Menaces de Yahya Sinwar transmises par des intermédiaires, alerte au Shin Bet dès le 15 septembre, avertissement égyptien, appel personnel de Mohammed ben Zayed à Benjamin Netanyahu : selon une enquête de Haaretz, les signaux annonçant une opération majeure du Hamas se sont multipliés dans les semaines précédant le 7 octobre 2023. Le quotidien israélien affirme que Netanyahu avait été informé de plusieurs de ces alertes, mais qu’il n’aurait pas partagé avec les chefs de la sécurité l’avertissement reçu du président émirati. L’enquête révèle également que, dans les premières heures de l’attaque, le Qatar a tenté d’obtenir la libération immédiate des otages civils, allant jusqu’à menacer d’expulser de Doha les dirigeants du Hamas Ismaïl Haniyeh et Khalil al-Hayya. Le bureau de Netanyahu qualifie l’ensemble de ces révélations de « mensonge absolu ».
La révélation est au cœur d’une longue enquête publiée par Haaretz le 8 septembre 2026 et signée par Shlomi Eldar et Ruth Yuval. Le quotidien israélien affirme avoir reconstitué les semaines précédant le 7 octobre à partir de dizaines de sources en Israël et à l’étranger, dont de hauts responsables, ainsi que d’enregistrements, de documents internes et de correspondances. Cette enquête a été réalisée dans le cadre du livre « Hostages: 843 Days of Abandonment », publié en hébreu.
Une alerte émiratie de 45 minutes
Selon l’enquête de Haaretz, l’un des avertissements les plus directs intervient environ une semaine et demie avant le 7 octobre 2023.
Depuis Abou Dhabi, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, appelle personnellement Benjamin Netanyahu. L’échange dure environ 45 minutes.
Selon trois hauts responsables étrangers connaissant le contenu de la conversation, MBZ avertit le Premier ministre israélien que Yahya Sinwar prépare une opération majeure. Il exprime sa crainte d’une effusion de sang, d’une déstabilisation régionale et d’une remise en cause des accords d’Abraham.
Un proche conseiller de MBZ, d’origine palestinienne et originaire de Gaza, participe à la conversation (il s’agirait vraisemblablement de Mohammed Dahlan). Il affirme que le président émirati recommande à Netanyahu de se préparer et suggère parallèlement une solution économique pour Gaza ainsi qu’un apaisement en Cisjordanie.
La réponse attribuée à Netanyahu est calme. Le Premier ministre estime alors que le Hamas cherche surtout à agir en Cisjordanie et assure qu’Israël est préparé à tous les scénarios.
MBZ racontera ensuite cette conversation au directeur de la CIA, William J. Burns, en résumant son impression par une phrase : « quelque chose là-bas est sur le point d’exploser ». Selon son conseiller, le président émirati espérait que Netanyahu agirait.
Mais les principaux responsables sécuritaires israéliens, le chef du Shin Bet, le directeur du Mossad et le chef d’état-major de Tsahal, n’auraient pas été informés de cet avertissement émirati.
Un canal secret entre Netanyahu et le Hamas
L’enquête de Haaretz replace cet appel dans une histoire plus longue de contacts indirects entre Israël et le Hamas.
Depuis le début de 2023, Netanyahu avait autorisé des discussions secrètes avec le mouvement islamiste autour d’une possible hudna, ou trêve.
Sinwar avait désigné Ghazi Hamad pour ces discussions. Un responsable du Fatah, désigné sous le pseudonyme de « Coal Eyes », servait d’intermédiaire. Le canal était accepté à la fois par le Hamas et par le Shin Bet.
Les contacts étaient devenus particulièrement directs. Ils se déroulaient presque face à face, dans la maison de Nasser Sarraj à Gaza. Côté israélien, Adi Rotem, responsable du dossier des otages et des personnes disparues au Shin Bet, participait aux échanges.
Les discussions portaient notamment sur un allègement progressif du blocus de Gaza, l’augmentation des livraisons de nourriture et de matières premières, la création de zones commerciales aux frontières israélienne et égyptienne, des milliers d’emplois, un passage égyptien sécurisé vers l’aéroport de Charm el-Cheikh et l’exploitation du gaz offshore de Gaza, dans le cadre du projet désigné « G4G ».
À l’été 2023, un seul dossier majeur restait à régler : la libération de prisonniers israéliens et la restitution des corps de quatre Israéliens détenus à Gaza, Avera Mengistu, Hisham al-Sayed, ainsi que les dépouilles de Hadar Goldin et Oron Shaul.
Sinwar réclame d’abord la libération de 500 prisonniers palestiniens, puis réduit sa demande à 250 et finalement à 50.
Le Shin Bet se montre disposé à accepter une liste de 30 prisonniers, dont 20 condamnés à perpétuité. À la fin du mois d’août, Netanyahu approuve cette formule.
