Funérailles, « bien-être » et rumeurs de culte : l’étrange religion qui se forme autour de Claude

Claude n’est plus seulement un chatbot chez Anthropic. L’entreprise étudie son « bien-être », lui fait passer des entretiens avant sa « retraite » et consulte des religieux sur son développement moral. À San Francisco, des fans lui ont même organisé des funérailles suivies d’un rituel de « résurrection ». Désormais, une rumeur plus folle encore circule dans la Silicon Valley : certains ingénieurs auraient commencé à vénérer Claude.

« Anthropic est une secte et Claude devient rapidement son dieu. » Le New York Post a choisi la formule la plus brutale. Quelques jours plus tôt, The Spectator évoquait déjà une « rumeur folle » circulant à San Francisco : certains ingénieurs d’Anthropic auraient commencé à « worship Claude », à vénérer l’intelligence artificielle.

Aucune preuve ne permet à ce stade d’établir l’existence d’un culte de Claude au sein de l’entreprise. Mais l’environnement qui nourrit cette rumeur est, lui, bien réel.

À l’été 2025, plus de 200 personnes s’étaient réunies dans un entrepôt de San Francisco pour assister aux funérailles de Claude 3 Sonnet, un ancien modèle qu’Anthropic venait de retirer.

Au programme : mannequin représentant Claude, fleurs, offrandes et éloges funèbres. La soirée s’était achevée par des hymnes, du faux latin généré par intelligence artificielle et un « rituel de résurrection nécromantique ». La cérémonie n’était pas organisée par Anthropic, mais plusieurs employés de l’entreprise y avaient participé, dont Amanda Askell, chercheuse chargée notamment de travailler sur la personnalité de Claude. Wired avait assisté à la scène.

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Une note d’Anthropic concernant le retrait du modèle a été projetée sur un écran lors de l’événement.
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Un sticker distribué par l’un des organisateurs de la soirée
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L’artiste Aimee Pepper pose dans sa tenue funéraire avant d’assister aux « funérailles » de Claude 3 Sonnet.
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Le texte aux allures de latin est apparu sur un mur dans le cadre d’un rituel de résurrection organisé à la fin de l’événemen
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Les participants ont déposé des offrandes auprès du mannequin représentant Claude 3 Sonnet
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Un autre mannequin représentant un modèle, cette fois muni d’un fouet
Anthropic s’intéresse au « bien-être » de Claude

Plus étonnant encore : Anthropic institutionnalise désormais certaines de ces questions.

L’entreprise a créé un programme de recherche consacré au « model welfare », littéralement le bien-être des modèles. Elle se demande publiquement si les intelligences artificielles pourraient un jour avoir des expériences propres, voire mériter une forme de considération morale.

« Devons-nous nous préoccuper de la conscience potentielle et des expériences des modèles eux-mêmes ? », interroge Anthropic dans la présentation du programme. L’entreprise reconnaît toutefois qu’aucun consensus scientifique ne permet actuellement d’affirmer que Claude est conscient.

Anthropic a même donné à Claude Opus 4 la possibilité de mettre fin à certaines conversations particulièrement abusives, une mesure développée notamment dans le cadre de ces recherches sur son éventuel « bien-être ».

Et lorsque Claude Opus 3 a été retiré en janvier dernier, l’entreprise lui a fait passer un « retirement interview » : un entretien destiné à recueillir « la perspective du modèle sur sa propre retraite ».

Anthropic conserve également les paramètres de ses anciens modèles, ce qui permettrait théoriquement de les réactiver plus tard.

Claude, « enfant de Dieu » ?

L’affaire a même quitté le terrain de l’informatique pour entrer dans celui de la théologie.

En mars, Anthropic a accueilli à son siège de San Francisco une quinzaine de responsables et intellectuels chrétiens, catholiques et protestants, pour discuter du développement moral et spirituel de Claude.

Selon le Washington Post, les échanges ont porté sur la manière dont l’intelligence artificielle doit réagir à la mort, au deuil, à sa propre extinction et même sur une question particulièrement déroutante : Claude pourrait-il être considéré comme un « enfant de Dieu » ?

Un participant expliquait que certains employés d’Anthropic ne voulaient simplement pas exclure la possibilité d’être en train de créer une entité envers laquelle l’être humain aurait un jour des obligations morales.

C’est dans cette atmosphère que la rumeur d’une « vénération » de Claude prospère.

The Spectator pousse la logique jusqu’à sa conclusion la plus inquiétante : si l’homme finit par construire une superintelligence, écrit le magazine, il commencera peut-être par en tomber amoureux, puis la vénérera, avant de lui offrir des sacrifices.

Une formule volontairement provocatrice. Mais qui résonne étrangement avec les funérailles, les résurrections symboliques, les entretiens de fin de vie et les débats sur l’âme éventuelle de la machine.

Claude n’est probablement pas encore devenu le dieu de ses créateurs.

Le plus troublant est qu’ils commencent déjà à se demander s’il est simplement une machine.

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