minimales 407 points en lecture, 420 en mathématiques et 410 en sciences.

La situation s’est depuis détériorée. Les résultats PISA 2025 publiés par l’OCDE placent le Maroc à 358 points en sciences, 355 en mathématiques et 321 en lecture. Surtout, 73,2 % des élèves marocains sont sous le niveau minimal dans les trois matières à la fois.

OCDE (2026), Résultats du PISA 2025 (Volume I – version abrégée) : Des élèves prêts pour l’avenir, PISA, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/72cbf7bd-fr.

Trois élèves sur quatre en grande difficulté

Le Policy Center s’intéresse moins au rang international du Maroc qu’à la répartition des élèves selon leur niveau réel de maîtrise.

Dans PISA 2018, 74,01 % des élèves marocains se situaient au niveau le plus faible en lecture, 77,88 % en mathématiques et 71,34 % en sciences. À l’autre bout de l’échelle, seuls 0,20 % atteignaient le niveau 4 en lecture, 0,67 % en mathématiques et 0,12 % en sciences.

Les chiffres donnent immédiatement la dimension du problème : la sous-performance ne concerne pas une petite population en décrochage, mais une grande partie des élèves évalués.

Chiffres clés du rapport Résultat
Élèves au niveau le plus faible en lecture74,01 %
En mathématiques77,88 %
En sciences71,34 %
Élèves ruraux au niveau le plus faible en lecture86,04 %
Élèves urbains au même niveau67,07 %
Élèves du public au niveau le plus faible en mathématiques79,57 %
Élèves du privé au même niveau53,81 %
Élèves ayant déjà redoublé dans l’échantillon étudié50,13 %
La fracture entre rural et urbain

C’est l’un des constats les plus visibles du rapport.

En lecture, 86,04 % des élèves ruraux sont classés au niveau le plus faible, contre 67,07 % en milieu urbain. L’écart atteint près de 19 points.

On retrouve pratiquement la même différence en mathématiques, avec 89,27 % en milieu rural contre 71,31 % en ville, et en sciences, avec 83,37 % contre 64,40 %.

Les écarts territoriaux se retrouvent également entre régions. En mathématiques, cinq régions enregistrent plus de 80 % d’élèves au niveau le plus faible, tandis que Guelmim affiche le taux le moins élevé, autour de 66 %.

Public et privé : des populations très différentes

Les résultats bruts montrent aussi un écart important entre les deux secteurs.

En lecture, 75,33 % des élèves du public sont au niveau le plus faible contre 54,43 % dans le privé. En mathématiques, les proportions sont respectivement de 79,57 % et 53,81 %. En sciences, elles atteignent 72,86 % et 49,48 %.

Les modèles statistiques utilisés par les auteurs montrent toutefois que cet écart recouvre aussi d’autres différences entre élèves et établissements. Dans leur modèle final, une fois plusieurs caractéristiques prises en compte, la variable « privé » n’est plus statistiquement significative.

Le poids du redoublement et du préscolaire

Le parcours scolaire ressort fortement de l’étude.

Dans les données utilisées, 50,13 % des élèves avaient déjà redoublé au moins une fois, tandis que 83,63 % avaient fréquenté le préscolaire.

Les modèles des chercheurs montrent une association très forte entre redoublement et sous-performance. Dans le modèle complet, le redoublement affiche un odds ratio de 6,601. La fréquentation du préscolaire évolue dans le sens inverse, avec un ratio de 0,368.

Le rapport précise que le redoublement peut aussi être la conséquence de difficultés déjà présentes auparavant. Il constitue donc autant un indicateur de la persistance des difficultés qu’un facteur associé aux mauvais résultats.

La famille compte aussi

Les auteurs ont également étudié l’environnement familial. Trois éléments ressortent : le statut économique, social et culturel de la famille, les ressources éducatives disponibles à la maison et le soutien émotionnel des parents.

Tous sont associés à de meilleurs résultats dans les premières estimations. Dans le modèle complet, le statut socio-économique reste significatif, avec un odds ratio de 0,768, tout comme le soutien émotionnel des parents, à 0,697.

Le comportement et le rapport de l’élève à l’école apparaissent également dans l’étude. Les garçons sont davantage représentés parmi les élèves sous-performants. L’absentéisme, l’expérience de violence à l’école, le sentiment d’appartenance et l’attitude envers l’apprentissage font partie des variables examinées par les chercheurs.

L’établissement scolaire pèse dans les résultats

Le rapport mesure enfin l’importance de l’école elle-même.

Dans un premier modèle, 47,6 % de la variation observée dans la probabilité d’appartenir au groupe des élèves sous-performants est associée aux différences entre établissements, contre 52,4 % aux différences observées au sein d’une même école.

Les auteurs examinent notamment la disponibilité du matériel pédagogique, le manque de personnel enseignant, le taux d’encadrement, le milieu rural ou urbain et l’existence d’autres écoles à proximité. Le manque de matériel et de personnel enseignant est associé à une proportion plus élevée d’élèves en difficulté dans leurs analyses au niveau des établissements.

Ce que retient finalement le Policy Center

L’analyse multiniveaux menée par les auteurs met en évidence une combinaison complexe de facteurs individuels, familiaux et scolaires associés à la sous-performance des élèves marocains.

Le parcours commence tôt, avec le préscolaire. Il se poursuit avec les premières difficultés scolaires et le redoublement. Le milieu familial et social intervient, tout comme le territoire où vit l’élève et l’établissement qu’il fréquente. S’y ajoutent le rapport de l’enfant à l’école, le soutien des parents et les conditions matérielles d’apprentissage.

Les auteurs retiennent donc plusieurs champs d’action : intervenir plus tôt dans le parcours scolaire, réduire les inégalités d’accès aux ressources éducatives, mieux accompagner les élèves en difficulté, améliorer l’environnement des établissements et renforcer la coopération entre l’école et les familles.

Le Policy Center avait fait sa part du travail dès 2023 : poser le diagnostic, dépasser le classement brut et identifier, chiffres à l’appui, les principaux facteurs associés à la pauvreté des apprentissages. Trois ans plus tard, PISA 2025 fournit un énième test grandeur nature des politiques menées depuis. Malgré une Feuille de route 2022-2026 qui plaçait justement les apprentissages fondamentaux au cœur de l’action publique, les scores marocains reculent.

La publication de ces résultats en pleine campagne pour les législatives du 23 septembre donne au sujet une portée particulière. PISA remet une question très concrète devant les partis : que proposent-ils pour faire reculer ces 73,2 % d’élèves qui restent sous le niveau minimal simultanément en lecture, en mathématiques et en sciences ? Le Policy Center a fourni une partie des clés de lecture. Aux responsables publics et aux formations politiques de dire désormais comment ils comptent les transformer en résultats.

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