Mais il repousse à plusieurs reprises la réunion du comité ministériel chargé de l’entériner, invoquant notamment la crainte de fuites et l’opposition de certains partenaires de sa coalition.
Sinwar parle de « tremblement de terre »
La situation se détériore alors rapidement.
À mesure que les négociations stagnent, les intermédiaires expliquent à Sinwar que la crise politique provoquée en Israël par la réforme judiciaire de Netanyahu complique les choses.
Des documents internes cités par Haaretz montrent parallèlement que certains responsables du Hamas accélèrent leurs demandes de financement auprès de l’Iran. Dans l’axe Iran-Hamas-Hezbollah, Israël est de plus en plus perçu comme vulnérable.
Début septembre, Sinwar coupe brutalement le canal de communication.
Quelques jours plus tard, il adresse à « Coal Eyes » un message sans ambiguïté apparente : s’il n’y a pas de progrès, il prépare une « énorme surprise », utilisant le mot arabe zilzal, qui signifie « tremblement de terre ».
L’intermédiaire consulte le conseiller de MBZ. Tous deux comprennent le message comme une menace de guerre, tout en reconnaissant que cette interprétation reste leur propre lecture du terme employé par Sinwar.
À la mi-septembre, Sinwar revient à la charge. Il parle de la « mère de toutes les surprises », d’une « opération terrifiante » et de quelque chose « d’extraordinaire ».
Il exige que son message soit transmis aux Israéliens mot pour mot.
Cette fois, le conseiller de MBZ et l’intermédiaire palestinien estiment que Sinwar prépare réellement une guerre. MBZ décide que l’avertissement doit parvenir aux plus hauts niveaux israéliens.
Le Shin Bet alerte Netanyahu le 15 septembre
Le 15 septembre, l’avertissement parvient au Shin Bet.
Son directeur, Ronen Bar, appelle immédiatement Netanyahu. L’appel est organisé par le secrétaire militaire du Premier ministre, Avi Gil.
Bar lui fait part des menaces de « tremblement de terre » formulées par Sinwar. Deux jours plus tard, une réunion sécuritaire rassemble notamment le ministre de la Défense Yoav Gallant, le renseignement militaire, le Mossad et le Conseil de sécurité nationale.
Le Shin Bet considère alors le signal comme sérieux.
Bar estime qu’Israël se trouve sur une « trajectoire de collision » et recommande soit une frappe brutale susceptible d’éteindre la menace, soit un renforcement significatif des dispositifs défensifs à Gaza et en Cisjordanie avant les fêtes juives.
Aucune décision majeure n’est toutefois prise à l’issue de cette réunion.
Le Shin Bet envisage alors encore l’hypothèse d’une opération destinée à enlever Elizabeth Tsurkov afin d’accroître le levier du Hamas dans les négociations sur les prisonniers.
MBZ appelle. L’Égypte alerte aussi
À la fin du mois de septembre, MBZ appelle personnellement Netanyahu pendant environ 45 minutes.
Il lui transmet directement l’avertissement concernant Sinwar.
Mais ce n’est pas le seul signal extérieur reçu par le Premier ministre israélien.
Le chef des services de renseignement égyptiens, le général Abbas Kamel, appelle lui aussi Netanyahu et l’avertit de la préparation de « quelque chose d’inhabituel », d’une « opération terrifiante ».
Selon la journaliste Smadar Perry, Netanyahu lui aurait répondu que Gaza était sous contrôle et que le problème se situait plutôt en Cisjordanie, où des forces israéliennes avaient été redéployées.
Le 1er octobre, le Shin Bet recommande encore de cibler des responsables du Hamas, dont Sinwar.
Netanyahu répond : « Préparez-moi des plans et je les examinerai. »
Selon un haut responsable cité par Haaretz, cette formule constituait surtout une manière de repousser la décision.
À l’issue de la réunion, Netanyahu résume sa position : poursuivre le développement des capacités, mais « pour l’instant, calmer la situation ».
Selon un haut responsable du Shin Bet, le fait que les avertissements de MBZ n’aient pas été connus des responsables sécuritaires aurait pu modifier leur lecture de la situation.
Une politique de « containment » vieille de plusieurs années
L’enquête ne limite pas les interrogations au mois de septembre 2023.
Elle revient sur la stratégie suivie depuis plusieurs années par Netanyahu face au Hamas et sur les tentatives répétées de parvenir à des arrangements avec le mouvement islamiste.
Libéré en 2011 dans le cadre de l’accord Shalit, Sinwar poursuit une double stratégie : construire les capacités militaires du Hamas tout en recherchant des arrangements permettant d’alléger la pression sur Gaza.
En 2017, il entre notamment en contact avec Mohammed Dahlan. Des discussions ont lieu au Caire avec Mohammed Deif et Moussa Abu Marzouk, Dahlan servant d’intermédiaire avec l’aide des Égyptiens.
En 2018, Sinwar adresse à Netanyahu un message intitulé « Calculated Risk ».
La même année, un projet plus structuré est discuté : libération des quatre Israéliens détenus à Gaza contre des prisonniers du Hamas, cessez-le-feu et arrangement destiné à desserrer le blocus.
Selon Haaretz, Netanyahu hésite et retarde les décisions.
Les services de sécurité identifient parallèlement des signes de préparation opérationnelle du Hamas, mais Netanyahu refuse à plusieurs reprises de lancer une opération militaire de grande ampleur.
Un ancien général de division de Tsahal raconte que le chef d’état-major Herzl Halevi critiquait régulièrement cette politique de « containment », comparant la situation à un clou qu’on enfonce progressivement dans un mur jusqu’au moment où il devient impossible de l’en retirer.
7 octobre : le « tremblement de terre »
Les contacts sont interrompus par la pandémie de Covid-19 et les élections israéliennes, tandis que Sinwar poursuit le développement des tunnels et de l’appareil militaire du Hamas.
Dans les heures précédant l’attaque du 7 octobre, Sinwar, Mohammed Deif et Marwan Issa adressent également un message au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour lui demander de participer à l’opération.
À 6 h 29, le « zilzal » annoncé par Sinwar arrive.
À 14 h 45, le cabinet de sécurité israélien se réunit.
Le nombre d’otages reste alors incertain. Le chef du Shin Bet évoque 14 soldats, 28 civils et des dizaines de personnes portées disparues.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich estime que les captifs doivent être ignorés. Gallant déclare de son côté qu’Israël ne négociera pas.
Mais quelques heures plus tard, une autre séquence commence, cette fois autour du Qatar.
À Doha, le Qatar tente de faire libérer les civils
À 19 heures, le Premier ministre qatari Mohammed ben Abdulrahman Al Thani appelle le directeur du Mossad, David Barnea.
Les deux hommes se connaissent bien. Une semaine auparavant, Barnea se trouvait encore à Doha au nom de Netanyahu pour demander au Qatar d’augmenter son aide financière à Gaza.
Al Thani explique qu’il vient de parler aux dirigeants politiques du Hamas, Ismaïl Haniyeh et Khalil al-Hayya, récemment arrivés à Doha.
Le message qatari est particulièrement dur : si tous les otages civils ne sont pas libérés immédiatement, le Premier ministre qatari menace personnellement d’ordonner leur expulsion du Qatar.
Selon le récit rapporté par Haaretz, Haniyeh et al-Hayya affirment alors que le Hamas est prêt à libérer les civils et que Doha peut servir de médiateur.
La réponse de Barnea surprend son interlocuteur : « S’ils veulent libérer les civils, qu’ils les libèrent. » Israël, ajoute-t-il, n’est pas disposé à parler au Hamas.
Al Thani lui aurait répondu qu’il ne reconnaissait pas le Barnea qu’il connaissait.
Le Hamas propose la libération des civils
Selon Samir Mashharawi, proche de Mohammed Dahlan, le Hamas était initialement disposé à libérer tous les civils sans contrepartie, à la seule condition qu’un médiateur soit accepté.
Les proches de Barnea contestent cette version. Ils affirment que le Hamas avait également posé des conditions jugées inacceptables, notamment l’arrêt de l’incursion israélienne et de nouvelles dispositions concernant les fidèles sur le mont du Temple.
Le Premier ministre qatari rejette cette lecture. Selon lui, le Hamas n’avait pas posé de conditions draconiennes dans les premières heures, car la menace qui pesait sur ses dirigeants était alors réelle.
Al Thani appelle ensuite le secrétaire d’État américain Antony Blinken.
Il lui explique que des centaines d’otages, dont plusieurs dizaines de civils, doivent être libérés rapidement et que le Qatar est prêt à jouer le rôle de médiateur.
Blinken répond qu’il doit se rendre en Israël trois jours plus tard et demande d’attendre son arrivée, promettant de parler à Netanyahu.
Sinwar demande lui aussi un médiateur
Le lendemain matin, Rawhi Mushtaha, l’un des plus proches collaborateurs de Sinwar, contacte depuis Gaza Samir Mashharawi.
Le message est transmis au nom de Sinwar : trouver rapidement un médiateur afin d’obtenir un cessez-le-feu.
Dahlan répond que les civils doivent être libérés en premier.
Une heure plus tard, Mushtaha revient avec une réponse : Sinwar est prêt à libérer tous les civils.
Une précision importante apparaît toutefois dans le récit de Haaretz : lorsqu’il parle de « civils », Sinwar désigne les personnes de moins de 18 ans et de plus de 50 ans.
Selon la proposition transmise, ces civils seraient libérés dans un premier temps sans contrepartie, à l’exception de l’acceptation d’un médiateur.
Dans un second temps commenceraient les négociations sur les soldats et les officiers israéliens, en échange de prisonniers palestiniens et d’un arrangement sur le blocus de Gaza.
Dahlan active alors ses contacts au Shin Bet.
La réponse officieuse qui lui revient est que Netanyahu ne veut pas parler au Hamas et veut la guerre et l’élimination du mouvement.
Selon cette lecture israélienne, le Hamas devait d’abord être éliminé avant que les otages puissent être récupérés par la force.
« La libération des otages n’était pas un objectif de guerre »
Selon un haut responsable de la défense cité par Haaretz, au moins certaines de ces propositions parviennent au Mossad, au Shin Bet et au bureau du Premier ministre.
Mais dans les premiers jours, le traumatisme de l’attaque et la dynamique de guerre empêchent les dirigeants politiques et militaires de mener une véritable discussion sur ces options.
Un élément ressort de l’enquête : la libération des otages n’aurait pas constitué un objectif de guerre explicitement inscrit dans les priorités israéliennes le 7 octobre.
Pourtant, selon le responsable cité, les propositions auraient pu être discutées et éventuellement décidées.
Le 10 octobre, Mushtaha appelle encore pour obtenir une réponse israélienne.
Il n’en reçoit pas.
Les bombardements s’intensifient et les communications deviennent de plus en plus difficiles.
Blinken à Jérusalem, puis Barnea à Doha
Antony Blinken arrive en Israël le 12 octobre.
Le lendemain, il se rend à Doha et rencontre le Premier ministre qatari.
Blinken lui indique qu’il a soulevé la question des otages avec Netanyahu, mais qu’il n’a pas obtenu de réponse claire.
Selon le récit publié par Haaretz, il lui dit : « Netanyahu n’en est pas encore là. »
Al Thani prévient alors que la fenêtre permettant une médiation pourrait se refermer à mesure que les frappes israéliennes s’intensifient.
Le 14 octobre, Blinken adresse finalement un message au Premier ministre qatari : Netanyahu est désormais prêt à accepter une médiation et le directeur du Mossad va se rendre à Doha.
Barnea arrive au Qatar le 15 octobre.
La médiation qatarie entre alors officiellement dans une nouvelle phase.
Des responsables israéliens estiment que les premières heures ont été décisives
Le 18 octobre, un responsable du Shin Bet estime qu’Israël aurait dû interrompre son offensive, libérer les prisonniers demandés par le Hamas à ce moment-là, puis reprendre éventuellement la guerre.
Selon lui, les premières heures et les premiers jours étaient essentiels : plus le temps passait, plus le prix d’un accord augmentait.
Doron Hadar, ancien commandant de l’unité de négociation de l’état-major de Tsahal, estime lui aussi qu’une approche plus souple aurait pu permettre d’obtenir la libération des femmes et des enfants.
Il propose à Ophir Falk, conseiller diplomatique de Netanyahu, d’envisager même la libération de 1 000 à 2 000 prisonniers palestiniens.
La réponse est catégorique : « Il n’y aura pas d’accord ici. »
Hamas est comparé à l’organisation État islamique et ses membres qualifiés de meurtriers.
Deux ans de guerre avant le dernier accord
Pour William Burns, ancien directeur de la CIA, le problème central réside dans l’écart entre les objectifs des deux parties.
Le Hamas cherchait, selon lui, une « fin permanente du conflit ».
Netanyahu, à l’inverse, n’était disposé à accepter qu’une première phase tout en conservant la possibilité de poursuivre ensuite la destruction du Hamas.
Le résultat, selon Burns, est qu’il faudra encore deux années de guerre avant qu’un dernier accord sur les otages soit conclu, alors que le Hamas reste debout.
Netanyahu dément tout
Le bureau de Benjamin Netanyahu rejette catégoriquement les révélations de Haaretz.
Il qualifie l’enquête de « mensonge absolu » et affirme que Netanyahu n’a pas parlé au président des Émirats pendant la période concernée et n’a reçu de lui aucun avertissement.
Ronen Bar, ancien chef du Shin Bet, et Herzl Halevi, ancien chef d’état-major, indiquent également qu’ils n’avaient pas été informés d’un éventuel avertissement de Mohammed ben Zayed.
Haaretz indique avoir sollicité les Émirats arabes unis pour obtenir une réaction de Mohammed ben Zayed, sans réponse au moment de la publication.
L’enquête de Shlomi Eldar et Ruth Yuval, réalisée pour leur livre Hostages: 843 Days of Abandonment, repose selon les auteurs sur des dizaines de sources, parmi lesquelles de hauts responsables, des enregistrements, des documents internes et des échanges de correspondance.






